Nobiliaire de LinioyeSf \° d'Urfé
5. Louis d'Urfé se transporta en juin 1681 à Rochechouart, pour y recevoir l'abjuration de plusieurs protestants. Nohiliairef v® d'Urfé.
La grande part qu'il prenait dans toutes les missions ne comprenait pas seulement la présidence des offices et l'exercice de la pi-édication, mais encore la pratique si pénible des confessions de toutes sortes de personnes. On voyait le prélat dans ses premières missions passer les matinées entières dans un confessionnal.! Son ange seul sait, dit son panégyriste, ce qui s'y passait entre lui et cette foule de pénitents qui l'y accablaient. Ce que nous pouvons assurer, c'est que les uns sortaient de son tribunal avec des visages saintement tristes ; d'autres ne pouvaient pas étouffer les soupirs de leur cœur et pas un ne se levait de devant lui, sans donner par des larmes ou par d'autres signes des marques sensibles de la componction qu'il venait de leur inspirer * ».
Le succès prodigieux des missions de notre prélat était dû encore au prestige d'une admirable institution de son zèle, a Un des principaux soins que prenait feu M. de Limoges, dit le même panégyriste, dans les villes qu'il parcourait avec ses missionnaires, était celui d'y établir à son entrée une espèce de tribunal, c'est-à-dire un bureau où l'on terminait toute sorte de différends, dont la juridiction s'étendait également sur le spirituel et sur le temporel. Le prélat y appelait pour juger sous lui des ecclésiastiques, des religieux et même des laïques, qui se distinguaient par leure lumières et par leur piété. C'était à ce tribunal que, sur une foule de plaintes qui tenaient lieu de requêtes, on citait tous les usuriers et leurs contrats usuraires, tous les détenteurs des biens de la veuve et de l'orphelin, tous les cœurs divisés par des querelles ou des intérêts particuliers. C'était dans cette chambre de justice que l'on faisait rendre le bien mal acquis, ou que l'on réconciliait le fils avec le père, le voisin avec son voisin, ou que Ton mettait fin à ces procès invétérés que des chicanes avaient rendus insurmontables dans les cours de la justice ordinaire. Mais tandis que dans ces cours les parties présentent de J'argent au juge, ici le juge donnait de l'argent aux pauvres parties ».
Cet évêque admirable en toutes choses, qui était l'âme et le premier mobile de tout le reste, allait chaque matin faire sa ronde dans les églises, pour rallumer le zèle de ses missionnaires, aussi bien que les lampes qu'il trouvait éteintes devant le Saint-Sacrement, et distribuait ensuite du pain et de l'eau à ces gens de la campagne, q ui n'ayant point pour eux de place aux cabarets, parce qu'ils étaient pauvres, avaient couché dans les églises, et recevaient ainsi de la main bienfaisante de leur pasteur et la nourriture du corps et celle de l'âme 2. Notre bon prélat n'apparaît-il pas ici dans ce portrait tracé par un témoin de ses œuvres, « comme le père d'une famille étroitement unie par les liens d'une foi commune, lequel profite de son passage, pour apaiser les diflTérends qui ont pu s'élever entre ses membres » et les soulager au besoin ^ ?