‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 189 sur 480 · Laforest, Limoges^ p · texte numérisé non relu

Laforest, Limoges^ p

4. FaiUon, ibid., t. Il, p. 310. Voir une excellente notice sur le marquis de Magnac, oncle et tuteur du futur archevêque de Cambrai, dans Gosselin, Histoire de Fénelon, Paris, 1850, t. I, p. 477.

5. Labiche, Vies des Saints, t. II, p. 434. François' de la Fayette partageait, à cette époque, les préventions de la grande majorité de Tépiscopat contre les congrégations de tout genre au sujet de la direction des séminaires.

très prélats par un mouvement général du peuple et du clergé, qui poussaient à rétablissement des séminaires ^, François de la Fayette prît part à plusieurs délibérations de l'assemblée sur Texamen du c Projet » de M. Olier, relatif à cette fondation, et il résolut, de concert avec eux, d'adopter des moyens efficaces pour l'exécution de cette réforme 2. Confirmé d'ailleurs dans cette décision par une requête pressante, que deux membres de la Compagnie du Saint- Sacrement de Limoges lui présentèrent à ce sujet, vers la fin de l'année 1656 3, notre prélat demanda et obtint des lettres patentes, datées du 15 janvier 1657, pour l'érection d'un séminaire dans sa ville épiscopale ^.

Par ces lettres, le roi permettait a au seigneur Evesque de Limoges l'entier établissement et institution d'un séminaire selon la forme des saints décrets, tant pour disposer aux saints ordres les Ordinands, que pour y former de bons ouvriers qui pussent travailler utilement à Vinstruction du diocèse. Voulant que, pour le faire subsister,... le dit seigneur Evesque pût se servir de tous les moyens permis et portés par les conciles et les ordonnances, par union de tous bénéfices, translation de fondations et chapelles... assignations de pensions sur les bénéfices excédant 600 livres en revenus autres que des prébendes, taxes sur le clergé ou autrement ; que le dit séminaire ainsi établi pût recevoir, accepter et occuper tous legs, donations et fondations ; acquérir, et posséder toutes sortes de fonds, droits, héritages, rentes et pensions, pour lui demeurera perpétuité acquises et unies, nonobstant tous édits, lois, arrêts... ^ 1^

IL Histoire du séminaire <c de la Mission j> à Limoges.

i° Circo7istances de sa fondation.

De retour à Limoges pour le synode d'automne de 1657, François de la Fayette donna une plus ample connaissance à son clergé du texte des lettres patentes, qu'il venait d'obtenir. Aussitôt l'opinion publique a qui avait fort à cœur l'entreprise du séminaire », lui désigna M, de Savignac, pour présider à l'érection de cette maison. Des personnes de piété informèrent en même temps le saint prêtre des grands biens qui se faisaient par le moyen de ces sortes d'établissements, et le fruit abondant qu'il y aurait à espérer de celui de Limoges, s'il était fondé. L'évêque de Limoges, qui n'avait alors aucun fonds pour faire réussir son entreprise, pensa dans cette occurrente, que Martial de Maledent, qui avait hérité de

i. On sait que la célèbre Compagnie du Saint-Sacrement fut alors Tinitiatrice en France de ce mouvement de l'opinion publique.

2. Faillon, ibid., et Procès-verbaujc des assemblées générales du clergé.

3. Délibération du 20 octobre 1656. Extraite du registre de la Compagnie. Bulletin de LimogeSt t. XXXIII, p. 68.

4. Ces leUres furent enregistrées au Parlement de Paris, le 5 décembre 16B9, et au Parlement de Bordeaux, le 29 janvier 1660.

5. M. Leroux, Documents hiMoriques^ chartes, chroniqueB, Tulle, 1886, p. 317.

son père cette même année, serait peut-être en état de contribuer à cette bonne œuvre, par ses libéralités. Il lui proposa donc de se charger de rétablissement du séminaire diocésain. Martial, qui s'était consacré avec ardeur au service des pauvres, craignit d'abord que cette proposition ne fût un piège tendu à sa vocation, pour lui en faire embrasser une autre. Son hésitation était en outre motivée par rinsuffisance des ressources dé son patrimoine, qu'il avait jusqu'alors réservées entièrement à l'entreprise de l'hôpital, dont il venait d'être désigné (novembre 1657) comme l'un des futurs administrateurs. Voilà pourquoi il pria notre prélat de lui donner du temps, pour penser à ce projet, ne voulant pas se déterminer à la hâte.

