Correspondance de M. Tronson^ t. I, p
5. Grandet, /^» saints prêtres^ '2« série, p. 418. On sait que le P. Le Jeune prêchait souvent dans les retraites ecclésiastiques et les synodes diocésains. Il réussissait admirablement dans ce ministère difficile. Plein de doctrine, tempérant l'austérité par une immense miséricorde, passant des plus hautes considérations aux détails les plus pratiques et même les plus vulgaires de la vie sacerdotale, Torateur parlait aux prêtres comme un frère aine à des frères plus jeunes et tendrement chéris. Grange, Le P. Le Jeune^ p. 100.
6. Gorrespondance^ ibid.f Lettre de M. Uonrget, directeur au séminaire.
Les conférences ecclésiastiques qu'avait établies d'une manière définitive le prédécesseur de notre prélat, continuèrent sous son épiscopat avec le même succès. «Le règlement de la conférence du Sainct-Esprit fondée le 18 mai 1690, dans l'Archiprestré d'Aubusson par l'ordre de Mgr l'évêque de Limoges » nous en fournit la preuve *. « Comme depuis le temps des Apôtres, y est-il dit, les assemblées et conférences ecclésiastiques ont élé d'un merveilleux avantage pour établir la religion, l'étendre et la conserver dans sa pureté ; nous pouvons espérer qu'à présent elles nous procureront des biens semblables, et même de plus particuliers, si nous tâchons de les faire dans de si saintes intentions, et selon les avis et les règles qui nous sont proposées par Mgr notre Illustrissime et Révérendissime Prélat, de la manière qui s'ensuit :
Règlement général, 1" L'assemblée ne se faisant que par le consentement et approbation de Monseigneur, on le priera tous les ans d'avoir la bonté de choisir celuy qu'il voudra, pour en être le directeur, afin qu'il ait connaissance des sujets qui en seront capables, les messieurs de la Compagnie lui en proposeront trois annuellement, desquels trois il choisira celuy qu'il jugera le plus à propos. 2® Lorsque quelqu'un se présentera pour entrer dans la Compagnie, on le proposera à l'assemblée, pour délibérer sur sa réception et le nombre sera fixéà dix-huit messieurs, curés ou autres ecclésiastiques. 3® On s'assemblera en été, c'est à dire depuis Pasques jusqu'à la Saint-Luc, dé trois en trois semaines, ou pour le plus tard tous les mois, et dans l'autre temps, selon qu'il sera jugé à propos dans l'assemblée. On tâchera de le faire le plus souvent qu'on pourra, eu égard àla rigueur du temps et à la nécessité des affaires 2. 40 On demandera, de synode à autre, à Mgr l'évêque la matière et le sujet des conférences ^, et même celui des entretiens et instructions, s*il le juge à propos. 5« Le lieu de l'assemblée sera tantôt dans une paroisse, tantôt dans l'autre, comme il aura été déterminé dans la dernière, faisant en sorte de parcourir consécutivement toutes celles dont sont chargés les messieurs de la Compagnie ♦.
Bèglement particulier des jours de l'assemblée. 1^ On se rendra le plus matin que l'on pourra au lieu marqué. Dès qu'on sera arrivé, on ira à l'église faire sa prière et on s'occupera à confesser. 2« Il esta propos d'y venir tous dire la sainte messe, pour contribuer à la dévotion du peuple. Tous les messieurs tâcheront d'assister en surplis à la grand'messe, qui commencera à neuf heures
1. Ce document manuscrit conservé aux Archives de In Haute-Vienne est Tœuvre de Michel Bourdon, vicaire général. Son écriture est aisément reconnaissable de ceux qui ont vu d'autres spécimens certains de la même provenance.
2. Cet article modifiait sur un point essentiel les règlements de François de la Fayette, qu'on n'avait pu sans doute appliquer dans toute leur rigueur. Par là, les conférences ecclésiastiques de cette époque se rapprochaient de la pratique actuelle.
3. Lart. 11 des règlements de 1060 stipulait pourtant que les sujets des conférences diocésaines de l'année seraient imprimés.
4. Suivent d'autres prescriptions pareilles aux statuts précédents.
406 UN SifeCLK DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCE
et aideront à la chanter. 3^ On fera pendant la grand'messe une instruction utile et familière au peuple. A cet effet un des messieurs sera averti pour cet employ ^.
