Mss. 35, ibid
Pierre du Verdier qui, depuis plusieurs années, vivait en bonne intelligence avec Tévêque de Limoges, trouva moyen d'avoir encore une querelle, en 1649, avec le doyen du chapitre de Saint-Etienne, pour une de ces questions de préséance, qui lui tenaient tant au cœur. Trois ans plus tard, le 7 octobre 1652, il mourut au château de Beauvais ^, non sans laisser derrière lui quelques procédures entamées. Il fut enterré dans l'église des Récollets de Saint-Léonard, que son père avait fondée 2.
Charles-François de la Vieuville, qui lui succéda, était fils du surintendant des finances de ce nom. Entré de bonne heure dans les Ordres 3, il gouvernait le monastère deSavigny, en Normandie, quand il fut nommé abbé de Saint- Martial. Lassé des contestations incessantes qu'il avait avec l'évêque, au sujet de ses droits honorifiques *, il ne resta que quelques années à Limoges. En 1660, il obtint la faveur d'échanger son bénéfice avec l'évêque de Rennes, Henri de la Motte-Houdancourt.
Le nouvel abbé, d'une grande maison de Picardie, possesseur de divers bénéfices, notamment de l'abbaye de Souillac, eut, lui aussi, de très vifs démêlés avec l'évêque de Limoges. Un jour, en effet, au mépris de la défense de François de la Fayette, il sortit, revêtu du camail et portant la croix pastorale. L'évêque le suspendit. L'abbé refusa de se soumettre, et en appela au Grand Conseil du roi, qui lui donna raison. Le prélat porta alors l'affaire devant le Parlement de Paris ; mais il fut de nouveau condamné, et l'abbé obtint la reconnaissance expresse de tous ses privilèges. Cet arrêt ne put résoudre définitivement une aussi grave question, et les deux plaideurs soulevèrent encore, sur ce sujet, maints procès. Henri de la Motte-Houdancourt fut nommé, en 1661, grand aumônier d'Anne d'Autriche. l\ fut transféré, l'année suivante, à l'archevêché d'Auch. Comme il se rendait dans cette ville, il passa à Limoges, en septembre 1664, et fut reçu cordialement à l'évêché par notre prélat, oublieux des querelles de préséance et réconcilié ^. H mourut à Mézières, en 1684, à l'âge de quatre-vingt deux ans, laissant dans son testament, un legs de quatre mille livres aux chanoines de Saint-Martial ^,
1. Le château de Beauvais, à une lieue environ de Limoges, sur la route de Saint-Junien, appartenait aux abbés de Saint-Martial. Il avait été construit, à la fin du quinzième siècle, par l'abbé Jacques Jouviond.
2. Ch. de Lasteyrie, ibid., p. 188. Notons encore ici que Pierre du Verdier avait fait une nouvelle transaction avec François de la Fayette, sur tous leurs droits respectifs, le 18 mai 1652. Mss. 34, f. 22.
3. François de la Fayette ordonna diacre à Limoges, dans la chapeUe des Carmélites, le 2 mars 1653, le jeune abbé de Saint-Martial, sous-diacre du diocèse de Paris. Il l'ordonna prêtre le 9 du même mois, en vertu d'une extra fe?«pora. Mss. 34, f. 22.
4. Celui-ci, comme son prédécesseur, prétendait avoir droit déporter les ornements pontificaux, entre autres le camail, même en présence de l'évêque. Le diflërend fut soumis à un arbitrage ; les arbitres ne furent pas favorables aux prétentions de l'abbé, qui se soumit respectueusement. Mss. 34, f. 23.
5. Voir, pour ce dernier fait, une lettre en date du 20 septembre 1664, du correspondant ordinaire de notre prélat, nommé de Laistre. Archives de la Haute* Vienne, G, n. 233.
6. Jacques de Courtavel de Pézé, qui lui succéda, suivit fidèlement les tradi-
III. Rapports de Tévèque avec le prévôt et les chanoines de Saint-Junien.
i» Etat de décadence ecclésiastique dans la collégiale Saint- Junien,
Les rapports fréquents de notre prélat avec le chapitre de Saint- Junien, furent empreints de cet esprit de douceur et de fermeté, qui était le caractère distinctif de son administration. Le premier prévôt de la collégiale de Saint-Junien ^, fut saint Israël, grand chantre du Dorât, qui vécut vers la fin du dixième siècle. Le pape Sylvestre II l'avait envoyé dans cette ville, et Tévêque de Limoges, Hilduin, l'avait nommé à cette dignité, à la prière des clercs 2.
