Voir plus haut imo notice sur la famille dr <•<» Prélat
des novices. Après la mort de la sujpérieiire, elle fat élue abbesse à ronanimité ( IM9>. .Son monastère [«uvre changea bientôt de face par le grand nombre de demoiselles de qualité et de mérite que sa réputation y attira. Parmi ces dernières, il y eut quatre de ses sœurs qui y embrassèrent la vie religieuse à son exemple, et qui y moururent depuis en bonnes religieuses.
Son frère l'archevêque de Metz combla ses maisons de ses largesses. Ses autres frères qui l'estimaient et l'aimaient tendrement, pour rapprocher de sa famille, lui obtinrent du roi labbaye bénédictine de Saint-Junien du Mans, malgré son opposition. La reine lui fit l'honneur d'assister à sa bénédiction abbatiale. Elle ne gouverna cette abbaye que trois ans, mais avec toute la prudence, toute la douceur et fermeté d'une grande abbesse. Le maréchal son frère lui demanda par ordre du roi la démission de son abbaye du Mans, pour aller prendre le gouvernement du monastère des Urbanistes de Longchamp à Paris. Elle ne put se résoudre à y aller; ce qui déplut à sa famille. Elle resta trois ans à Paris : elle en passa un au Val-de-Gràce avec une grande édification, et les deux autres dans Thôtel de la Fcuillade, où elle vivait dans une retraite exacte et dans une pratique constante de ses exercices de piété et de mortification. Sa famille extraordinairement édifiée ne put jamais la faire consentir à se rendre à la cour, et à la conduire à Versailles, à Fontainebleau, ni même aux Tuileries. Le monastère où elle allait se renfermer le plus de temps qu'elle pouvait, c'était la fameuse abbaye de Montmartre, gouvernée par Tillustre et sainte abbesse, la princesse de Lorraine de Guise. Tout 1 édifiait dans cette maison où fleurissait et régnait l'esprit primitif de l'Ordre. C'est là qu'elle aurait souhaité de finir ses jours en simple religieuse. Aussi après s'y être remplie de l'esprit qui animait ce célèbre monastère, elle le porta à la Règle et y introduisît les constitutions, le rituel, le cérémonial et tous les autres livres d'égiise faits pour l'usage de cette abbaye.
A la mort de Marie de Verthamon de Lavau, qui ne gouverna la maison que quatre ans (1675-1679), mais la laissa dans le bon ordre et la régularité qu'elle devait à la vertu et à la sagesse de la précédente abbesse, Jeanne de Verthamon sa tante, le roi nomma de 21 avril 1679) Elisabeth de la Feuillade pour l'abbaye de Notre-Dame de la Règle. Elle se rendit dans ce monastère sur la fin du mois d'octobre suivant. « La facilité heureuse qu'elle avait à s'expliquer sur tout, mais principalement sur les sujets de piété, charma d'abord ses religieuses. Elles admirèrent encore plus sa modestie, son horreur pour le faste et pour la moindre distinction, son exactitude à garder en tout la régularité, et sa grande habileté dans la vie intérieure. Egalement habile pour le spirituel et le temporel, elle régla avec un ordre admirable le temporel et l'économie, et continua de s'y appliquer entièrement jusqu'à la mort. ^ ^
1. Archives du séminaire de Limoges, n. 128. Recueil d'Oraisons funèbres, de discours et de circulaires, imprimés, p. lOl et suiv.
IjOnS DE LAîiCARïS n\'RFÈ 4^9
Les changetnenUi qu elle s empnessa dlntrodiiire d^uis les coiis* titnIioDs de son couvenU et notamment dans la forme de Fliabît de ses reiigîeases parurent irrèguliers aux yeux de Tèv^èque dont elle D avait point pris Pavis. Le prélat consulta son sage directeur sur la conduite qu'il devait tenir à l^<é^g!ard de ces inuo\^tions« Voici sa réponse marquée au coin de la prudence. < Il serait fort à sou« haiter^ lui écrit M. Tronson, que madame Fabbesse de la Règle voulût laisser dans sa maison les choses comme elles sont, et qu>lle ne troublât point ses religieuses dans la possession de leur forme d'habit. Quoique ce changement ne paraisse qu\ine baga* telle dans le monde Je conviens que tous pouver avoir de justes sujets d'en craindre les suites. Cependant, après la lettre que vous a écrite le P. de la Chaise, je ne vois guère d'ap()arence de vous y opposer. Car, quoiqu'il n'y décide rien, il y fait assez paraître quel est son sentiment, et quelle serait la décision de cette aflaire, si elle était portée ici (à la courV comme on ne manquerait pas de Ty porter, sur votre opposition. Ainsi, je ne croirais point que vous dussiez vous exposer à vous faire une aiïaire, dont je craindrais plus les suites pour vous, que toutes celles que Ton peut craindre du scapulaire et de la guimpe (sioV On estime qu'une simple tolérance vaudrait mieux qu'une réprobation