Règlement de la Conférence. 1« Les messieurs s'assembleront après la petite conversation (qui suivra leur dîner) dans l'église ou dans quelque chambre commode. 2« Après les prières d'usage, celui qui aura été averti pour faire l'entretien sur des matières ecclésiastiques, tâchera de ne parler qu'une demi-heure tout au plus. 3^ Celui qui aura été nommé exposera ensuite une question de morale ou cas de conscience que l'on aura marqué dans la dernière assemblée. Il sera permis à un chacun de proposer ses doutes. 4» Après une heure de conférence ainsi employée, on délibérera pendant une bonne demi-heure ou trois quarts d'heure sur les affaires importantes soit spirituelles, soit temporelles qui intéressent les membres de l'assemblée )>.
L'article 18® des statuts de 1660 était développé en trois séries de règlements, concernant VUnionetlaChariiéy qui devaient régner entre les membres de chaque conférence, la Correction fraternelle qui devait parfois s'exercer entre eux 2, et les règles à suivre à l'égard des Confrères malades. « Comme l'on a connu, y est-il dit, par une funeste expérience de plusieurs siècles, qu'il n'y avait point de personnes dans l'Eglise plus abandonnées de tout secours que MM. les curés dans le temps de leur maladie et de leur mort, c'est pour éviter ce dernier malheur parmi nous, et afin de nous donner toute la consolation et l'assistance que nous pourrons dans ce grand besoin, que nous observerons très exactement les règles suivantes :
4« Celui qui se trouvera atteint de maladie qui l'obligera de s'aliter, ne doit pas manquer d'en faire donner avis à celui des messieurs qui sera le plus proche de lui, lequel le doit visiter incontinent, et tâcher de reconnaître l'état de son indisposition. S'il juge qu'il y ait du péril, il en avertira d'abord celui qui a soin des malades. 2<> Celui à qui on confie cet emploi, ne manquera pas de se rendre en diligence auprès du malade pour lui demander duquel des messieurs de la Compagnie il désire être assisté, et lui dire ensuite de se bien préparer pour recevoir les sacrements de bonne heure. Ensuite il envoira chercher promptement celui qui doit le secourir, demeurant auprès du malade jusqu'à ce que il soit arrivé. 3** Lorsque celui qui doit assister le malade sera venu, il marquera à celui qui l'envoie chercher l'état de sa paroisse et de ses affaires, pour qu'il en prenne soin par lui-même ou par d'autres messieurs de la Compagnie sans aucun délai. 4» Celui qui aura le
1. Un règlement spécial pour la table prescrivait la lecture d' « un bon livre * pendant le repas. En outre : « Celui qui donnera à manger se souviendra qu'on a résolu de ne point servir d'autre chose que du mouton, du bœuf et du beau bouly [sic)^ sans autre aprêt. Que s'il contrevient à ce règlement, on distribuera la viande incontinent aux pauvres. »
± Nous passons sous silence ces règlements, au nombre de neuf, parce qu'ils nous ont paru trop édifiants et inspirés des examens particuliers de M. Tronson.
LOUIS DE LASCARIS d'URFÉ 407
soin du malade prendra la peine d'en avertir messieurs de rassemblée les uns par les autres, afin que tous prient Dieu pour lui, et lui rendent leurs visites. 5» Celui qui restera auprès du malade, non seulement aura le soin de son âme de la manière la plus avantageuse qu'il pourra, mais encore il aura soin de pourvoir à tous ses autres besoins, comme des médecins, des remèdes, des bouillons et autre nourriture, de son église et de son testament, et si le malade se trouvait dépourvu d'argent, on le fournira aux dépens de la Compagnie, en prenant les assurances pour le faire rendre à ceux qui l'auront fourni dans la suite, s'il est possible. 6** Si le malade vient à mourir, il aura encore soin de faire avertir les messieurs les plus proches pour assister à ses funérailles, et s'il n'a pas d'héritiers et de parents présents, il pourvoira à tout ce qui regarde la sépulture de la manière la plus honnête et la plus cléricale qu'il lui sera possible. 7" Les messieurs de la Compagnie ne manqueront pas à la huitaine du défunt de se rendre en son église pour y faire un service fort solennel. Celui qui aura assisté le défunt prendra soin de tout ce qui est nécessaire, même du dîner qui se préparera aux frais communs de l'assemblée. 8*» Enfin tous les messieurs seront obligés de célébrer chacun trois messes dans le mois pour le cher défunt, et feront toutes les années dans le lieu de la première assemblée après la fête de la Toussaint un service pour le repos de leurs chers confrères décédés ». Quicunque hanc régulant secuti fuerinty pax super illos et misericordia (Ep. ad Galat, V. 4)^
Ainsi comprises dans l'archiprêtré d'Aubusson, et rien ne nous empêche de croire qu'elles eurent le même caractère dans les autres archiprêtrés du diocèse de Limoges, les conférences ecclésiastiques s'étaient transformées rapidement en véritables associations de secours mutuels, dignes encore d'imitation dans nos jours troublés. L'honneur du progrès de cette admirable institution revenait à notre prélat et à son vicaire général, M. Bourdon.