Pierre Villebois, trente-neuvième successeur de saint Israël, garda pendant plus de trente ans (de 1613 à 1644), la charge de prévôt. Il avait, outre ses titres de docteur en théologie, de protonotaire du Saint-Siège, de conseiller et de prédicateur ordinaire du roi, des talents incontestables. Il tenta d'abord de relever de sa décadence le corps ecclésiastique, dont il était le chef. Grâce à sou activité, il fit paraître, en 1620, de nouveaux statuts capitulaires, qu'un arrêt du conseil d'Etat du 31 mars de la même année homologua, et qui reçurent l'approbation de l'archevêque de Bourges, André Frémiot de Chantai. Ces règlements, qui entraient dans les plus petits détails sur les devoirs et les droits du prévôt, du théologal et des autres chanoines de la collégiale, étaient si complets et si sages, qu'ils restèrent en vigueur, une fois mis en pratique, jusqu^à la Révolution. Mais au début de la publication de ces statuts, qui visait bien à propos la réforme de la vie privée des chanoines, ces derniers s'empressèrent de lui opposer avec raison le vieil adage : Medice, cura teipsum !
Bien loin, en effet, de prêcher d'exemple â ses frères, Pierre Villebois se montrait à eux, comme un esprit brouillon, querelleur, ami des procès, excessivement jaloux de ses droits et de ses prérotions de ses prédécesseurs, et ne se fit pas faute de saisir les prétextes les plus futiles, pour échanger quelques procédures avec Tévéque de Limoges. Il mourut en i701. Ch. de Lasteyrie, ibid., p. 190.
i. Saint^unien doit son origine au saint ermite de ce nom, qui vivait au dé* but du sixième siècle, et à son maître saint Amand. Leurs ceUules furent établies sur les bords de la Vienne, à une dizaine de lieues ouest de Limoges. Depuis Rorice II (553), l'évéque de Limoges fut baron, seigneur et justicier (en partage avec le chapitre) de la ville, qui s'éleva autour du monastère. Quand il venait prendre possession de sa baronnie^ on lui faisait une entrée magnifique. BulUiin de Limoges, t. XLV, p. 312.
% Saint Israël alla mourir au Dorât en 1014. Le chapitre de Saint-Junien était composé : 1* d'une prévôté, dont le titulaire prenait la qualité de pasteur ; il jouissait de quatre prébendes, quand il résidait, et de deux seulement, quand il était absent sans permission de l'évéque. Cette dignité était à la nomination du chapitre, et à la confirmation de févéque. Quand il s'ati^^entait^ il de%*ait nommer, parmi les chanoines un grand vicaire fK>ur le représenter. 2* lie seize canonicals et de huit vicaires, à la nomination du chanoine aquilaire, à l'exception de la théologale, qui ne pouvait être cjccupée, que par un gradué des Universités de Paris ou de Bordeaux^ soumis à l'élection du chapitre* Pouiiié hittarique de Nadaud.
gatives. Ce singulier prévôt prenait le litre de prélat, comme succédant à des abbés réguliers (le dernier Tétait en 993!) ; il voulait bénir l'encens du diacre, à l'instar de Tévêque, avant le chant de l'Evangile, et à l'exclusion du chanoine officiant ; il ne demandait pas lui-même la bénédiction à l'officiant, quand il disait la leçon de l'office au lutrin ; il constituait un véritable vicaire général, pour présider le chapitre en son absence ; en un mot, ses prétentions étaient innombrables. Aussi Pierre Villebois avait-il des procès continuels.