positive, parce qu^elIe vous laisserait une plus grande liberté d'ordonner dans la suite ce qui serait pour le mieux, loi*sque les obstacles seraient levés, et que vous y verriez assez de jour... Ce nVst |>as que l'on piit justifîei* la conduite de Tabbesse, d'avoir voulu faire ainsi changer d'habit toute la communauté sans votre partici|)ation. Mais, après tout, cet habit qu'elle a, se trouvant Thabil de rOrdre, on pourrait bien, en condamnant sa manière d'agir, approuver au fond le changement qu'elle prétend. Voilà le sujet de ma crainte et ce qui arrivera, selon toutes les apparences, si elle se révolte contre votre défense, et qu'elle ait assez de crédit pour obtenir des commissaires (c'esl-à-dire des juges h qui la connaissance de TafTaire serait envoyée). Voyoz si c'est une chose i\ laquelle il y ait apparence de vous exposer ^ » Cette affaire s'arrangea à l'amiable deux ans plus tard, grâce à l'intervention du marquis de Magnac, Antoine de Fénelon, parent ou ami do la famille de Tabbesse. C'est encore une lettre de M. Tronson, en date du 22 août 1682, qui nous apprend ces résultats. « Les deux billets de Madame TAbbesse de la Règle sont remarquables, et je vous conseille de les garder: car, ils pourraient vous servir un jour si l'on changeait de sentiment, et que l'on recommençât à se plaindre. Je crois bien que cela n'arrivera pas, après les marques de satisfaction et de soumission qu'elle vous donne; mais il est bon toujours de prendre vos précautions. C'est pourquoi j'ai cru qu'il valait mieux vous renvoyer ces billets que les brûler. Je ne doute point que la manière dont vous lui avez parlé en particulier sur l'article des matines, sans en rien mettre dans votre procès-verbal,
i. CorveBpondance, t. il, p. 441. Lettre du 3 février 1680.
ni dans vos ordonnaaces, n'ait un très bon effet Le changement de rheure n'en aurait pas eu assurément un aussi bon, et aurait pu, en aigrissant les esprits, causer des chagrins qui n'auraient jamais apporté tant de bien que la paix » ^...
Grâce à ces sages conseils, les relations du |)rélat avec l'abbesse de la Règle ne furent pas troublées. Une affaire essentielle (dont nous ignorons la nature) ayant obligé Elisabeth d'Aubusson de l'avis même de l'évêque de Limoges, Louis d'Urté, à faire un voyage à Paris, on fit alors les derniers efforts pour l'obliger sous le bon plaisir du roi à changer avec une autre abbaye d'un beaucoup plus grand revenu, et où l'abbesse n'était pas contente. L'évêque diocésain mit tout en œuvre pour gagner l'abbesse de la Règle ; il employa même la famille et Mme d'Harcourt, abbesse de Montmartre. Elle répondit constamment que, puisque la Providence l'avait destinée pour la Règle, elle la regardait comme le lieu oîi elle devait faire son salut et finir ses jours.
Elle travailla à embellir le chœur de l'église abbatiale, et en fit dans la nef de l'église le plus beau, et le plus magnifique qu'on voye en France*^. Elle rebâtit un corps de logis dans lequel elle ménagea des parloirs propres, commodes et bien éclairés 3. L'endroit où ses religieuses admiraient le plus la vertueuse abbesse, c'était aux chapitres extraordinaires qu'elle faisait souvent, laissant le soin des ordinaires à la grande prieure, selon les constitutions. Elle leur faisait toujours un entretien de piété, conforme aux différentes solennités, si juste, si fin, si dévot, en termes si vifs, si nobles, si spirituels ; elle en paraissait elle-même si touchée et si pénétrée, que ses religieuses trouvaient toujours un nouveau plaisir à l'entendre. Elle reprenait les fautes contre l'observance avec beaucoup de douceur. De fréquents rhumatismes, qui dégénéraient en une goutte douloureuse et presque habituelle la tourmentèrent pendant plusieurs années. C'est dans cet état de souffrances que l'on admira pendant plus de vingt ans la patience de l'abbesse. Gardant sa gaieté ordinaire, elle s'occupait avec tranquillité au moment de ses douleurs du soin des affaires temporelles et spirituelles, se faisant rendre compte de tout. Elle conserva jusqu'à la fin de sa vie cette heureuse facilité de s'exprimer noblement, qu'on admirait dans ses entretiens particuliers et surtout dans les chapitres qu'elle tenait régulièrement dans son appartement.
« La vertueuse abbesse vivait tout occupée du bien de sa communauté, veillant à tout, soutenant tout, animant tout, donnant le mouvement à tout par ses soins, par ses ordres, par ses exemples, si attachée au temporel, comme si elle n'avait pas eu soin du spirituel, et si occupée du spirituel, comme si elle n'eût eu aucun soin