‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 337 sur 480 · Picot, Etsai histor.y t. Il, p · texte numérisé non relu

Picot, Etsai histor.y t. Il, p

4. Dubois, Histoire de Vahhé de Rancé. Paris, 1886, t. II, p. 540.

5. Citons ici, d'après le P. Serrant, les noms du cardinal Le Camus, évéque de Grenoble, d'Henri de Barillon, évéque de Luçon et de Louis d'Âquin, évéque de Séez.

en qui je crois que Dieu est » ^ L'évoque de Limoges voulut mieux faire que partager de tels sentiments. Son attrait particulier pour la pénitence, jointà son humilité profonde età des contrariétés qu'il avait éprouvées dans Texercice de son ministère, lui inspirèrent plus d'une fois le désir de quitter son siège, pour consacrer le reste de ses jours à la retraite et à la mortification dans la fervente communauté de la Trappe. M. Tronson, tout en louant et en admirant les motifs qui inspiraient le pieux prélat dans ses désirs de retraite, les combattit de tout son pouvoir et il eut la consolation de voir son disciple se rendre à son avis en mars 1084 2. Quatre ans plus tard, le saint évéque brûlait encore d'un ardent désir de se retirer à la Trappe ; il adressa môme à son ami une demande formelle, qui fut suivie cette fois d'un refus de l'abbé encore plus catégorique. « Je suis très convaincu, lui écrivit à ce sujet M. Tronson, que c'est l'esprit de Dieu qui a fait parler ce célèbre abbé, qui vous a refusé le secours que vous demandiez. Il me semble que rien ne peut mieux guérir vos doutes et vos inquiétudes sur la retraite que ce refus. Car vous avez sujet de croire présentement que vous devez demeurer en paix, y travailler avec confiance et ne vous point décourager pour toutes les difficultés qui vous arrivent dans vos emplois i> 3. Notre prélat ne fut un peu consolé du refus qu'il venait d'éprouver que dans l'espoir de prendre un jour sa retraite auprès de son cher directeur à la solitude d'Lssy, près Paris *.

Dans le temps même où il formait le dernier projette se retirer & la Trappe, l'évéque de Limoges recevait de son ami du Désert des lettres remplies des conseils de perfection épiscopale, qui l'aidaient puissamment à remplir hl tous les devoirs de sa charge ^ i>. Dans sa lettre du 3 juillet i(>87 à notre prélat, l'abbé de Rancé s'étend à son sujet sur les obligations des pasteurs de TÉgliseetsur les grâces que Dieu répand sur les évêques choisis de sa main et appelés & ce ministère : « Dieu conduit ses ministres, quand c'est lui qui les choisit, et comme toutes 1rs apparences font croire que vous êtes placé de sa main (pour la conduite d'un grand diocèse), il ne faut point aussi douter qu'il ne se rencontre dans toutes vos joies, et qu'il ne soit lui-même votiv guide et votre lumière. Je suis assuré, Monseigneur, par tous les témoignages qui m'en sont revenus que votre vie a toute l'édification et toute Todeur que doit ré|>andre celle d'un véritable évéque. Je sais aussi qu'elle est exempte de ce faste et de cet esprit qui se rencontrent d'ordinaire

i. ï-e P. St^rraiit, ihid., p. t90 et suiv,

i, Con'^sftoftdiiffc*' iie M. rn>»^«»i», t. II. p. loi ol suiv. V voir une longue lettre «ur ce sïget.

3, I^^Ure liu i7 no\-onU»n^ Ifiî^, Con>'sihmiiiiiict\ t. Il, p. 461.

i. M. Tronson lui î\*|HMulaU affooluonsoment lo li tièo. 1688. « Si j*a\iiis quelque espôr»nce île vous voir quolquo jour dècluirfîo de votre fanieau, j'avoue que I* liu <ie \x>ln^ liMtJv m'aïuait donné bi\iuooup tie joie. Car, le moyen de n'en a>oir |vu? une 1res sonsiMo, dans ratlente do vt>us revoir ici stY^indufu dics fu'istiftax^ cl de |H>uvoii' OU UU^rlo et à ctvur ouvrrt nous |"K»rtor encore rêciproq\îem«Mît à hieu innir tinir nos jours dans son amour »... Itnd., p. 463.

\ Jt'id., note. p. Wt.

dans ceux dont la vocation n'a pas été si pure que la vôtre ; mais le principal est que vous vous donniez tout entier au troupeau, dont le premier des pasteurs vous a confié la sanctification, et que vous regardiez cette occupation comme votre unique affaire i... *

Dans une lettre suivante (5 octobre 1687), le réformateur de la Trappe louait son ami de ses dispositions pleines d'humilité : c Je vois bien, Monseigneur, que vous n'êtes pas satisfait de vousmême, et que l'idée que vous avez de la grandeur de vos devoirs, fait que vous vous croyez beaucoup en arrière. C'est une grâce particulière que vous recevez de Dieu d'être autant appliqué que vous l'êtes à son service, d'y donner votre temps, votre présence, votre homme tout entier, et cependant de vous considérer comme un serviteur inutile ; c'est le moyen d'engager le Prince des Pasteurs à soutenir et à augmenter votre fidélité ; car, vous savez que rien ne lui est plus agréable et ne le touche davantage que l'humilité de ses ministres, quand elle est jointe à leur sollicitude. Je sais. Monseigneur, que la vôtre est continuelle, que vous vous refusez à tout, pour vous donner à ceux à qui vous appartenez, et que votre unique soin est de vous rendre utile à vos peuples »... ^

Dans sa lettre du 30 octobre de cette môme année, l'abbé de Rancé s'attacha à réconforter notre prélat contre les critiques acerbes dont son genre de vie austère était l'objet : « Il faut que vous soyez persuadé. Monseigneur, que la vie resserrée que vous menez ne manquera pas de censeurs. Il suffit, pour en trouver, de ne pas se rencontrer dans la voie de la multitude et de marcher avec le petit nombre. Les chemins larges et spacieux ont la voix du grand monde, mais non pas celle de Dieu, qui nous a appris que la porte est étroite, et qu'elle ne serait ouverte qu'à peu de personnes. Comme les hommes par bonheur ne nous jugent pas en dernier ressort, il faut les laisser dire, quand on a la vérité de son côté... Je ne vois pas ce que l'on peut blâmer dans la conduite d'un évêque qui se retire du commerce du monde et des conversations inutiles, qui se donne uniquement à son état, qui forme et qui soutient par lui-même ceux dont il doit se servir dans les fonctions saintes de son ministère. N'est-il pas jnste qu'il les connaisse pour les appliquer, qu'il sache le degré de leur vertu, de leur piété et de leur science, afin de ne se pas mécompter en leur donnant des emplois, dont ils ne seraient pas capables. Comme cette société dans laquelle vous vivez est la portion du troupeau la plus chérie, et celle qui doit contribuer à la sanctification de votre diocèse, vous ne sauriez trop l'avoir devant vos yeux, et quand vous ferez réflexion que le désordre de l'Eglise et le dérèglement que Ton voit parmi les peu-

1. L' évêque de Limoges ayant demandé à l'abbé de Rancé de composer pour les ecclésiastiques un traité analogue à celui des devoirs de la vie monastique, le réformateur de la Trappe lui répondit en terminant celte lettre qu* « il ne lui appartenait pas de s'occuper ainsi publiquement des choses qui étaient en dehors de sa profession». Archives de la Grande Trappe y Lettres de piété, n. 71, If» série.

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