‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 217 sur 480 · Mss. 34, f · texte numérisé non relu

Mss. 34, f

religieuses auraient la liberté de parler et d'écrire à Tévéque ou à son officiai et vicaire général, lorsqu'elles le désireraient, sans qu'elles fussent obligées d'en avertir l'abbesse, ni aucune de ses officières, ni qu'il leur fut permis de lire leur lettre. Défense très expresse était faite à l'abbesse d'empêcher, directement ni indirectement, les religieuses de recevoir cette consolation, lorsqu'elles jugeraient, qu'il leur pourrait être utile ou nécessaire de faire connaître à l'évêque leurs besoins et leurs peines, dans lesquels elles pourraient se trouver ^.

Cette ordonnance de notre prélat, pleine de sagesse dans ses dispositions, fut le point de départ d'une ère de paix, favorable à la consommation de la réforme. Désormais la maison de la Règle justifia la réputation, qu'elle eut bientôt « d'une communauté des plus nombreuses et des mieux réglées de l'Ordre bénédictin dans le royaume ». L'évêque de Limoges avait pour cette abbaye une grande considération. 11 se prétait volontiers à tout ce qui pouvait obliger la digne abbesse. Le 2 janvier 1656, Jeanne de Verthamon fit, avec la joie de toutes ses religieuses, sa coadjutrice, Marie de Verthamon sa nièce, qui lui succéda dans sa charge. Son zèle pour sa perfection et pour celle de ses filles resta toujours très grand jusqu'au dernier moment 2. En 1672, Jean Collin, chanoine théologal de Saint-Junien, dédiait à Jeanne de Verthamon, alors arrivée au terme de sa carrière, son histoire de la vie des saints du Limousin 3.

L'illustre abbesse mourut saintement le mardi 42 mars 4675, âgée de soixante-quatorze ans, après avoir gouverné la Règle cinquante-cinq ans. « On garda son corps jusqu'au vendredi suivant. Le jeudi après midi, les Pères Bénédictins de Limoges entrèrent processionnellement dans l'abbaye, portant chacun un cierge allumé avec les armes de la défunte. Le convoi fut très honorable et le corps fut porté au milieu des deux chœurs de religieux et de religieuses; toute la maison était tendue de noir, aussi bien que l'église. On mit le cercueil dans une cliapelle ardente jusqu'au lendemain. Les Pères Bénédictins chantèrent Toffice des morts, et quand ils se furent retirés, les Carmes, les Feuillants et les autres communautés y vinrent chanter tour à tour. La presse y fut 1res grande. Les religieuses passèrent la nuit en prières auprès du corps de leur sainte mère. Les messes commencèrent à cinq heures du matin suivant, et ne finirent qu'à midy que Ton fît Tenterrement. Messire Frani;ois de la Fayette, évêque de Limoges, le voulut honorer de sa présence ; il ne put retenir ses larmes sur la perle d'une abbesse de si rare mérite. A la fin des prières, il bénit le tombeau en la partie supérieure du chœur, et quand la cérémonie fut achevée, il parla en particulier à madame la coadjutrice, et l'exhorta de succéder auï^si bien à la vertu, qu'à la dignité de madame sa tante; qu'elle prit pour règle de sa conduite, de faire

\. Mss. n. 13, L UL f. .Vvi et suiv. o. Laloresl, Lunogcs, p. 317.

< •' (jifelle avait fait et d'éviter ce qu'elle avait fui. Il donna ensuite ;i iMiiédiction à toute la communauté. Pendant la quarantaine, Iniiiis les paroisses et les communautés vinrent célébrer des ser- \i('('s solennels pour la sainte abbesse. Son oraièon funèbre fut pîuiionrée f)ar Tabbé des Feuillants de Saint-Martin; elle dura (l'iix luMires et demie 1 ».

^^ Les ahhesses de Bonnesaigne et des Allois.

r.oiinesaigne 2 était une abbaye des filles de TOrdre deSaint- ]îenoît,qui existait sous le tilre de prieuré ^ antérieurement à 1165. Les protestants de Coligny brûlèrent en 1565 le monastère, et n'y laissèrent subsister que l'église et les murs du corps de logis. L'abbesse Catherine de Chabanes (nommée en 1555) et ses religieuses furent obligées de se retirer chez le seigneur de Saint-Angel. Ce dernier quoique huguenot, observa à leur égard toutes les lois de l'hospitalité. Quand la paix fut rétablie, Catherine de Chabanes revint à Bonnesaigne. Elle s'occupa de réparer la maison conventuelle et de retirer les bénéfices de l'abbaye des mains des usurpateurs. Elle mourut le 2 avril 1605, âgée de soixante-quatre ans. Les religieuses payèrent deux sols par jour à des femmes pour la pleurer jusqu'à la veille de la Pentecôte 28 mai ; elle fut enterrée ce jour-là dans une chapelle. Elle fut remplacée à l'abbaye par Gabrielle de Beaufort de Canillac, sa nièce, qu'elle avait élevée, et qui était sa coadjutrice depuis lel^^ juillet d604.

