Mss. 34, f. 8 et
3. Pierre Villebois mourut à l'âge de soixante-douze ans, le 21 juillet 1656. Mss. 40, f. 364 et suiv.
2» La Renaissance religieuse à Saint-Junien,
Pierre Villebois II, quarantième prévôt deSaint-Junien (1643-1670) prit possession de son bénéfice, le 22 avril 1644. Le plus ancien chanoine lui mit en main le bâton pastoral et lui présenta quatre pièces d'argent, en signe de jouissance. Le nouveau dignitaire, docteur en théologie, était à la hauteur de sa charge. Bien qu'il eût hérité, avec les biens de son oncle, d'une partie de son animosite contre ses adversaires, il ne troubla pas néanmoins gravement la paix, qui régna toujours, sous son administration, entre le chef du chapitre et ses membres.
Bien mieux, ce prévôt fut animé d'un véritable zèle pour la réforme ecclésiastique. Le 28 septembre 1648, le chapitre de Saint- Junien statuait que « les prévôt, chanoines et semi-prébendiers feraient, après leur réception, une année de rigoureuse résidence, pendant laquelle ils devraient assister à toutes les heures canoniales, sans ne pouvoir s'en absenter, que pour cause de maladie, ou pour une autre raison équivalente, sous peine de recommencer la résidence rigoureuse ; qu'ils ne pourraient jouir d'aucuns revenus sans avoir commencé ce noviciat, et qu'ils seraient tenus d'indiquer au chapitre, le jour auquel ils voudraient le commencer ; que tous seraient, en outre, obligés d'aller à la psallette, pendant les intervalles des offices, pour apprendre le plain-chant^D. On décida en môme temps, que « le présent statut serait présenté au seigneur évêque de Limoges, pour être par lui confirmé et homologué ».
Le mouvement de réforme était si prononcé à cette époque dans le chapitre de Saint-Junien, qu'il ne tarda pas, nous dit Legros, à devenir l'un des corps les mieux réglés et des plus appréciés du diocèse de Limoges. Ce fait ressort avec évidence de quelques autres délibérations capitulaires. Le chapitre était sévère sur l'application des règlements qui concernaient l'office divin. On commençait le chant de matines à six heures, tous les jours, du mois d'avril à septembre, et à sept, d'octobre à mars. Gomme plusieurs ecclésiastiques sortaient du chœur pendant le service, ce qui scandalisait les fidèles, le pointeur reçut l'ordre, sous peine d'une amende, de marquer les absents après le premier psaume, et de n'inscrire les présents qu'à la fin de la dernière oraison. On rappela encore que les statuts sur le pointage des heures canoniales devaient être observés, quand on représenta, le 23 mars 1660, que des prébendiers, gagiers et officiers du chapitre ne se trouvaient pas au chœur, au commencement de l'office, que quelquesuns d'entre eux sortaient avant la dernière bénédiction, ou bien se promenaient dans l'église, au cloître ou sur la place durant le service divin.
Désordre plus grave : durant l'été, ceux qui devaient assister à l'office, s'absentaient sous prétexte de procès ou d'autres affaires. Il c^rriva que le service n'avait pas été, c^ue^uefois, célébré avec la
décence requise, le chapitre ne s'étant trouvé composé par hasard que de trois chanoines, au lieu de six au minimum. Pour obvier à ce désordre, le chapitre ordonna que dorénavant la part des absents, dans les distributions quotidiennes, reviendrait aux présents, les seuls qui desservaient effectivement leur bénéfice et qu'on n'excepterait de cette règle, que ceux qui seraient malades < audedans des Croix » (3 mai-44 septembre). La modestie requise dans le chœur était souvent recommandée, de même qu'on ne supportait pas le bavardage de certains demi-prébendiers, les prises de tabac (sic) dans le chœur, et une trop grande précipitation dans la récitation de l'office : « tous chanteront l'office aux pauses modérées, et ne caquetèrent pas dans le chœur, et se tiendront chacun à leur rang. »
Le chapitre tenait surtout la main à l'observation des règlements relatifs à la tenue et à la conduite des ecclésiastiques de son corps. Comme on lui représenta, le 34 mai 4658, que plusieurs jeunes chanoines et semi-prébendiers, ne portaient ordinairement pas la soutane par la ville, « mais étaient vêtus d'habits indécents, portant des habits gris avec le manteau court, et avaient les cheveux longs et peignés parfois à la courtisane {sic)^ au mépris des remontrances verbales et des ordonnances, qui leur avaient été notifiées à diverses fois », il fût « ordonné, que ceux qui ne porteraient pas la soutane ordinairement, les cheveux courts ^ et la couronne cléricale en tête, seraient privés de tous les fruits qu'ils pourraient gagner 3>.
