‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 173 sur 480 · Mss. 34, f.6et · texte numérisé non relu

Mss. 34, f.6et

2. Pour assurer le service courant, le chapitre de Saint-Junien, à l'instar de ceux de Limoges, avait institué un roulement particulier qui fonctionnait régulièrement. Tous les huit jours, trois chanoines prenaient l'hebdomade, c'est à dire qu'ils étaient chargés de pourvoir, pendant la semaine, au service divin. Le chapitre déléguait ses droits d'élection à celui de ses membres, qui, suivant le tableau d'ancienneté, était « en rang d'aigle ». Le rang d'aigle se prenait pour huit jours, c'est à dire que pendant huit jours, le chanoine aquilaire occupait la première stalle du chœur, celle à côté de laquelle l'aigle se trouvait placé. Ch. deLasteyrie, Abbaye de Sain t-Mar liai, p. 234.

carreau de la chaire, ils n'assistaient point au sermon, et détournaient le peuple d'y assister ^.

L'évêque de Limoges, à qui le chapitre de Saint-Junien députa deux chanoines, le 10 mai suivant, pour le féliciter de son bon retour de Paris dans son diocèse, fut informé de ces désordres, et parvint de nouveau à rétablir la paix. II Tespérait du moins, dit Legros, car le prélat ne paraissait pas encore bien connaître le caractère du prévôt. Néanmoins, le H juillet de la même année, à la suite de la sentence, qu'il venait de rendre, le chapitre dit la messe du Saint-Esprit et lit la procession. Tous les chanoines assistèrent à l'exhortation qui fut faite par le théologal.

Trois ans plus tard, le prévôt fatiguait toujours son chapitre par ses chicanes. L'évêque, qui avait pris à cœur d'en venir à bout, l'avait engagé plusieurs fois à terminer ses différends à l'amiable, sans avoir pu y réussir. On crut pourtant qu'il l'avait gagné en 1637, car, le 4 octobre de cette année, cet ecclésiastique aussi dissimulé que turbulent, fit placarder à la porte de l'église, un « brevet » signé de sa main, c'est à dire une déclaration solennelle, qui attestait son intention arrêtée de sortir de tous les procès et différends, qu'il pouvait avoir « avec toute sorte de personnes », et ce, <K par l'avis de Monsieur TEvêque de Limoges ».

Le chapitre, qui connaissait bien la mauvaise foi du prévôt, saisit avec empressement l'occasion de le mettre en défaut. 11 députa aussitôt un chanoine à Limoges, et lui donna une ample procuration pour terminer tous leurs différends par devant le seigneur évêque. Le chapitre ne se trompa point dans le jugement qu'il avait formé du prévôt, et le prélat fut dupe dans cette occurrence de la mauvaise foi de cet esprit inquiet, qui recommença bientôt ses tracasseries, plus vivement que jamais 2. Modifiant alors ses procédés, l'évêque, « qui se connaissait parfaitement en caractères », ne se contenta pas de traiter ce prévôt incorrigible de chef « brouillon et vaniteux » ; il para toutes ses entreprises et lui fit sentir et reconnaître l'autorité épiscopale. j

Dès ld43, toute dispute avait cessé dans le chapitre, parce que ;

Pierre Villebois n'était plus prévôt. Poussé sans doute dans ses ^

derniers retranchements, il avait donné sa démission et résigné j

son bénéfice en faveur de son neveu, Pierre Villebois IL II était temps de mettre fin à la prévôté de ce funeste personnage, dont tout le monde avait souffert. Pierre Villebois avait en effet suscité plus de soixante procès civils ou criminels, sur toute sorte de sujets, même les plus futiles, contre les évêques de Limoges, prédécesseurs de notre prélat, contre le chapitre qu'il réduisit, par ce moyen, à une extrême pauvreté, contre les habitants de Saint- Junien et la noblesse du pays. Ses poursuites incessantes l'avaient empêché de résider, et même quand il gardait la résidence, il assistait rarement au chœur 3.

Page 1