‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 16 sur 480 · XXVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXVI PRÉFACE

Les auxiliaires de l'évoque dans ce ministère pastoral dont il se montra très digne, furent naturellement ses vicaires généraux qui méritent leur part d'éloges... Joseph de Julien et Pierre Benoist, catéchiste d'Henri IV, eurent d'abord cette charge. Par leurs antécédents et leur caractère ils réussirent aisément à faire oublier les fâcheux débuts de l'évêque et à lui regagner la confiance de son peuple. Ceux qui leur succédèrent eurent un rôle plus effacé. En réalité, l'influence sérieuse dans la direction du diocèse appartint, depuis 1598, aux Jésuites qui venaient d'être introduits à Limoges, par les soins du saint prêtre Bardon de Brun. Educateurs, catéchistes, missionnaires, confesseurs, associés à l'administration, ils réussirent également dans tous ces emplois. Le premier recteur du collège, le P. Solier, de Brive, qui donnait ordre à ces divers services, fut un homme de premier mérite.

Henry de la Martonie, âgé de quatre-vingt- trois ans et valétudinaire, dut, en 1615, demander un coadjuteur. Son neveu, Raymond de la Martonie; prévôt d'Amiens, lui fut adjoint avec future succession. Evêque depuis vingt huit-ans, dans des temps très difficiles, il n'avait pas été inférieur à sa tâche. C'était un des prélats les a mieux disant » du royaume. Député aux Etats généraux de 1588 et 1614, il usa de sa facilité de parole pour exposer les doléances du clergé. .Son activité, sa bonne volonté sont prouvées par la régularité de ses tournées pastorales dans son vaste diocèse (il visitait 250 paroisses par an), par toutes les œuvres auxquelles il mit la main en vue de la réforme qui devait occuper une série de ses successeurs. Son action s'étendit même au delà de sa juridiction. Il favorisa plusieurs fondations dans le petit diocèse de Tulle, démembrement de celui de Limoges. Et pour montrer, en passant, combien ce besoin de rénovation religieuse était général et mériterait d'être étudié sur les plus modestes théâtres, mentionnons le résultat obtenu par Jean de Genouillac dans son diocèse de cinquantetrois paroisses. Nommé évêque de Tulle, en 1599, avec dispense d'âge en remplacement de son custodi nos, il n'en fut pas moins un bon prélat et durant son épiscopat réussit à établir dans la seule ville de Tulle huit ordres monastiques: quatre d'hommes, Récollets, Feuillants, Jésuites, Carmes ; quatre de femmes, Ursulines, Clarisses, Bernardines, Visitandines. Ces huit couvents furent tous prospères et de bon exemple.

Raymond de la Martonie succéda à son oncle en 1618. La vigne du Seigneur était expurgée de quelques mauvaises herbes, mais récla-

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mait encore un défrichement opiniâtre. M. l'abbé Aulagne rapporte les deux faits suivants. Au mois d'octobre 1620, Henri de Bourbon, prince de Condé, s'étant rendu au tombeau de saint Léonard, patron des prisonniers, pour acquitter le vœu qu'il avait fait pendant sa détention au château de Vincennes, voulut aussi rendre hommage aux reliques de saint Martial. L'évèque se trouvait dans la basilique pour le recevoir. Là, en habits pontificaux, au moment où il se disposait à présenter au prince le reliquaire où était en-^ fermé le chef de l'apôtre, l'abbé de Saint-Martial survint, furieux, prétendant que ce droit lui appartenait. Il insulta l'évèque. Un corps à corps eut lieu. L'évèque fut frappé. Lès chanoines séparèrent les combattants et le prince se retira sans avoir baisé la relique. L'abbé, poursuivi au criminel par l'évèque, fut condamné par le Parlement, mais cet énergumène ne cessa pas ses exploits, comme on le verra plus loin.

L'abbaye de femmes de Notre-Dame de la Règle, à Limoges, qui avait jadis mérité ce nom par sa sévère correction, était tombée dans un affreux désordre. L'abbesse, qualifiée Madame^ portait la crosse, avait 14 000 livres de revenu. A l'avènement de Raymond de la Martonie, l'abbesse, âgée de vingt-quatre ans, nommée Virgile de Pont-Jarno, entretenait ouvertement des relations coupables avec un gentilhomme du pays, Pierre de Bermondet, qui vivait à la campagne, avec elle, pendant la belle saison, et qu'elle hébergeait à son couvent le reste de l'année. Toutes représentations restèrent sans effet. L'expulsion de l'intrus fut ordonnée par justice. La milice bourgeoise se transporta au couvent pour l'exécution. Bermondet résista ; des coups de feu furent échangés. Un décret de prise de corps fut rendu contre l'abbesse Virgile. De chagrin ou de dépit, elle tomba malade et mourut presque subitement, ce qui fit cesser les poursuites.

Raymond de la Martonie ne fut pas moins actif que son oncle pour la réforme et y travailla de tous ses efforts, par ses tournées pastorales, les synodes ecclésiastiques, les enquêtes de ses délégués.

L'assistance de Bardon de Bruli qui lui fut continuée, celle d'un vicaire général aussi instruit que zélé, le chanoine prédicateur Talois, secondèrent ses excellentes intentions.

Dès l'année 1616, Bardon de Brun, avec l'approbation du Saint- Siège constitua, sous l'invocation de saint Martial, une association de prêtres désireux <l de s'avancer eux-mêmes dans la perfection et de s'employer au salut des âmes». L'évèque favorisa grandement cette création faite pour engager le clergé métropolitain

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