Le 45 janvier 4666, le prévôt représenta à un chanoine, que, depuis trente ans qu'il portait Taumusse, il en avait employé douze aux études 2^ sans avoir jamais voulu se faire promouvoir aux ordres sacrés, nonobstant les admonitions qui lui avaient été faites plusieurs fois par le chapitre, conformément à l'article 60 des statuts (de 4620) ; qu'au contraire, il avait toujours porté les habits courts et les cheveux longs, sans soutane. C'est pourquoi, il fut admonesté de se faire promouvoir aux ordres sacrés dans trois mois, et qu'à faute de ce, il y serait pourvu suivant le dit article. La remontrance produisit cette fois son effet, car, au mois de mars suivant, le dit chanoine se retira au séminaire de Limoges.
Conformément aux statuts, tous les chanoines et semi-prébendiers étaient tenus de se confesser et de communier, sous peine d'amende, tous les premiers dimanches du mois. Cette sanction dut
1. Le chapitre de Saint-Junien ne tolérait pas le port de la pen'uque, qu*il î trouvait indécent chez un ecclésiastique II cita à sa barre, en 1644, un semi- j prébendier qui donnait le scandale de porter une fausse perruque. Le coupa- > ble ayant refusé do comparaître, le chapitre ordonna que, s'il ne quittait point ( la perruque, il serait muleté d'un écu, et que s'il n'obéissait pas à l'avenir, il \ serait privé de tous les fruits. Mss. 40, f. 364. j
2. On arrêta, le i4 octobre 1637, que les chanoines qui étaient alors aux études, ' ou qui étudieraient à l'avenir, après six ans passés, n'obtiendraient aucun > congé ; qu'ainsi ils devraient se retirer et faire le service après ce délai. En
1642, un jeune chanoine obtint son congé, pour aller étudier chez les Pèr^i 4e VOrfttoire de Limoges (ibid., p. 363).
être appliquée, plus d'une fois, à ceux qui négligèrent cet article. Le chapitre eut à sévir encore particulièrement contre deux semiprébendiers, qui avaient « dansé par la ville,Ia veille de la Saint-Jean» (1643), et une autre fois, contre un jeune chanoine, qui avait été au bal (octobre 1653), et contre deux autres, qui fréquentaient les cabarets. Comme il avait la responsabilité du service paroissial de Notre-Dame de Moutier, qui était confié à un vicaire amovible, le chapitre avait soin d'interdire à ses membres, la faculté de célébrer des mariages, sans avoir obtenu la permission de ce vicaire, et moyennant le paiement à celui-ci des droits curiaux.
Les chanoines se faisaient un devoir, en 1649, de « faire le catéchisme dans la grande église, les dimanches et les jeudis après vêpres, pendant le Carême. Ce qui n'était pas moins édifiant, c'était l'usage ancien, que rappelait une délibération du 29 novembre 1637, de faire visiter par un chanoine et un semi-prébendier l'hôpital, le jeudi de chaque semaine, afin que ces visiteurs pussent rapporter en chapitre, le lendemain. Tordre qui s'y tenait et l'état bon ou mauvais de son administration. Durant la peste de 1631 ^,et en temps de disette et de famine (hiver de 1670), le chapitre se chargea généreusement du tiers de la nourriture des pauvres de la ville. Dès le mois de décembre 1649 « les Dames de la Charité ayant remontré qu'à cause de la disette et cherté des vivres, la plupart des habitants étaient en grande nécessité, n'ayant pas de quoi se nourrir, à cause du grand nombre d'enfants dont ils étaient chargés, et qu'ils n'osaient découvrir leur misère, le chapitre décida qu'on donnerait douze livres et six boisseaux de seigle, par semaine, à ces Dames » pour être distribués, de l'advis du vicaire de la paroisse. » Ces mesures charitables furent renouvelées à plusieurs reprises, à cette époque 2.
Le chapitre de Saint-Junien comptait, parmi ses membres, des chanoines honoraires. C'étaient généralement d'anciens chanoines, qui avaient résigné leur prébende, sur la fin de leurs vieux jours. « Le 16 février 1636, l'un d'entre eux, qui avait servi pendant quarante ans, ayant résigné, pria le chapitre de lui permettre de continuer le service, porter les draps, assister au chœur, aux processions et dans les assemblées, en qualité de chanoine honoraire, comme cela était pratiqué, disait-il, en toutes les églises de France. Le chapitre lui donna cette autorisation ainsi qu'à d'autres un peu plus tard (1639) » K
La collégiale de Saint-Junien comprenait dans son sein, au milieu du dix-septième siècle, deux chanoines des plus distingués, à des
i. Le 23 novembre 1630, le chapitre « permit à un chacun de ses membres de se retirer, le 1" décembre suivant, si la contagion augmentait et non autrement. » Il arrêta en même temps que ceux qui demeureraient et feraient le service de l'Église, auraient trois livres par jour. En janvier 1631, trois chanoines seulement composaient le chapitre. Eu égard à la contagion, le scribe du chapitre se retira aux champs pendant un an. Mss. 40, p. 361.
2, Tous les détails qui précèdent sur l'état du chapitre de Saint-Junien sont tirés du mss. 40, p. 357 à 370.