‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 264 sur 480 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

OÊBTJTR ETT CARACTÈRES [)E l'ÉPTSCOPAT DE LOUIS D'UHFÉ

L Sa fidtiité à une résidence rigonrem».

« Jamais homme, dit du Carrier, ne parut plus né pour l'épiscopat, que messire Louis de Lascaris d'TTrte. Sa noblesse, ses talents, ses vertus, ses inclinations, son air, ses manières, son port, la beauté, la douceur, la modestie et la majesté de son visa^çe, tout en lui était d'un évèque. Aussi lorsque le roi Teut élevé sur le siépîede Saint Martial, la nouvelle démette promotion remplit d'une joie incroyable tout le diocèse de Limogea, et n'y causa ni surprise ni étonnement. On ne demanda point ni qui il était, ni d'où il venait ; son nom, sa famille, sa personne et sa haute vertu étaient déjà connus et révérés parmi ses diocésains ^ »

Il ne fallait pas moins que tous ces avantages et toutes ces qualités brillantes dans notre prélat, pour faire agréer de la plus grande et plus saine partie de son clergé ', l'inauguration d'un nouveau système de vie épiscopale, qui serait dépourvue de tout faste et de toute représentation (in seigneur temporel et partant plus conforme au type de l'homme de Dieu avant tout. Revenu du désert de la Trappe vers la tin de février IH77, Louis d'Urfé partit de Paris, quelques jours après, laissant plusieurs atfaires à demi^'aites, alia de pouvoir donner à ses jeunes clercs les saints ordi'esaux Quatre- IV.mps du Carême qui étaient proches. II était accompagné dans son voyage, de son frère Emmanuel d'Urfé, qui devait prendre soin de son temporel, et d'un de ses bons amis de Saint-Sulpice, Noël Drouet, qui devait remplir auprès de lui les tbnctions de secrétaire '\

Intbrmé du départ du prélat, le chapitre cathedra! de Limoges désigna, le ^5 mars, quatre chanoines pour aller, selon Tusage, hors la ville lui adresser une harangue. Dans cette première entrevue, l'évèque dit aux dépiités du chapitre: <( qu'il voulait bien travailler de U'mles ses forces à la vigne du Seigneur, mais non se départir de TespriL de simplicité et de modestie, qu'il avait puisé à Saint- Sulpice. a Kn conséquence de cette déclaration^ Louis d'Urfé lit son entrée dans sa ville épiscopale le 10 mars, au grand contentement de tous les habitants, sans aucun appareil '*. Le prélat ne refusa pas néanmoins de recevoir, dans cette occasion et dans

f . Portrait «i«» iVn mesxirft Linisi d'T'rfé. Poitiers, 1698, p. 6.

"i, 0\y vftrra phis loin les résistanrea de la mi qû rite.

'■X. Corrr*Hf^,mintir** f/vinx/w, t. fl. p. ',YJ^ No«-^l Dri]»uet était né à AngerSy rers !*vWi. U fut frr«R lii> aver .l«'>^«»4Dh Grandet. s<"»a com patrie >te, qu'd connut à S;&znt- Sulpii^ft et qui devint, en K^JJti, .supérieur du aéminaire d'Ajigera. Ihai.^i I, p. li.

i. Labiche, !*"/»>? fif*}f .'^nittU d/t Lituoit-mn^ t 1, p. <iO.

d'autres semblables, les hommages traditionnels que les villes de son diocèse avaient coutume de rendre à la dignité épiscopale. Mais Ton sait avec quel esprit il recevait les honneurs qu'on lui décernait. Dans une de ces réceptions où les habitants d'une ville s'étaient mis sous les armes, on entendit le pieux prélat exprimer à ce sujet ses sentiments : « Ce sont les maréchaux et les gouverneurs de provinces, dit-il, qu'il faut ainsi recevoir, mais un évêque ne doit voir devant lui d'autre enseigne déployée que celle de la croix à la tête de ses prêtres ^ ».

Animé de cet esprit de simplicité, Louis d'Urfé ne voulut point habiter le palais épiscopal, qu'il trouvait trop luxueux. On le vit, le lendemain de son arrivée à Limoges 2^ se rendre, après avoir reçu les hommages des « corps ecclésiastiques et civils », au séminaire des Ordinands, et y établir pour toujours sa demeure habituelle 3, Son intention dans le choix de cette maison était de « s'y faire une espèce de solitude, pour se livrer à ses pieux exercices», et «mieux remplir son ministère pastoral par une exacte fidélité à tous ses devoirs ». Il mena dès lors, dans cette retraite, une vie simple et a réglée comme celle de ses clercs, et toujours à la tête de ses ordinands », pour être plus accessible à ses prêtres (comme les évêques des premiers temps de l'Eglise) et les entraîner constamment au bien, « sans rien perdre de ses manières honnêtes, civiles et obligeantes, qu'il avait avant d'y entrer » ^.

Les prémices de son apostolat furent pour ses ordinands, dont il présida les exercices qui durèrent huit jours à chacune des retraites du Carême et de la Pentecôte. « Il leur parla » dans plusieurs conférences (^ avec une ouverture, une franchise, et une cordialité qui lui gagnèrent tous les cœurs et firent de grands fruits ». Le bruit d'un pareil déploiement de zèle, si nouveau chez un évêque, eut aussitôt du retentissement à Limoges et au dehors. « Ceux-là même, qui cherchaient de parti-pris à décrier son zèle, ne pouvaient néanmoins s'empêcher d'estimer là vie qu'il menait, et d'y reconnaître bien de la grâce. » Charmé, de son côté, d'apprendre la conduite du prélat qu'il avait formé avec tant de soin, M. Tronson exprimait ses sentiments de profonde satisfaction dans une lettre qu'il adressait, le 27 juin, au frère de l'évêque, Emmanuel d'Urfjé : « C'est un coup de Providence, dit-il, que sa demeure au sémi-

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