L. Bertrand, Correspondance dp M. Trortson, préface
3. Observations mss. de M. Gosselin sur cette correspondance.
être bien nécessaires. La première, de ne rien retrancher du temps destiné pour votre sommeil. La seconde, de prendre toujours toute la nourriture, dont vous sentez avoir besoin. La troisième, de ne faire plutôt qu'une partie des affaires avec paix, que de vous empresser, de vous inquiéter, vous troubler pour les faire toutes. Car cet empressement fait qu'on en entreprend plus qu'on ne peut et qu'on se fait beaucoup de tort à soi-même, en voulant trop profiter aux autres. »
Afin de donner plus de poids à ses avis, M. Tronson emprunte ensuite avec le plus heureux à propos le langage de saint Bernard écrivant au pape Eugène IIL On eût dit que la sollicitude de l'abbé de Glairvaux pour son ancien disciple devenu pape, s'était renouvelée dans le cœur du supérieur de Saint-Sulpice, à l'égard de son ancien élève devenu évêque de Limoges. « Je crains, ajoute le sage directeur, que la multitude des emplois et la diversité des occupations ne vous dérobent le temps de l'oraison et de vos exercices spirituels. Je crains que votre cœur ne s'épanche trop dans les occupations extérieures et que toute sa récollection ne se perde. Je crains que, dans une place où vous êtes redevable à tous et où vous devez vous donner à tous, vous ne vous oubliiez tellement vous-même, que vous vous épuisiez et demeuriez à sec en abreuvant les autres : Omnes de fonte puhlico hibent pectore two, tu seor^' sim sitiens stes. Votre santé à la vérité m'est bien chère, et j'aurais peine de voir que vous la prodiguez par un travail immodéré ; mais votre sainteté me touche encore de plus près, et rien ne me pourrait être si sensible, que de vous voir en danger de la perdre, pour manquer aux exercices par lesquels vous savez qu'elle se conserve. Vous jugerez bien par là que je vous parle à cœur ouvert, et qu'encore que je désirasse changer de termes en vous écrivant ^, je ne prétendais pas changer de sentiment. Charitas enim nunquam excidit; et si patris stim liberatus nomine, sed non deprœdatus affectu. Olim mihi invisceratus es, non tam facile erueris. Ascende iw cœloSy descende in àbyssos^ non recèdes a me ; sequar te quociinque ieris, amans la/icum, amans clericum,^ amabo clericorum patrem, Monebo igitur te, si non ut paier, plane ut amans 2 ».
Ce langage inspiré à M. Tronson par l'affection la plus tendre et la plus respectueuse pour son ancien élève, se retrouve dans toute la suite de leur correspondance. Parmi tant de traits que nous pourrions en citer, nous remarquerons en particulier les réflexions suggérées à M. Tronson par une maladie qui était survenue au prélat, au début de novembre 1677, et qui l'avait empêché de prêcher à la Mis.sion le panégyrique de saint Charles, comme il s'y était engagé: M. Tronson profite de cette occasion, pour donner au prélat d'excellents avis sur le ministère de la prédication. « On ne m'a rien mandé de votre sermon de saint Charles, lui dit à ce sujet M- Tronson. Le texte que vous me marquez était bien
1. L'évèque de Limoges ne voulait pas que M. Tronson lui donnât, dans ses lettres, le titre de Monseigneur.