1. Archioes (le la Hante-Vienne, G., n. 307. Mes. de M. Bourdon.
CHAPirriE Yî
RAPPORT> DE ions Ii'L'RFÉ J^^^C 1£^ RELIGIEUX ET LES RELIGIEl>^E5 DE «^dX l»IOCÈSE
A LES REur.irrx I. Eqiports séuéraïui de réFêqne aiec les rdigieiix.
Les reli|:ieax n'étaient pas moins chers à Dotre prt'lat qoe ses ecclésiastiques, c Ce sont là, disaiî-iU ies if ^Ine^ coioiines de l'f^ilise coDtpe lesquelles tous les efforts de J'enier se sont mille et mi lie fois brisés ! Conibien ces Ordres ont-ils- dcpnnt- à l'Eglise dr docteurs^ de prédicateurs, de conducteurs dames, d'évéques, de prélats et de pontifes d'une science et d'une vertu consi:»njmée. Ce que sont dans nn Etat des troupes bien a^erries et bien disciplinées, pour le défendre contre les ennemis qui Tenvironneut de toutes parts^ les ordr^ relipeux iont cela même dans l'Efrlise, pour en maintenir les droits, la dcK'trine, Tautorité et la sainteté contre les artifices des bérétiques, contre la corruption et le libertina|re des peuples, ijue j'aime à les voir, ajoutait le prélat enthousiasmé de leur zèle, dans ce mouvement continu qu'ils se donnent pour procurer le salut des âmes, instruisant, coniessant, préchant, c^técbisant, administrant les sacrements, répandant partout la lumière de l^E- Tanple.,. Oue ferions-nous sans leur secours, disait encore le saint évéque"? J'ai à la vérité un clergé florissant et un grand nombre de prêtres, qui ne manquent ni de zèle, ni de talents, pour travailler utilement dans le champ de m :)n Eglise: n jais la moisson est immense, et demande une inûmlé d'ouATÎers, et je n'en connais point de plus latiorieux, ni de plus irifaîigabies que mes religieux, qui, n'étant yias partagés entre les soins du monde et ceux de J'Egiise. n'abandonnent jamais Ifur travail, v C>n reconnaît bien à ce langage s}iLpatLique le dise .pie de M. Tronson. l'ami du rélonnaieur de la Tra|:»|-ie, le frère de drux religieux. ♦ Il regardait chaque communauté religieuse comn;e cette îoiir de Iiavjd, d'où pendaient miliebjucljers et toutes les armes vies p] us vaillants homme?. E ne faisait poii^t de différence entre les religieux des divers t>rdres que ce-ie que le j»':us de zeie et de mente y laisse voir, et 11 était iiien êi.'igné de J'orgueii de ceux qui n'ont pas pour les religieux meiidianis ies ujêî jes égr&r.is que p:»urcei;x quisc»nt rentes, et qui croiraieîjî ivr-erque derog>"r à leur nv»Messe, s'ils ne prenaient j>as des ai^^ de nenr avec Ct^ ii.usîres pauvrt^ de -lesus-Chrisl *. »
L'amour df notre j»relat p:»nr les religieux n'aliait pas cependant jusqu'à la îaluêsse. II avait ]»rirticuljfrêniêrît à c.fur de conserver ent 1 -^re et sans d. r^ir u ti :in î a ; \it: d i et i . -n ér- 1 soopal e à 1 'è?&i*d des regL.:iers même réL-rixiés., quaiii il devs^t j^îs i:::rodaire dans une