Martial recommanda beaucoupcette affaire aux prières des saintes âmes de Limoges. Après quelques mois de réflexion, deux circonstances en apparence insignifiantes, le firent sortir de son incertitude. Un jour, Nicolas de Broa, curé de Saint-Maurice vint lui remettre une somme de cent écus, affectée par une personne pieuse à la fondation du séminaire, «dont il était, lui dit-il, sur le point d'entreprendre la construction ». Martial ne put s'empêcher de sourire de l'ingénuité du donataire, qui avec ses cent écus croyait avancer beaucoup l'œuvre si dispendieuse du séminaire, et qui lui attribuait, comme de science certaine, un dessein qu'il n'avait pas encore accepté. L'incident néanmoins le frappa. D'ailleurs un nouveau fait providentiel donna à ses idées une direction conforme à cette première indication. L'aînée de ses nièces, Anne-Marie de Meilhac, dont l'avenir le préoccupait, prit subitement, après des mois de doute et de perplexités, le 6 décembre 1658, la courageuse résolution d'entrer au couvent. Son oncle, qui avait mis sa vocation à une longue épreuve, la trouvant ferme et déterminée à se consacrer à Dieu, crut pouvoir compter sur sa persévérance, et disposer d'une partie de sa fortune pour l'érection du séminaire.

Décidé cette fois à s'occuper de cette œuvre, Martial de Maledent alla trouver l'évêque de Limoges, et lui fit part de sa résolution, d'employer une somme considérable pour la construction d'un séminaire, à condition que les directeurs de cette maison « s'obligeassent à fournir quelques prêtres, pour rendre les assistances spirituelles aux pauvres de l'hôpital ». François de la Fayette accepta d'autant plus volontiers la proposition de son ami, qu'elle était plus conforme à la double fin nettement marquée dans le texte des lettres patentes ^.

Mais il fallait, avant tout, s'assurer d'un logement pour les ecclésiastiques et les jeunes clercs, qui viendraient se mettre sous leur direction. Martial de Maledent trouva le moyen de s'en procurer un, sans faire de frais. Gomme il était nécessaire, en établissant l'Hôpital général, d'y attacher un certain nombre de prêtres, qui

4. Chronique factire do la fondation du séminaire de Limoges, rédigée vers 1702. Cf. A. Leroux, Chartes, Chroniques, p. 317. Labiche, ihid., t. Il, p. 431432 et Joseph Grandet, Les saints prêtres franc., 1^* série, p. 229,

«eraient chargés d'instruire et de catéchiser les panvres et les malades, et de leur donner les autres secours de la religion, ce qui exigeait des frais considérables poor leur entretien et leurs hono* raires, Martial imagina de proposer à la ville de s'épargner cette dépense, en lui concédant un terrain déterminé dans le 4 fond » de l'hôpital, pour y bâtir le séminaire, à la charge par lui de faire accomplir par les prêtres de cette maison tout le service spirituel de cet hospice. Cette proposition fut faite en 1658, et, comme elle était encore plus avantageuse à la ville qu'à M. de Savignac, les consuls et habitants de Limoges l'acceptèrent, dans une assemblée tenue le 15 mai de l'année suivante ^.

S° Construction de la maison de la Mission.

Après cette concession de la ville, Martial obtint de Févéque de Limoges, la permission par écrit, en date du 1*' juillet 1659, pour taire l'établissement d'une communauté ecclésiastique, et pour construire le bâtiment du séminaire. Le prélat, qui y avait consenti de bonne grâce, offrit même de poser la première pierre du bâtiment; ce qui fut fait avec beaucoup d'appareil et de solennité, le 2D août suivant. Les constructions se firent, en partie, des souscriptions volontaires des ecclésiastiques zélés et des personnes pieuses, en partie des deniers du fondateur. François delà Fayette avait donné 6000 livres, Martial de Maledent avait promis solennellement dans l'assemblée de ville 1000 écus de son bien, qui couvrirent l'achat des matériaux comme première dépense. Une personne pieuse offrit 800 livres. Un prêtre de Saint-Pierre. 500.