Insigne était sa mauvaise foi dans les procès, comme on peut en juger par les deux faits suivants. Par arrêt du Grand Conseil, du 31 janvier 1620, le prévôt de Saint-Junien fut condamné, pour avoir inventé une allégation reconnue fausse, et pour avoir soutenu une odieuse calomnie. En 1625, il écrivait à l'officialité de Bourges, que Touchebœuf, son procureur, a ne lui était pas propre, qu'il avait besoin d'un officier ministériel, qui futsans honte et sans conscience (sic !), qui pût se parjurer aussi aisément que jurer, qui fît autant de cas du mensonge que de la Vérité... » Ces termes inconcevables méritèrent à Pierre Villebois une juste condamnation à l'amende ordinaire et aux dépens, par sentence du tribunal métropolitain du 27 janvier 1628. Des informations prises encore à son sujet, par la même officialité, il résulta que les témoins de ce prévôt étaient achetés par lui à prix d'argent ; ce qui lui valut une autre condamnation, le 4 novembre 1628. On comprend qu'un pareil chef n'était guère qualifié, pour inspirer à ses subordonnés le respect et la confiance. Au lieu de se les rendre sympathiques, il avait pris tous les moyens de s'attirer leur hostilité. Il y avait déjà quatorze ans, en 1628, que le prévôt soutenait des procès contre les chanoines, pour la défense de ses prérogatives.
A cette époque, d'ailleurs, une partie du chapitre n'avait pas moins besoin de correction et de réforme que son « pasteur ». Malgré tous ses torts, Pierre Villebois obtenait du Parlement de Bordeaux, le 10 juillet 1629, un arrêt, qui nous en dit long sur l'état moral de quelques chanoines de Saint-Junien. Trois d'entre eux, Jean Dupont, Antoine Simon et Pierre Dupont, étaient à cette date convaincus de concubinage public, et condamnés aux dépens du procès, et à une forte amende, applicable aux réparations de la collégiale de Saint-Junien.
Jusque-là, et pour quelques années encore, les relations qui subsistèrent entre ces prêtres indisciplinés et leur prévôt, furent inimaginables et d'une grossièreté indescriptible. Les chanoines de cette catégorie injurièrent leur supérieur plus que de raison. « Ils allèrent, rapporte la Chronique du scribe capitulaire, fouiller les secrets de sa vie privée et ceux de sa famille, pour avoir de quoi se revancher. D'après eux, son aïeul était de la religion prétendue réformée. Son oncle et ses frères avaient reçu, à l'occasion du passage du maréchal de Schomberg, gouverneur du Limousin, à Saint- Junien (où il était le 17 mai 1628), l'ordre de ne plus entrer dans la maison de ville ; les consuls de ce lieu avaient eu l'ordre aussi
de ne pas les y recevoir, et le corps de ville, celui de ne pas les appeler, ni les députer à leurs assemblées, attendu les malversations, violences, séditions et rebellions, dont ces Villebois étaient convaincus, et ce, sous peine, aux uns et aux autres, de désobéissance et de punition exemplaire. Le père du prévôt, nommé Luc Villebois, était un marchand de Saint-Junien, qui tenait une boutique à demi ouverte de pois cliiches, de miel, de moutarde, de glu, d'ail et d'oignons (sic). Ses autres enfants mendiaient leur pain par les rues tandis que le futur prévôt était chez les Pères Jésuites ».
Ces reproches odieux, qu'on rejetait, bien à tort, sur Pierre Villebois, n'éta-ient rien encore auprès des injures, dont on le chargeait à Saint-Junien et dans les villes où il intentait ses procès. Les chanoines osaient le traiter en public, de « pendard (sic), docteur de moutarde, méchant homme, apostat, renégat, défroqué (sic), semeur d'hérésies», et de mille autres aménités du même genre. Ils en vinrent même, à Saint-Junien, jusqu'à le menacer de mort s'il passait le port de Piles, pour aller plaider contre eux à Paris. L'un d'entre eux le traita si grossièrement, qu'il l'aurait étranglé, si les autres n'étaient accourus au secours du prévôt, qu'ils frappèrent cependant de plusieurs coups de bâton, pour assouvir leur vengeance.