1. I»L CarrjiT 'ex-h^surit., l'u-r^a,: â: » n-»^ \ l^-i..^ u Z~ ;i, j», 60 el suîv.
abbaye. Conformément à Tavis de Michel Bourdon, il se réservait de les soumettre à sa juridiction : 1® en ce qui regarde l'administration des sacrements et la dispensation de la parole de Dieu ; 2« en ce qui regarde les scandales qui paraissent au dehors ; 2^ il se réservait le droit de faire la visite de tout ce qui dépend de leurs fonctions ecclésiastiques, le droit de connaître des relâchements notables, de l'inobservation notoire des vœux et règles et d'y apporter les remèdes convenables. Il se préoccupait de connaître les mœurs des religieux envoyés nouvellement dans son diocèse. L'attestation de leurs supérieurs lui suffisait pour les réguliers réformés. A l'égard des autres religieux des Ordres non réformés, il ne leur permettait d'exercer des fonctions ecclésiastiques que s'ils lui présentaient des certificats de bonne vie et mœurs des supérieurs des maisons dont ils sortaient. Dans les cas douteux, il prenait des informations secrètes auprès des évêques ou de leurs grands-vicaires et des personnes pieuses des lieux dans lesquels ils avaient fait quelque résidence.
Soucieux également de savoir ce que devait faire un évêque à l'égard des religieux exempts, s'il avait connaissance du dérèglement d'un ou de plusieurs d'entre eux, Louis d'Urfé reçut de son vicaire général cette consultation écrite. « Si le désordre est secret, l'évêque doit recourir au supérieur pour faire punir les coupables, leur interdire les fonctions comme celles du confessionnal et de la chaire, les faire transférer promptement en un lieu où ils ne rempliront aucune fonction, les menaçant pour cela d'avertir l'évêque diocésain, en cas qu'ils le voulussent entreprendre. Mais si le désordre commis est public, il faut agir avec plus de rigueur, prendre des informations publiques, et lancer même au besoin des monitoires, supposé néanmoins que ce soit un ordre relâché, car, on pourrait ménager un peu plus la réputation d'un Ordre réformé. — Mais que faut-il faire, avait encore demandé l'évêque, si quelque religieux exempt avait publié ou prêché avec scandale quelque doctrine pernicieuse? — Il faudrait, répondit Michel Bourdon, le faire citer à comparaître devant l'official, et lui faire son procès jusqu'à sentence définitive, s'il ne fait une satisfaction juste et raisonnable, telle qu'elle lui sera ordonnée par l'évêque. On doit bien se garder de le renvoyer à son supérieur, quand il le demanderait. » Nous n'exposons ici ces solutions a priori des difficultés de notre prélat, que, parce qu'il fut obligé, nous le verrons, de les faire passer dans l'ordre des faits. Plusieurs religieux augustins se trouvèrent dans ces derniers cas, et c'est dans ces circonstances probablement que l'évêque de Limoges consulta son vicaire général, docteur de Sorbonne, sur la conduite que nous le verrons suivre.
D'autre part, notre prélat ordonnait de vive voix seulement aux recteurs de veiller sur la conduite des religieux pendant les quêtes qu'ils faisaient ou les stations de prédication qu'ils donnaient dans leurs paroisses, pour lui en faire un fidèle rapport, et il s'en informait exactement lui-même au cours de sa visite pastorale. Il
permettait aux religieux de donner à ses diocésains « le petit habit de la Vierge » (ou scapulaire), et le cordon de Saint-François, hors de Téglise. Il autorisait ces pratiques, tant qu'il n'y remarquait point d'abus, car, à l'exemple de son prédécesseur, il n'était pas favorable aux petites ou plutôt aux fausses dévotions. Comme on obtenait alors a très facilement des pardons pour des chapelles » et qu'en vertu de ces privilèges, les curés et confesseurs entreprenaient parfois d'absoudre des cas réservés, Tévêque de Limoges ne jugeait pas toujours à propos d'approuver ces pardons, ou s'il accordait son approbation, il la formulait en termes restrictifs. Son refus était souvent motivé par cette considération : ce que les peuples sont divertis par là de l'assiduité qu'ils doivent aux paroisses, le devoir d'un évêque étant de favoriser, le plus possible, la dévotion des paroisses et d'y attirer le peuple '*. »
II. Rapports particuliers de l'évêque avec les ordres religieux.
i° Les PP. Jésuites du collège de Limoges^ éducateurs d'une partie des jeunes clercs du diocèse.
