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préservation de la peste, qui sévissait en Europe. L'evèque de Limoges avait indiqué la procession pour le deuxième dimanche du Carême (24 février), et il avait ordonné qu'on irait de la cathédrale à la colIéj:fiale de Saint-Martial. Lechapitre exigea de lui qu'il s'y trouverait sans rochet ni camail, et il Tinforma, qu'autrement aucun chanoine ne le suivrait. Le prélat leur fit entendre, qu'il ne lui serait pas convenable, dans une pareille solennité, de porter la chape noire (qu'on appelait alors domino )f au lieu des mar^ ques^distinctives de sa dignité. Les chanoines n'y voulurent point consentir.
L'évéqne convoqua donc, le lendemain, à Téglise Saint-Martial, rassemblée des corps ecclésiastiques et du peuple. Le même jour, î2îî février, le chapitre flt des propositions aux abbés et aux religieux des monastères de Saint-Augustin et de Saint-Martin de Limoges, pour les détourner de se rendre à Saint-Martial, au jour assigné, alléguant, « que de temps immémorial, ces abbayes avaient une alliance spirituelle avec la cathédrale, que ses religieux assistaient particulièrement aux principales solennités de cette église, qu'ils avaient rang et droit de chanter au chœur de Saint-Etienne, et que de tout temps, ils ne s'étaient trouvés aux processions du clergé, que quand les mem^bres du chapitre y prenai«it part. Dans le ca« présent, comme Monsieur l'Evêque, après avoir indiqué, par affiches publiques, la cathédrale comme lieu de réunion, pour la procession du Jubilé, avait désigné ensuite Téglise de Saint-Martial, contre tout droit et toute coutume^ les abbés et religieux étaient avertis que les doyen et chanoines de la cathédrale n'assisteraient point à cette procession. »
Cette ouverture faite de la part du chapitre aux abbayes de Limoges était, on le voit, un acte de subornation et de révolte contre l'évéque. Par bonheur pour notre prélat, les religieux ne voulurent pas s'unir aux chanoines insoumis, dont l'inquiétude leur parut au moins inconvenante de cette circonstance. Malgré le refus des abbayes, de faire avec lui cause commune, le chapitre persista dans ses idées de résistance, et fît, de sa propre autorité, dans Tenceinte de la cité, une procession publique, le même jour et à la même heure, ou Tévêque présidait dans la ville-chàleau la proce9?*ion générale du Jubilé.
Cette grave contestation donna lieu, on le comprend, à an procès, entre le prélat et ses chanoines devant le Parlement de Bordeaux. Par amour de la paix, Téveque de Limoges accepta rentremise du premier président de cette cour, M. de Bernet *, et signa, le 10 octobre 16:30, la transaction, qui lui fut proposée sur ce litige et sur plusieurs autres. Cet accord, sur les termes duquel notre prélat devait revenir plus tard (1664), rétablit, pour quelques années, la bonne inlelligence entre les parties adverses. Leurs droits respectifs étaient, du moins, réglés par cet acte, et tout prétexte de discussion était ainsi prévenu sur de semblables sujets.
1. Ce magistrat était originaire de Saintes, et allié à la tamïïLe de Alaledent.
TRANÇOIS DE LA FAYETTE 21ft
L'évêque, qui avait fait de très larges concessions, vécut désormais tranquille, et le chapitre se félicita d'avoir donné son consentement à un compromis honorable, et surtout avantageux à ses prétentions ^. Néanmoins, les dispositions agressives des chanoines se manifestèrent particulièrement dans les synodes, qui furent tenus entre 1640 et 1650. Ils ne laissèrent alors échapper aucune occasion d*importuner Tévêque d'incessantes querelles, au sujet de ses ordonnances les plus importantes qui méconnaissaient selon eux, leur privilège d'exemption 2. Mais, de tous les différends qui s'élevèrent alors entre eux, le plus pénible pour notre prélat se rapportaaux prédications d'un saint religieux, son ami, le P. Martial de Brive, capucin 3.
L'occasion de la rupture fut un manque de déférence, plus ou moins volontaire, de la part de l'évêque, à l'égard d'un corps, qui n'en avait guère poiir lui. Le prélat n'ayant pas envoyé un ecclésiastique à la cathédrale, pour donner connaissance au chapitre, du nom et de la qualité du prédicateur qu'il avait nommé pour l'A vent et le Carême de 1647-1648, ainsi qu'il l'avait fait par exception, l'année précédente, les chanoines de Saint-Etienne témoignèrent leur mécontentement, en n'assistant pas, de concert aux sermons de ces deux stations. Non contents encore de cette abstention significative, ils rendirent à la cathédrale la prédication impossible. Ils y faisaient chanter la grand'messe, à l'heure où le Père devait prêcher, le matin.
Devant une pareille obstruction; après avoir essayé vainement, le l«r décembre 1647, de menacer les chanoines de recourir au bras séculier, pour l'exécution de ses ordres *, le prélat fit prêcher les stations, dans l'église paroissiale de Saint-Maurice de la Cité. Il maintint même cette pratique, les années suivantes, malgré les protestations indignées du chapitre. Celui-ci eut beau obtenir un arrêt du Parlement de Bordeaux, du 17 décembre 1648, qui enjoignait de remettre les prédications à la cathédrale, l'évêque de