‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 208 sur 480 · D'après le Mémoire de V Intendant de Bernage · texte numérisé non relu

D'après le Mémoire de V Intendant de Bernage

de Capucins à Limoges, parut se présenter en 4647, dans les meilleures conditions de succès. Le P. Martial de Brive, prédicateur de TAvent de cette année-là et du Carême d'après à la cathédrale, voulut profiter de son séjour dans cette ville pour réaliser les vœux de son Ordre. L'évêque, François de la Fayette, dont il avait gagné toute la faveur, avait déjà donné à cet effet toutes les permissions nécessaires ; il avait en outre par ses instances et par l'intervention de personnes influentes, rendu favorable à sa cause l'intendant de la province. C'était alors le sieur de Chaulnes, qui fit appeler les consuls, pour leur dire, que, si ce projet venait à réussir, il leur en aurait grande obligation. Les consuls lui répondirent que cela ne dépendait pas d'eux seulement, mais d'une assemblée générale, et qu'on ne pouvait prendre une décision à cet égard, qu'après une délibération de ville, et suivant le commun sutïrage de tous les habitants de Limoges.

Sur la demande de l'intendant, une assemblée de ville fut donc convoquée, dans la grande salle de la maison commune (rue du Consulat), pour recevoir communication du projet nouveau. La réunion se tint le 15 avril 1648. On y compta notamment deux représentants de chaque Ordre mendiant de la ville; un religieux de la maison des Grands Carmes prit en leur nom la parole, pour faire rejeter la proposition. Deux chanoines de la cathédrale avaient également reçu du chapitre, la mission d'assister à cette assemblée, et de s'opposer à l'établissement des Capucins. La plus grande et notable partie des bourgeois et habitants donnèrent leur avis dans le même sens ; seuls, « quelques principaux de la ville et entr'autrès les Benoist, héritiers du seigneur de Compreignac, opinèrent en faveur de la demande. Le résultat de la délibération fut que les dits Pères Capucins seroient priés de ne songer plus à cet establissement ; qu'il y avoit trop de relligieux mendians à Lymoges pour sa grandeur, à la besace desquels les habitans avoient assez de peyne à fournir, sans y en establir de nouveaux... » Le P. Martial et ses protecteurs eurent donc l'amer regret d'échouer dans cette entreprise *.

IIL Les Feuillants de Limoges. L'affaire Roger.

Notre prélat, dont la bonne volonté pour les Capucins fut sans effet, en 1648, n'était pas alors satisfait, nous dit Legros, des reli-

1. Mss. 34, f. 18. Arbellol, Lr P. Martial, p. 10. Notons ici que François de la Fayette n'autorisa, en dehors des Capucins, que des fondations d'ordres enseignants. Il se montra plus accommodant pour les translations, ou pour le changement de direction dans certains couvents. Dans le but d'obliger des sujets qui lui étaient soumis, l'évoque de Limoges consentit, en 1634, à Funion du prieuré de Saint-Pierre d'Evaux, et en 1643, à celle du prieuré de Saint-Gérald, à la congrégation des chanoines-réguliers de Sainte-Geneviève. Par acte passé à Paris, le U^ décembre 1G56, il accepta encore Fagrégation de l'abbaye de Lesterps à cette même réforme des Génovéfains. Mais il esta remarquer que, dans tous ces actes d'unions, le prélat se réservait de ne pouvoir être empêché de faire la visite des églises de ces couvents, quand il le jugerait à propos. Dans

gieux de son diocèse en général ; car, à cette époque, quelques-uns et particulièrement Tabbé de Saint-Martin-lez-Limoges, lui causèrent par leur opposition opiniâtre un profond chagrin ^ Pierre Roger, auteur du conflit, qui eut un certain retentissement dans l'Eglise gallicane, était né à Limoges le 25 janvier 16J7, d'une famille ancienne de la bourgeoisie de cette ville. Quand il entra à seize ans dans la congrégation des Feuillants, il avait déjà donné des preuves de rares aptitudes pour les sciences. On le vit bientôt exceller en toutes sortes de connaissances et paraître orateur, poète, théologien, controversiste. Il avait encore beaucoup de littérature, il était surtout habile dans le droit civil et canonique, parfaitement instruit de Thisloire générale et profond érudit, ce qui rendait son talent presque universel. Sa mémoire était si prodigieuse, qu'il mérita le surnom de « bibliothèque vivante ». A vingt-neuf ans, vers la fin de mai 1646, Pierre Roger fut nommé, pour trois ans, abbé de Saint-Martin 2.

Le peu de satisfaction que Tévéque de Limoges avait eu jusquelàde dom Roger, l'obligea dès ce moment de lui défendre de prêcher et de confesser dans son diocèse. Sur la signification qui lui en fut faite, verbalement et par écrit, le 8 juin 1646, Tabbé déclara qu'il faisait appel de ces défenses du prélat au Saint-Siège, comme étant injustes, difl*amatoires, et faites sans connaissance de cause contre les saints canons; protestant en outre de ne pouvoir y déférer. Par un acte passé par devant notaire à Limoges, dom Roger ajouta à cette déclaration que les défenses étaient non seulement nulles et abusives, mais qu'elles faisaient encourir la peine de suspense d'un mois à celui qui les avait ordonnées (sic). Après avoir ensuite fait signifier cet acte à la personne même de l'évêque de Limoges, il releva son appel au Parlement de Rordeaux, où il le fit assigner. Sur la demande du prélat, qui usa de son privilège du committimuSy le différend fut évoqué le 15 mars 1647, et renvoyé au Parlement de Paris.

Dans l'intervalle, dom Roger, quoique abbé non béni, s'ingéra de prêcher le jour de saint Martin dans son église abbatiale, nonobstant les défenses. Parlant dans son sermon de l'indépendance des réguliers, il offensa publiquement la personne de l'évêque. Puis, ayant eu avis que Joseph de Verthamon, promoteur du diocèse, en avait fait sa plainte, l'abbé alla trouver le lieutenant général de Limoges, pour déclarer qu'il s'opposait à la permission d'informer obtenue par le promoteur. Ayant avoué son incartade, il ajouta qu'il continuerait toujours de prêcher à Saint-Martin, quand il le

ces occasions, l'abbé, le prieur et les religieux devaient recevoir l'évêque prooessionnellement, ainsi que dans les autres églises de sa juridiction. Mss. 34, f. 2i. Annales, Mss. de Limoges, f. 410, et Bulletin de Limoges, i. XLVI, p. 37G.

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