Correspondance, t. II, p. 435 et suiv
M. Tronson avait surtout le talent de réconforter Févêque de Limoges lorsqu'il éprouvait des contrariétés, c Je souhaiterais de tout mon cœur, lui écrivait-il en novembre 1684, ne pouvant pas vous décharger entièrement de votre croix, en porter au moins une partie, pour vous en adoucir la pesanteur... Ce que je crains le plus pour vous est le découragement. Car, n'ayant plus personne sur les lieux en qui vous me marquiez avoir confiance, il est difficile que vos peines ne croissent et qu'enfin elles ne vous minent insensiblement et ne vous abattent. Votre résolution de ne les point faire paraître au dehors est d'une grande conséquence, car, ceux qui ont d'autres vues que la gloire de Dieu seraient ravis de vous voir changer de demeure et de conduite... Si le poids du joug que vous portez est augmenté par celui de vos misères dont vous sentez la pesanteur, il ne faut pas que ni Tun ni lautre vous abatte, son plus que la pensée que vous manquez de beaucoup de talens. Gif la vie réglée que vous menez, cet éloignement de toute pompe séculière et de tout luxe, cette assiduité à vos visites, cet amour de vos fonciîpns, ce zèle pour vos ecclésiastiques, cette présence continuelle et si édifiante dans votre séminaire, cette résidence inviolable dans votre diocèse, sont de grands talens devant Dieu... L'on m'en a parlé de différens endroits avec beaucoup d'éloges. Assurément un tel exemple ne peut qu'être très utile, et c'est ce qui vous doit l)eaucoup encourager à vous rendre toujours fidèle à vos emplois ^. >
€ Rien, ce me semble, ne me touche de plus près que vos inté* rets >, lui écrivit-il un jour . En vertu de ce principe, M. Tronson accepta d'intervenir lui-même, et toujours avec succès, dans plusieurs affaires qui intéressaient Tévèque de Limoges, notamment auprès de l'archevêque de Paris et de rabt)é de Sainte-Geneviève. D*autres fois le prudent directeur fit consulter pour son ami, tantôt des docteurs de SortK)nne, tantôt des avocats, pour le détourner de la poursuite de procès, dont l'issue lui semblait douteuse ^.
Parfois encore, le sage conseiller jugeait t)on de se faire l'écho auprès de son docile ami, des bruits qui circulaient à son sujet à la cour de France, afin d'y mettre fin par une révélation qui mettait en garde le prélat intéressé contre les fausses apparences : c L'on dit de vous à la cour, lui écrivit-il le 6 août 1679, que vous êtes un évêque, à la vérité homme de bien, mais un peu chaud. C'est une circonstance qu'il est trop important que vous sachiez, pour ne vous la pas écrire. Je prierai bien Notre-Seigneur, avant que vous receviez cette lettre, de vous faire connaître avec quel esprit et quel sentiment je vous l'écris, et de quel fruit il serait d'effacer par votre conduite cette mauvaise impression, qui se répand dans le monde plus que vous ne sauriez croire... On veut à la cour de la modération, et Ton condamne tout ce qui paraît précipité (dans les