Ibid., p. 398. Lettre du 27 juin 4G
choisi, et la division bien juste et très belle pour le sujet. Pour la mortification que vous y avez eue, c'est la moindre à mon avis de toutes celles qui pourraient vous arriver, puisque les plus grands hommes sont sujets à de pareils accidents. Peut-être Dieu a-t-il permis que vous en ayez été humilié, pour vous ôter cette grande démangeaison de parler en public, que vous aurait donnée un succès plus favorable et que je croirois pour vous très-dangereuse. Car : l® vous auriez peine assurément à vous modérer et à vous bien régler sur ce point ; 2« la vanité ne manquerait pas d'y avoir bonne part et d'y trouver son compte ; 3» vous vous épuiseriez bientôt, et vous vous mettriez hors d'état de combattre ; 4p vous emploieriez à cela la plupart de votre temps ; et comme y trouveriez plus de douceur et de plaisir que dans les autres affaires plus difficiles et plus épineuses, vous les négligeriez aisément, vous imaginant qu'il ne serait pas moins utile de donner tout le temps à instruire votre peuple. Ces réflexions m'ont persuadé, que pour des instructions ou des exhortations familières et paternelles, vous en pourriez faire quelquefois et sans péril, parce qu'elles ne déroberaient pas beaucoup du temps que vous donneriez aux autres affaires, et que la vanité n'y est pas beaucoup à craindre ; mais, que pour ces grandes pièces d'apparat, qui demandent beaucoup de préparation, elles doivent être rares et très rares. Salvo tamen tuo meliori judicio *. »
Dans plusieurs lettres M. Tronson félicite le prélat de sa fidélité aux résolutions qu'il avait prises, pour le règlement de sa conduite, dans le sens qu'il lui avait indiqué précédemment. « Si vous pouviez régler votre temps et le partager, lui écrivait-il d'Issy, le 21 septembre 1678, en sorte que vous en eussiez un déterminé pour les affaires, un autre pour la prière, un autre pour le repos ; et si, dans les affaires et le travail, vous pouviez trouver le secret de ne vous y point abandonner au-delà de vos forces et de ce que demande votre santé que vous devez conserver, vous feriez une chose qui, certainement, serait bien agréable à Dieu, et qui donnerait bien de la joie à vos amis, car il ne se peut qu'ils ne souffrent de voir que vous allez succomber, en peu d'années, sous le travail, et qu'il est impossible que vous y résistiez longtemps, en vous ménageant aussi peu que vous faites ». Revenant, un peu plus tard, sur la question du règlement, M. Tronson ajoutait : ff Evitez de trop multiplier les actions, pour ne vous pas trop charger, mais observez plutôt Ik manière dont il faudrait vous comporter dans chacune ; comme, par exemple, ce qu'il faut faire dans une visite pour la rendre utile ; comment on peut partager les affaires, auxquelles un évêque ne peut pas seul suffire, afin que pas une ne demeure en arrière ; comment on en fait rendre compte, afin que pas une n'échappe ; comment on se comporte dans le conseil, afin d'expédier les affaires sans se laisser surprendre ni se précipiter, etc. 2. d
1. Correspondance de M. Tronson, t. II, p. 406. •2. Ibid., p. 419 et 438. Lettre du 6 janvier 1680.
Dans d'autres lettres, M. Tronson insiste avec force sur la discrétion dont le prélat doit user, par rapport aux pratiques extérieures de mortification pour lesquelles il éprouvait. un attrait particulier. « Vous ferez assez de pénitence, lui dit-il le 5 mars 1678, quand vous embrasserez de bon cœur, pour satisfaire à Dieu, ce qu'il y a de plus pénible et de plus humiliant dans votre emploi... Le retranchement des entretiens inutiles, des visites superflues et des pertes de temps, l'assiduité à vaquer aux affaires et pourvoir à tous les besoins de votre diocèse, senties mortifications qui me paraîtraient vous être le plus propres, et jamais celles de Tabstinence de la chair dont vous me parlez ne vous seront si utiles que cellesci... Pour me servir de votre terme, ce serait bien me faire la cour que de. me les proposer. Regardez votre perfection comme attachée aux mortifications intérieures plutôt qu'aux extérieures qui ont au dehors beaucoup d'éclat et au dedans, très peu de fruit. Tourmenter moins votre corps et tenir votre cœur plus en paix, c'est l'exercice qui vous sera le plus utile K,. Comme, par votre charge, vous devez vous considérer entièrement livré aux peuples qui vous sont confiés, vous devez aussi vous regarder comme étant tout à eux, et comme n'ayant pas droit de disposer de votre santé, que pour leur service. C'est la raison pour laquelle je ne puis vous conseiller les mortifications corporelles qui, en vous affaiblissant, vous empêcheraient de leur donner tous les secours qu'ils ont raison d'attendre de votre zèle... Vous savez que ce que j'estime extraordinairement est une vie commune, avec des dispositions et un amour de Dieu non communs. Avoir une règle de vie commune et l'observer inviolablement est une pénitence plus grande que l'on ne pense 2... »
A plusieurs reprises, le sage directeur se vit obligé de modérer l'ardeur du prélat, qui compromettait gravement sa santé dans l'exercice de ses fonctions, nonobstant les avis désespérés de sa famille et de ses amis. « Un peu plus de ménagements dans vos travaux donnerait une grande joie à bien du monde ; et vous contenteriez beaucoup de gens, et à Limoges et à Paris, si vous pouviez vous fatiguer un peu moins que vous ne faites. En vérité, vous prenez trop sur vous, et vos rechutes ^ vous devraient obliger à tempérer un peu l'ardeur de votre zèle. C'est vous parler bien librement; mais je prends trop d'intérêt à votre santé pour vous flatter sur ce qu'elle demande, et pour ne vous pas dire ce que tout le monde voit, mais dont vous n'êtes pas assez persuadé. Si vous avez besoin de faire pénitence, il y en a assez d'autres que vous pouvez