Nonobstant bien d'autres libéralités, les ressources manquèrent. Quand M. de Savignac eut, dans l'automne de 1659, jeté les fondements de l'édifice, le clergé qui dans le principe avait Souscrit un don de 10 000 livres, rompit son engagement, sous le prétexte illusoire qu'il n'avait pas admis qu'on plaçât le séminair-e si près de l'hôpital. Contre toute justice encore, les plans adoptés pour la nouvelle construction furent soumis à des censures rigoureuses et passionnées. Les avances ayant été bientôt épuisées, Martial de Maledent se vit obligé de suspendre le travail, avant que les murs du bâtiment ne fussent couverts. De plus désavoué par les siens, il crut devoir décliner toute participation ultérieure à l'œuvre du séminaire. Il se retira donc, avec une tristesse pleine de dignité, et se tint à l'écart, en attendant l'heure et les indications de la Providence.

Mais, aussitôt qu'il cessa de la soutenir, l'entreprise du séminaire menaça ruine. Bon gré, mal gré, il fallut revenir à M. de Savignac. On recommença donc à le solliciter, pour qu'il fît achever le bâtiment du séminaire, dont la construction était interrompue depuis deux ans et demi. Martial s'y refusa d'abord, soit parce qu'il man-

1. Labiche, ibid., t. II, p. 433. Voir l'acte de délibération de ce jour dans M. Leroux, Chartes, Chroniques, p. 318.

quait de fonds disponibles, soit plutôt parce qu'il ne pouvait obte^ nir encore les prêtres, qu'il désirait, pour la direction du nouveau séminaire, et au concours desquels il estimait que le succès de l'œuvre était attaché. Ces dernières difficultés étant surmontées, et l'entrée en religion de la seconde de ses nièces de Meilhac lui donnant de nouvelles ressources, Martial de Maledent s'engagea, dès lors (mars 1662), à faire deux maisons, au lieu d'une seule, pour répondre aux nécessités des fonctions diverses du personnel de chaque établissement. Encouragé dans cette double entreprise, par la mère du Calvaire, il empruntait plus de 20000 livres pour la reprise des travaux du séminaira de la Mission, qui fut achevé dans l'été de 1663 ^. Le 11 août de cette même année, M. de Savignac, voulant affermir cet établissement signait, avec l'évêque de Limoges, et les dix administrateurs du nouveau bureau de l'Hôpital général, un traité connu sous le nom de « Bail du jardin de l'Hôpital », en vertu duquel, les prêtres de la Mission jouissaient à perpétuité d'une partie de ce jardin, moyennant une rente annuelle de 250 livres et la célébration d'une messe, qui serait dite tous les jours à heure fixe et entendue par les pauvres de l'Hôpital général.

3® La maiso7i de la Mission. Séminaire provisoire des Ordinands (mars i664' octobre 1666).

Neuf mois après, le 10 mars 1664, les ordinands du diocèse furent transférés, par l'autorité de l'évêque de Limoges, du château d'Isle dans la nouvelle maison, qui joignait l'Hôpital général. Fait important à remarquer : dès ce temps-là, l'on commença à s'y appliquer non seulement à former les jeunes clercs, mais encore à « rendre les assistances spirituelles » aux pauvres du dit hôpital, par le moyen de quelques prêtres qui furent destinés en outre à donner des missions dans le diocèse. Le titre de séminaire de la Mission, que porta dès lors cette maison, ne fut justifié que pendant deux ans et quelques mois, tant qu'il servit de séminaire provisoire au diocèse de Limoges. Au mois d'octobre 1666, les ordinands l'abandonnèrent, pour occuper, tout à côté de l'Hôpital général, le nouveau séminaire cette fois définitif et appelé des « Ordinands ».

4" L'église Saint-Alexis de la Mission.

Un an auparavant, le 9 novembre 1665, Martial de Maledent, dont la générosité était inépuisable, avait fait donation à l'évêque de Limoges de l'église dite de Saint-Alexis, qu'il avait fait construire à ses frais, sur une ancienne vigne du sieur Taillandier, emplacement destiné pour l'entrée et basse-cour de la maison du séminaire. Cette église aujourd'hui encore subsistante, ainsi que la maison de la Mission, qui forme Tune des principales enclaves de

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