II. Louis d'Urfé au séminaire de Saint-Sulpice
Louis de Lascaris d'Urfé fut admis au séminaire de Saint-Sulpice le l**"" juin 1660, et inscrit sur les registres de la maison, sous le titre de comte de Sommerive, laïque originaire du diocèse du Puy 2. Saint-Sulpice, sans être le premier séminaire fondé en France, avait pris le premier la forme définitive que les séminaires ont gardée depuis. Celte maison était dans sa première ferveur, lorsque le comte de Sommerive y fit son entrée, trois ans après la mort (le M. Olier, son fondateur. Le séminaire avait depuis pour supérieur M. de Rretonvilliers. rccclésiastique le plus riche de Franco, qui avait acheté à son compte Tile de Montréal, en Canada, et qui vivait néanmoins pauvre et détaché de tout.
A ses cotés vivait M. Trou son, qui était alors figé de trente -huit ans, et qu'il avait choisi, en avril 1657, pour premier directeur de la maison. Nul choix ne pouvait être plus heureux. Règle vivante du séminaire, M. Tronson s'attachait constamjnent à inculquer, par ses exemples et ses entreliens, ces habitudes de régularité et de modestie, qui faisaient déjà la réputation de Saint-Sulpice. Son air ouvert, ses manières aimables, sa conversati(m douce et aisée, la sagesse et la gravité (jui briliaienl clans toutes ses paroles, tout contribuait à lui gagner les cceui's 3. Tel était le prélre vertueux et savant que Louis d'Urfé avait, depuis quchpie temps déjà, et
1. Ou Cnrrier, OmiH'.tn fnu., p. 7 et Lnhiohe, Vh's r/.'.s Saints, l. I, p. ."VH.
"1. Bi'ijish'oa di'y, rnfrri's (h Sdin'-Sitliiir.'. Le séminaire élîiit ^itné vue du Vieiix-Colotnhior, (lai)s des liùtiinoiils qui occupniiMit la pl.'tco nctiielle d»» Sniiit- Snlpice, en face l'{''|Tli>o. Il (•oni[)retiait dans cette section «MMit vin.iit places d'élèves, dont la pension était de 400 livres ])ar an, on UlilS. Certains élèves dn séminaire avaient aloi's un valet spécial. char«^é de leur sei'vice..Vuir Kranklin, ColU'fff's, Paris. — (^nm'sptmdcnre Tnrnstni, \\\, p. ilOl.
.'^. l»icot, Kssai hisfnrif/ur.i. II, p. 277 et M. .1. (luihert, prêtre de Saiiit-Salpice, nisioiri' ((,' itatni Mm- Btiptin!:* d* la Salh, Paris, I9.)0, p. 25.
garda toute sa vie pour directeur de sa conscience. Il devait conserver toujours pour un si bon guide un respectueux et tendre attachement. Il devait contracter à son école douce et austère, ces fortes habitudes de discipline qui réglèrent toute sa vie.
Autour du supérieur et du directeur se groupait un personnel d'hommes distingués, parmi lesquels on remarquait trois docteurs de Sorbonne, MM. Le Blanc, de la Barmondière et Baudrand ^ « Dans son ensemble, le séminaire de Saint-Sulpice était alors composé de tout ce qu'il y avait de plus choisi dans le clergé de France, qui venait y prendre l'esprit et les dispositions de son état 2. » On y voyait alors, humblement soumis au régime de la communauté, deux saints prélats, dom Placide du Chemin, évêque de Néocésarée, et Jean d'Aranthon d'Alex, évêque de Genève. Parmi les confrères de notre futur prélat, une dizaine, dont Jean-Baptiste de Lavardin à Rennes, Etienne de Ghampflour à La Rochelle, François de Grammont à Besançon, et l'immortel archevêque de Cambrai, honorèrent plus tard, comme lui, Tépiscopat français par leurs œuvres et leurs vertus ^.
Sous l'action de toutes ces influences, Louis d'Urfé se mit promptement à l'œuvre. Accoutumé dès l'enfance à une vie plus libre, le comte de Sommerive eut, au début, plus de peine que les autres à suivre les exercices communs. Mais comme il fut « fidèle à correspondre à la grâce », dit un de ses panégyristes, témoin de sa vie édifiante à Saint-Sulpice, Louis d'Urfé « eut à peine goûté la pureté de l'esprit ecclésiastique, qui régnait dans cette sainte maison, que toute sa conduite nous donna des marques certaines de sa vocation, et qu'on le vit bientôt devenir un modèle de vertu *. »
Persuadé en outre qu'un bon prêtre doit éclairer l'Eglise par son savoir aussi bien que par sa vertu, Louis d'Urfé n'était pas moins avide de la science que de la sainteté. Sur le point des études, les élèves de Saint-Sulpice se divisaient, à cette époque, en trois catégories. Plusieurs étaient déjà licenciés ou docteurs ; leur séjour au séminaire n'était qu'une retraite prolongée, durant laquelle ils se préparaient au ministère pastoral par un cours pratique de morale, par l'étude du chant et des cérémonies 5. D'autres,