Ibid., p
3. L'évèque de Limoges avait été dangereusement malade d'un excès de fatigues vers la fin de l'automne 1678. « Le moyen d'apprendre, lui écrivait M. Tronson le 9 décembre de cette même année, que vous revenez des portes de la mort et de ne vous en témoigner pas ma joie ! » Correspondance^ t. II, p. 422. Des coliques moins graves, provenant de la même cause, affaiblirent le prélat au commencement de l'automne de 1683. 76trf., p. 451.
choisir, et peut être même que la modération de votre zèle, et la violence qu'il faudrait pour cela vou& faire, n'en serait pas une petite pour vous ^. >
La retraite que le pieux évêque avait coutume de faire chaque année, pour se renouveler dans l'esprit de sa vocation, était pour lui une précieuse occasion de manifester à M. Tronson ses dispositions intérieures et de réclamer ses avis, pour l'exécution de ses bons desseins. La lettre suivante que M. Tronson lui écrivit, le 6 janvier 1680, à l'occasion d'une de ces retraites, fait de plus en plus connaître l'entière confiance de Louis d'Urfé pour son vertueux directeur, et la respectueuse liberté avec laquelle celui-ci répondait à la confiance du prélat. « J'ai lu et relu avec bien du plaisir et de la joie l'état que vous m'avez fait la grâce de m'envoyer. Vous verrez, par les paroles que j'ai mises au haut des pages, ce que je pense de ce règlement. Elles vous feront mieux connaître mes sentiments que tout ce que j'en pourrais dire. Il ne faut plus que mettre la main à l'œuvre pour faire un ouvrage achevé ! Je crois que ce sont là des fruits de la retraite, et, qu'ayant été produits, non seulement dans la ferveur, mais avec une mûre délibération, ils ne seront pas comme ces fleurs, in medio frigore exoriosy quos prima tribulationis pruina decoxit. Il y a longtemps que je vous désirais plusieurs choses que je vois que vous avez marquées, et je ne doute point que ce ne soit Notre-Seigneur qui vous en ait donné la pensée. Il vous sera, à mon avis, d'un grand secours, pour vous y rendre fidèle, de lire toutes les semaines ce règlement, et défaire votre examen une fois sur les choses auxquelles vous n'auriez pas été exact, afin de vous en humilier devant Dieu, et de reprendre de nouvelles résolutions.
« Il serait difficile de vous proposer un exemple que l'on vous conseillât d'imiter en toutes choses. Car 1® il n'y a personne qui n'ait son faible, c'est là la misère de cette vie. Les plus saints ont leurs défauts, que Dieuleurlaissepour les humilier, et afin que leur grâce demeurant cachée, ils ne s'enorgueillissent point de leurs dons. 2° Les bonnes choses même qui sont dans quelques saints ne sont pas à être imitées par plusieurs autres, qui sont d'une autre humeur, d'un autre tempérament, et sur lesquels Dieu peut avoir aussi d'autres desseins. 3» J'ai toujours cru qu'il était de la Providence, que pour ne nous point détacher de l'original en nous arrêtant aux copies, Dieu n'avait point voulu proposer de saints à imiter en tout, afin que Ton ne perdît point de vue Jésus-Christ, son Fils ; cet adorable original, qui étant le seul parfait en toutes choses, pouvait aussi être le seul que l'on pût en tout imiter sûrement. C'est là l'évêque que vous demandez, et si vous regardez, si vous étudiez avec soin ce grand modèle : Episcopum illum et pastorem animarum nostrarum (1. Epist. S. Petr., ii, 25), vous trouverez en lui de quoi vous contenter et de quoi satisfaire pleinement tous vos désirs. C'est là où vous rencontrerez cette conduite réglée, prudente et