Dupuy, Oi'ai$on fun., p
fut pas moins considérée. On passa en divers appartements et on suivit la gallerie, où l'on vit les bustes et les tableaux, qui représentent les plus belles antiquitez de Rome. De là on descendit dans la chapelle. L'autel et tous les bas-reliefs sont d'un bois de raport, dont les couleurs naturelles effacent la vivacité de la peinture. Le jaspe, le marbre et le porphyre y sont heureusement employés. Les tableaux ont une beauté qui surprend, et ce chef-d'œuvre qui aesté fait depuis plus d'un siècle, a le mesme esclat que s'il sortait des mains de l'ouvrier. M. l'intendant, qui juge finement de tout, en parut fort satisfait et fut conduit dans le jardin, où la rivière du Lignon se répand en plusieurs canaux. La fontaine, qui est au milieu, se fait remarquer par son bassin de marbre blanc, et par le grand dôme qui la couvre, soutenu de plusieurs piliers à double rang^... » De nombreuses et magnifiques statues, qui avaient été rapportées par Claude d'Urfé, de son ambassade à Rome, étaient en outre parsemées avec ordre dans les allées diverses du jardin. C'étaient précisément ces marbres antiques, dont la vue, au lieu de lui plaire, comme aux touristes précédents, blessa un jour (vers 1648)la pureté d'âme du jeune page. Poussé par son zèle religieux, dit l'auteur du Segraisiana, Louis d'Urfé s'avisa de mutiler ces statues décoratives, qui représentaient des personnages de la mythologie, et il vint ensuite, confus de son équipée, la raconter et en demander pardon à son père, qui lui répondit : « Mon fils, vous avez été plus sage que moi, vous avez fait ce que j'aurais dû faire 2. »
Quelques années après, le jeune page ne devait plus avoir les mêmes inquiétudes de conscience. Devenu écuyer, ensuite lieutenant, puis capitaine d'une compagnie de chevau-légers 3, il menait un train de grand seigneur, sous le titre de comte de Sommerive *. Les fonctions de son grade l'obligeaient à prendre part aux réceptions et aux fêtes de la cour de France et à la suivre, partout où elle se transportait. Or l'on sait que l'époque de la régence et de la minorité du roi fut particulièrement à la joie, aux divertissements, aux fêtes brillantes. Anne d'Autriche eut alors pour résidence habituelle à Paris le Palais-Cardinal ^ ; elle établit aussi sa demeure, tantôt à Saint-Germain-en-Laye, maison de campagne de la reine d'Angleterre (depuis 1644), tantôt à Rueil, chez la nièce de Richelieu, tantôt à Fontainebleau, belle et délicieuse maison des rois,