Correspondance de M. Tronson , t. II, p
3. Les cardinaux : Le Camus à Grenoble, Grimaldi à Âix, observaient alors inviolablement Tobligation stricte de la résidence. Nicolas Colbert (frère du ministre), évêque d'Auxerre, ne parut pas à la cour. Mme deSévigné, après avoir montré le saint évêque d'Avranches, Gabriel de Tessé, saisi de tant de crainte de mourir hors de son diocèse, qu'il évitait à tout prix d'en sortir, ajoute : « Il y en a tant d'autres qu*il faudrait que la mort tirât bien juste pour les y attraper. A Racine, qui se mit à chansonner un jour la « petite assemblée » des prélats de la suite de la cour, qui ne résidaient pas, en compta jusqu'à 52 (sur 130). L'absentéisme était donc encore la grande plaie des évêques de France sortis de la noblesse. Abbé Sicard, Vancien clergé, t. I, p. 260.
4. Dupuy, Oraison fun,, p. 46. Le panégyriste n'indique pas la date de ce voyage de notre prélat. Mais une lettre de l'abbé de Rancé du 30 octobre 1687, dans laquelle il parle du projet que l'évêque avait formé de passer par la Trappe, quelque temps avant, sans avoir pu le réaliser, et la bénédiction d'une abbesse de Villiers, que le prélat aurait faite (Labiche, Vies des Saints, t. I, p. 61) le 4 octobre 1691, dans l'église bénédictine de Fontaine-Guérard (diocèse de Rouen) nous permettent de fixer à l'une ou à l'autre de ces années Tunique absence de Louis d'Ui*fé.
donné depuis longtemps toute sa confiance. C'étaient l'abbé de Rancé et M. Tronson, dont la correspondance suivie traçait à Tévêque de Limoges une règle de conduite nette et précise. Malheureusement les lettres du réformateur de la Trappe ont été généralement perdues ou brûlées, sauf cinq ou six des années 1687 et 1688, que nous citerons plus loin i. Par contre, on a mis à jour récemment une bonne partie de la correspondance du supérieur de Saint-Sulpice, dont nous pouvons tirer ici un grand profit. On y voit tout d'abord, que les rapports de piété les plus tendres, qui avaient uni de bonne heure Louis d'Urfé à M. Tronson et qui avaient accru de jour en jour, à Saint-Sulpice, l'ascendant de ce guide habile et prudent sur son âme douce et généreuse, l'évêque de Limoges se plut à les entretenir, au point de n'accomplir aucun acte important de son administration sans consulter auparavant son sage directeur. On est ravi de trouver dans ces lettres un esprit judicieux, large, parfois spirituellement enjoué, d'un savoir étendu et ouvert à toutes sortes de questions; un cœur bon surtout, délicat, compatissant, affectueux jusqu'à la tendresse la plus émue, et par-dessus tout un directeur de conscience expérimenté dans la connaissance des voies de Dieu sur les âmes 2.
Les premières lettres de M. Tronson à l'évêque de Limoges (de 1677 à 1684), respirent tout à la fois les sentiments d'une haute estime, d'un dévouement sans bornes et d'une affection toute paternelle 3. « Je crois, lui écrit le sage guide, que votre résolution de ne point faire de nouvelles ordonnances est très judicieuse. On appréhendait que vous ne fissiez comme plusieurs prélats qui, par un grand zèle de réforme, accablent d'abord leurs diocésains d'un grand nombre d'ordonnances, avant d'avoir gagné quelque créance sur leurs esprits, et avant même que d'avoir connu leurs besoins. Votre zèle, pour être aussi ardent que le leur, ne sera pas si précipité, et je m'assure qu'en cette matière, aussi bien que dans les autres, vous n'aurez pas oublié la maxime de ne point se presser et de s'accoutumer à prendre son haleine. » Ce premier avis est suivi, dans la même lettre, de conseils si sages et si instructifs qu'il est utile de les reproduire ici : « Ce que je crains le plus pour vous est que vous ne ménagiez pas assez votre santé, et qu'allant au delà de vos forces, vous ne succombiez bientôt sous le travail. Vous savez que vous n'êtes pas d'une complexion fort robuste ; que vous avez la poitrine assez faible, et que vous avez besoin de la ménager : vous savez d'ailleurs combien vous avez de peine à vous retenir dans le temps de vos ferveurs, et combien la vue des besoins qui se présentent alors vous emporte, sans songer à vousmême. Jamais vous ne vous y conserverez, si vous ne vous y prescrivez quelques règles. Il y en a trois qui me paraîtraient vous
1. Voir le chapitre spécial des vertus de notre prélat, auquel se rapportent ces lettres de piété.