La nouvelle abbesse était alors âgée de vingt-quatre ans. Ses bulles du 29 mai 1605 mentionnent son origine de la famille du pape Grégoire XL Quand elle prit possession de Bonnesaigne le 9 août suivant, elle trouva, dit la chronique, « plus de vanité dans les ajustements de ses religieuses que d'assiduité aux offices et d'exactitude à garder la clôture. Les bâtiments de l'église abbatiale étaient dans un état déplorable. Pour trouver des fonds et réparer les ruines, elle fit unir à l'abbaye, en 1605, les prieurés de Villevaleixetde Champagnac en Auvergne, qui.dépendaient de sa nomination. Avec ce secours, une pension que lui donnaient ses parents, seigneurs de Lussac (Auvergne), et la bénédiction du ciel, elle fit travailler à la restauration de l'église et de l'abbaye. Dans le même temps, elle eut la consolation de tirer de l'hérésie et de convertir M. de Théobon, seigneur de Saint-Angel et toute sa famille. En 1615, elle dressa des règlements particuliers, logea et fit manger ensemble

1. L'auteur de cette relation dit en note que ce mémoire a été fourni par dom Estiennot. Eloge de j)lusi(*iirs personnes illustres d^ Saint-Benoist, Paris, 1679, p. 456 et suiv. Eloge de feue Mme Jeanne de Verthanwn^ 15 p. in-8.

2. Le mot sanhc en Limousin signifie une plaine marécageuse, un fonds gr»s et humide. Ce qui convient au territoire de Bonnesaigne. Celte abbaye était près d'Ussel, Meymac et Saint-Angel (Corrèzej. Les vicomtes de Ventadour, de' Comborn et de Maumont, en furent les fondateurs et principaux bienfaiteur». Ses revenus étaient de 9 000 livres en 1759. Mss. 35, f. 614 et Pouille.

3. Le prieuré de Bonnesaigne ne fut érigé en titre d'abbaye qu'en 1633. Noie de Gilles'le-Duc.

les religieuses qu'elle reçut en communauté » *. Ce n'était point là cependant Tintroduction de la réforme religieuse. Car, dix-huit ans plus tard (Id'iîi), l'état de l'abbaye de Bonnesaigne laissait beaucoup à désirer. « L'abbesse et ses religieuses ne gardaient aucune clôture ; elles sortaient quand bon leur semblait ; elles introduisaient dans le monastère leurs parents et autres séculiers. De plus l'abbesse disposait des revenus à sa volonté.

Instruit de tous ces faits, l'évêque François de la Fayette fît savoir à l'abbesse Gabrielle de Beaufort, la résolution où il était de faire une visite exacte, pour rétablir la discipline régulière dans sa maison, où l'on vivait d'une manière si peu conforme à l'état religieux. Elle lui répondit, qu'elle était dans toutes les dispositions qu'il pouvait souhaiter, pour recevoir sa visite et exécuter ses ordonnances. Mais ces belles promesses n'étaient qu'un leurre pour gagner du temps et chercher le moyen de se soustraire à la juridiction épiscopale : ce que l'abbesse fit en effet 2. Dans ce but, elle demanda au pape et obtint de 1633 à 1647 des visiteurs apostoliques, prétendant ne dépendre que du Saint-Siège. Un de ces ecclésiastiques, commis pour la visite de 1640, ordonna que les hommes n'entreraient plus dans les chambres des religieuses.

Les années suivantes, l'abbesse fit rétablir l'église et les bâtiments conventuels. Le 4 juin 1645, jour de la Pentecôte, elle mit une clôture exacte, en ordonnant que la porte fût tenue fermée dorénavant, et les parloirs ouverts. « En 1647, le P. Arnaud de Saint-Benoît, assistant du général des Feuillants ^, visiteur nommé par le nonce du pape, eut ordre du roi de venir à Bonnesaigne exécuter sa commission. Il approuva les constitutions que l'abbesse avait fait dresser à Paris par M. Vincent de Paul, à qui elle avait persuadé qu'elle avait un grand zèle pour la réforme. Par son entremise, elle obtint deux lettres de cachet : l'une adressée à l'évêque de Clermont, afin qu'il donnât obédience à quatre religieuses bénédictines de Biilom ou d'Issoire, pour aider l'abbesse dans le rétablissement de la réforme. L'autre était adressée au P. Feuillant, pour la mise en exécution du bref de délégation que le pape lui avait donnée. » La chronique ajoute que « les religieuses peu accoutumées à ce joug ne voulurent pas s'y soumettre d ^.

Sur ces entrefaites, Tévèque de Limoges fit signifier de nouveau à l'abbesse ainsi qu'à ses religieuses, le dessein qu'il avait de faire au cours de sa tournée pastorale, la visite canonique de leur monastère, le 16 juillet 1648. « Sur leur appel et leur prétention d'exemption, le prélat les fit sommer de lui présenter les titres de

1. Notons ici qu'en 1618, Tévéque de Limoges étant moribond, l'abbesse de Bonnesaiprne se lit bénir à i^llom en Auvergne, par celui de Clermunt. Mss. n. 35, f. (520.

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