Nonobstant tous les torts de Pierre Villebois, on comprend que le Parlement de Bordeaux ait condamné, le 10 juillet 1629, à la peine du bannissement, le meneur principal des chanoines révoltés et tous ses complices à une forte amende. Le prévôt était maintenu dans la jouissance de tous ses droits, notamment de celui de conférer en ses « rangs d'aigle » les prébendes et autres bénéfices vacants, mais il lui était enjoint de résider. Pour la correction des membres coupables du chapitre, il devait appeler, en la maison prévôlale, quatre chanoines non suspects. Si le prévôt ou les chanoines voulaient s'absenter plus d'un jour, ils étaient tenus de le déclarer en chapitre. 11 était enjoint aux prébendiers et autres ecclésiastiques de la collégiale, de vivre désormais avec la décence requise selon leur qualité, d'honorer et de respecter le prévôt, suivant ce qui appartenait à sa dignité ; et il était enjoint de même au prévôt de traiter ses confrères avec la considération qui leur était due *.
Telle était la triste décadence du chapitre de Saint-Junien, quand notre prélat voulut y remédier, dès le début de son épiscopat. A quatre reprises différentes, le 25 août 1628, lors de son arrivée, le 27 août 1630, à l'occasion de son entrée pastorale, et le l^^ septembre 1632, sur son retour de Paris, le chapitre de cette ville « nomma deux députés pour aller faire de sa part la révérence à ifonsieur l'Evêque, et le complimenter. » Le même corps ayant été convoqué au synode, dès le l^^»" octobre 1628, et les années suivantes pour les assemblées de Pâques et de la Saint-Luc, par une lettre particulière de l'évéque, déléguait deux autres de ses membres, pour y prendre part, ce qu'il n'avait pas voulu faire régulièrement les années précédentes, a Le chapitre de Saint-Junien faisait ainsi
i,}iw. n. 40, f. 357 et 8uiy,
sa cour au prélat », nous dit Legros, « pour se le rendre favorable contre son chef, avec lequel il était toujours en procès. »
De son côté, Pierre Villebois ne faisait pas à l'évêque de moindres avances : il alla même jusqu'à accepter son arbitrage, que le Parlement de Bordeaux vint à lui proposer, ainsi qu'à l'autre partie plaidante, pour régler leurs différends. Les chanoines de Saint- Junien tardant même à lui envoyer leur consentement, l'évêque de Limoges se plaignit au chapitre, le 24 juillet 1633, de ce qu'il n'avait tenu aucun compte de la proposition d'arbitrage. Mis en demeure de prouver leur bonne volonté et leur amour pour la paix, les chanoines s'empressèrent d'envoyer au prélat arbitre leur procuration ^. Le 26 novembre 1633, l'évêque de Limoges édicta un règlement qui par sa sagesse calma les esprits et rétablit le bon ordre dans l'église de Saint-Junien, du moins pour quelque temps.
Ce règlement stipule, entre autres détails, qu'il sera mis tous les vendredis, dans le bec de l'aigle du chœur, « un parchemin, portant les nom et surnom du chanoine qui sera en aigle: ne pourront, tant le prévôt que les chanoines, intenter aucune action importante, pour et au nom du corps, sans une délibération capitulaire, et après avoir pris conseil sur l'affaire. Le prévôt et les chanoines feront leurs hebdomades ^ par tour, sans en recevoir aucun bled (fruit en nature) ou argent ; et, en cas d'absence ou empêchement légitime, ils les feront faire par d'autres chanoines, sous peine de trois livres d'amende, applicables au chanoine, qui se chargera de faire la dite hebdomade ». Un pareil règlement fut édicté à proportion, pour les semi-prébendiers ou vicaire du chapitre, et pour les hebdomades des premières messes.
Quelques mois après, la discipline ecclésiastique était de nouveau compromise à Saint-Junien. Dans la délibération capitulaire du 17 février 1634, à laquelle n'assista qu'un seul chanoine, pour faire ses oppositions, le prévôt, ce qui parlait aux murailles », exposa ses griefs, et se plaignit des résistances des chanoines à s'exécuter, après lessentences qu'on venait de rendre, ainsi que de leur refus de le reconnaître pour ce pasteur » et supérieur. Il prétendit aussi que ses ennemis avaient entrepris cinq fois de l'assassiner, et qu'ils avaient suborné de faux témoins pour de nouveaux procès. Ce qui était vrai, c'est que les chanoines ne voulaient plus laisser Pierre Villebois officier solennellemetît. Si le prévôt voulait prêcher dans l'église, ils faisaient enlever le tapis, l'oreiller et le