Les Pères Jésuites de Limoges surent profiter particulièrement des dispositions bienveillantes de notre prélat à leur égard. On sait que ces religieux avaient voulu ériger des chaires de théologie dans leur collège. Ce que François de la Fayette avait obstinément refusé à la Compagnie, elle espéra l'obtenir de son successeur. Sans perdre du temps, les Pères Jésuites rédigèrent, en 1677, un long mémoire concluant à faire unir le prieuré de L'Artige-Grande au collège de Limoges, pour aider à la fondation d'une classe de théologie. Ce prieuré, situé sur la paroisse de Saint-Léonard, à une lieue de cette ville, était chef d'une congrégation de chanoines réguliers de Tordre de Saint-Augustin, et il avait encore dans sa dépendance une trentaine de bénéfices 2. Les Pères Jésuites représentèrent dans leur mémoire, que ce prieuré, après avoir été très prospère au moyen-âge, au temps de Gérald du Cher, évêque de Limoges, son principal bienfaiteur, se trouvait ruiné et ses revenus dissipés par les guerres de religion 3. Les places monacales étaient en effet d'un revenu si médiocre, qu'il n'avait presque jamais été possible de les remplir par des chanoines réguliers. Elles étaient occupées tantôt par des religieux mendiants, tantôt par des ecclésiastiques qui n'y résidaient presque jamais et qui y vivaient avec peu d'édification.
Ces desservants ne voulant ou ne pouvant résider sur les lieux,
1. Mss. de Michel Bourdon, intitulé : « Résolutions des diffwuUés proposées par Mgr l'évosque touchant la discipline du diocèse. » Archirps de la Haute- Vienne, CI, n.307.
2. Archives dép.. Inventaire, série D. Introduct. de M. Lerotur, xvi.
3. Gilles le Duc rapporte que les protestants conduits pai* le seigneur de Beaupré, s'étaient emparés du prieuré de L'Artige et avaient fait housses à leurs chevaux des ornements de l'église. Bulletin de Limoges, t. XLVI, p. 377.
vivant sans supérieur dans une entière indépendance, n'y remplissaient point avec exactitude et régularité leurs obligations. D'ailleurs les bâtiments claustraux étaient, depuis la fin du seizième siècle, en état de délabrement, et il n'y restait plus de vestige de conventualité. Elle ne pouvait même y être rétablie, le fond des places monacales suffisant à peine pour là subsistance de quelques chanoines réguliers. Ces derniers résidant à Saint-Léonard vivaient sans aucune régularité, ni subordination entre eux ; ils ne faisaient au prieuré de L'Artige-Grande certains offices que les dimanches et fêtes, sans les chanter souvent et y observer la solennité et la religion convenables. De plus, l'église Saint-Laurent de L'Artige, très vaste, auparavant voûtée et maintenant mal lambrissée, était en mauvais état et menaçait ruine en plusieurs endroits. Il n'y avait dans le cloître que quelques chambres, presque inhabitables, pour loger les religieux pourvus des places monacales *.
Articulée à peu près en ces termes en 1677, la demande d'union du prieuré au collège de Limoges fut accueillie favorablement de l'évêque Louis d'Urfé. Cinq ans plus tard, le P. Louis Duprat, professeur du collège Sainte-Marie, fut envoyé à Rome, pour assister à l'élection d'un nouveau général et traiter en même temps l'affaire de L'Artige, qui n'avançait pas assez vite, ainsi qu'il l'écrivait à notre prélat en juillet 1681 2. Les efforts du mandataire ne lardèrent pas cependant à être couronnés d'un plein succès. Le 8 janvier 1682, \e pape Innocent XI délivrait la bulle d'union si désirée de ce bénéfice. En vertu de ce décret, le prieuré de L'Artige-Grande était uni au collège de Limoges, a sans être sécularisé, nec in capite nec in wemhris )). Le fond du revenu, qui montait à 2 177 livres, devait être affecté : l^à l'entretien de trois professeurs en théologie dogmatique et morale, et 2° à la subsistance de trois chanoines réguliers pour faire l'office en l'église Saint-Laurent, y célébrer les messes dont le prieuré était chargé, faire, aux jours de dimanches et fêtes, et pendant tous les jours du carême de chaque année, l'instruction familière ou catéchisme au peuple et y administrer les sacrements avec le consentement des curés. A défaut des réguliers, des prêtres séculiers devaient être nommés, ainsi que les chanoines, par le recteur du collège, pour être ensuite examinés et approuvés par l'évêque. A la suite des lettres patentes du mois de février 1684, les cours de théologie furent ouverts au collège 3.
1. Poxnllê historique de Nadand, p. 738. Nous avons reconstitué ici le mémoire des Pérès, d'après les tenues de celui qu'ils présentèrent à l'évêque de Limoges pour l'union du prieuré de L'Artipe-Vieille, vers 1743, et d'aprt's les allusions bien nettes de Gilles le Duc.