‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 218 sur 480 · Mss. ai, f · texte numérisé non relu

Mss. ai, f

3. Si l'on s'en rapporte à la cbronique, « ce révérend visiteur était entièrement acquis à la cause de l'abbesse, car, il avait vécu familièrement dans Tabbaye, pendant qu'elle était dans le désordre ». Mss. 35, f. (520.

4. Ibid. Legros note ici que ces détails sont tirés du secrétariat de Tévêché.

leurs privilèges, et sur leur refus, il leur défendit toute participation aux sacrements, et jeta l'interdit sur l'église de Bonnesaigne, le 7 septembre suivant. » Mais Tabbesse et ses religieuses avaient déjà pris des précautions pour éviter les foudres épiscopales. Le 13 août précédent, elles s'étaient agrégées à l'ordre de Cluny. C'était le moyen efficace de se soustraire entièrement à la juridiction de l'ordinaire. C'est ce que déclara alors le Parlement de Bordeaux, en rendant, sur un appel d'abus del'abbesse, un arrêt en sa faveur, pour lever l'interdit de l'évèque. Quelque temps après, le général de Cluny envoyait un moine de son Ordre, pour faire la visite de l'abbaye de Bonnesaigne,

L'enthousiasme pour cet abus de l'exemption, alla même si loin dans ce monastère, que l'abbesse donnait, l'année suivante, le prieuré de Champagnac à sa nièce Marie-Françoise d,e Montmorin, pour lui permettre d'échapper à la juridiction épiscopale. En conséquence, la dite prieure présenta, en août 1649, une requête à l'abbé de Cluny, tendant à ce qu'il lui plût d'autoriser son établissement en la ville de Tulle, ce qui lui fut accordé *. Le 8 février 1651 Gabrielle de Beaufort mourut d'hydropisie, à l'âge de soixante-neuf ans, laissant plus de 28 000 livres de dettes, que ses charités avaient en partie causées. On ne l'enterra que le 24, avec beaucoup de pompe. Le docteur Malaurie prononça, à la quarantaine, oraison funèbre.

Sa nièce, Anne de Montmorin, prieure de Villevaleix, née en 1611 qui avait fait profession à Bonnesaigne en octobre 16132, et qui fut nommée coadjutrice de l'abbesse en juillet 1645, succéda à sa tante. Sous sa direction, l'abbaye revint rapidement à une meilleure observance. Peu satisfaites d'ailleurs du gouvernement des réguliers, et troublées des effets de l'interdit lancé contre elles, et contre lesquels l'arrêt d'un Parlement ne pouvait les garantir, l'abbesse et ses religieuses demandèrent à leur évêquede les rétablir dans l'ordre du droit commun. Elles lui adressèrent cette requête à lasuite d'une délibération capitulaire du 6 juin 1654, par laquelle ellesdécidèrent de se soumettre à sa juridiction. Le prélat agréa leur requête, et leva l'interdit le l®"" octobre suivant. Il fit, dans le cours du même mois, la visite du monastère. Les religieuses de Bonnesaigne étaient au nombre de cinquante-trois ; elles faisaient deux heure>s d'oraison le matin, et une demi-heure après vêpres. Content de la soumission de l'abbesse, l'évèque de Limoges chercha depuis à l'obliger, quand l'occasion se présentait. Il lui permit de recevoir de l'évèque de Tulle, Louis de Guron, en janvier 1656, la bénédiction abbatiale. L'année suivante (1657), l'abbesse Anne de Montmorin exposait à l'évèque, François de la Fayette (son parent) ^^ sa triste situation, dans une lettre datée du 21 octobre : « Je suis, dit-

1. Mais cet établissement n'ayant pas réussi au gré de ses désirs, la dite prieure fut oblifçée, dix ans plus tard, de rejoindre labbessesa sœur à lîonnesaigne. Mss. 34, f. 19 et 20.

2. La Tamille de notre prélat était alliée à celle des Montmorin (de Dillom- Auvergne).

e\hi, toujours accablée d'affaires et de maladies, et sans aucun secours. Si Taffaire de la coadjutorerie ne réussit pas, sitôt je vous supplie d'agréer que je prenne des religieuses de quelque monaslère bien réglé ! Je voudrais bien que Votre Grandeur m'en laissât le choix... )>

I/abbesse demandait ensuite, ajoute ici Legros, dans un autre Mémoire, «le rétablissement d'un confesseur de sa communauté, qui avait été interdit parle prélat, sur des calomnies dont il s'était laissé prévenir, contre un homme sage, disait-elle, prudent et rempli de piété ». La victime innocente d'infâmes calomnies, sur lesquelles nous n'avons aucun détail, était l'un des plus dignes ecclésiastiques du diocèse de Limoges. Il s'appelait Guillaume Dumas, sieur de la Ganterie ^. Né dans les premières années du dix-septième siècle, et fil3 puîné de François Dumas, lieutenant-général de la sénéchaussée de Brive, Guillaume avait embrassé l'état ecclésiastique, comme son frère Martial. Après avoir étudié en Sorbonne et pris le grade de licencié en théologie, il était devenu successivement docteur en droit, prieur de Saint-Sulpice (diocèse de Toulouse), chanoine théologal, puis doyen d'Alet. Etienne Polverel, son compatriote, qui gouverna cette église de 4607 à 4637, avait appelé auprès de lui le jeune docteur et l'avait élevé au diaconat d'Alet, sans doute avec l'intention de l'avoir pour succeseur 2. Ami de saint Vincent de Paul lui-même, le doyen d'Alet était très digne de la mître. 11 Taurait obtenue à Alet ou sur un autre siège, si le cardinal de Richelieu, dont il avait su gagner l'estime et l'affection, n'était mort au moment précis où il devait être honoré de cette haute dignité.

S'étant séparé bientôt de Nicolas Pavillon, nouvel évêque d'Alet à cause de ses doctrines qu'il désapprouvait, Guillaume Dumas était revenu dans son diocèse d'origine 3. Notre prélat l'avait nommé, en 1650, à la cure de Neuville, près Argentat ^, puis à celle, plus importante, de Marcilhac-la-Croizille. En 4655, il remplissait à Tulle, auprès de l'évêque Louis de Guron, les fonctions d'official et de vicaire général. S'étant démis de celte charge, l'année suivante, à la suite peut-être de ses démêlés avec les chanoines de Tulle ^y François de la Fayette l'avait prié de diriger la maison de ^ Bonnesaigne ^. Cette succession étrange d'emplois si différents ne s'explique que par un fonds peu ordinaire d'humilité chez ce prêtre savant et lettré ''. Aussi, est-on heureux de voir une vertueuse abbesse, issue de grande famille, prendre à l'occasion, hautement

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