‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 340 sur 480 · Ibid., p, U · texte numérisé non relu

Ibid., p, U

Le pieux évêque prêchait particulièrement à ses séminaristes l*amour de la prière. « On ne le vit jamais se dispenser de la pratique de l'oraison en commun, quelque occupation qu'il put avoir. Tous ceux qui étaient chargés du soin du réveil au séminaire, le trouvèrent toujours à genoux le matin devant son oratoire, où souvent il avait fait plusieurs heures d'oraison, comme pour servir de prélude à celle qu'il allait faire ensuite au milieu de ses clercs: tète nue, quelque froid qu'il put faire, à genoux sur un rude pavé, derrière une porte exposée au vent, immobile comme une statue, la posture tout anéantie en Dieu, et si retraissi parmi ses ecclésiastiques qu'on ne pouvait l'y distinguer que par des soupirs que l'ardeur de son amour ne lui permettait pas d'étouffer... Faut-il s'étonner, si au sortir de cet exercice on le voyait paraître avec un visage majestueux, plein de feu qui inspirait le respect à ceux dont il attirait les regards? Les divins mystères qu'il expliquait au séminaire dans de fréquents entretiens faisaient de différentes impressions sur le visage du saint prélat. S'il pariait de l'Incarnation du Verbe, il semblait s'anéantir avec ce Dieu abrégé. S'il parlait de la Passion de Jésus, on le voyait fondre en larmes. S'il passait à l'Intérieur de Jésus et de Marie, qui faisait sa dévotion la plus tendre, il tombait dans une espèce de ravissement ».

Jugeant que les heures du jour ne lui suffisaient pas, pour s'acquérir auprès de Dieu la familiarité, l'autorité dont il avait besoin, pour être utile à son peuple, l'évêque de Limoges employait celles de la nuit, et souvent les nuits entières à la prière. On le vit, depuis l'office du Jeudi saint au soir, demeurer à genoux devant le Saint-Sacrement, jusqu'à l'office du Vendredi-saint au matin, sans aucune interruption. Souvent on le surprit en de semblables veilles dans la chapelle du séminaire, comme le cierge de cire viergequi servait de luminaire pour le Saint-Sacrement en fournit un jour la preuve. Le feu ayant pris une nuit au chandelier de bois qui le soutenait, allait se communiquera l'église, si l'avis que le prélat lui-même en donna n'eut permis de l'éteindre. Son recueillement était si profond qu'il fallut souvent et surtout à l'autel, pendant qu'il y célébrait les saints mystères, l'avertir et le tirer par les habits, pour le faire revenir de ce ravissement. Si, durant la lecture de table, il entendait parler de quelque acte remarquable de piété, il s'arrêtait, oubliant tout court le boire et manger. Dieu était si présent à sa foi, qu'il ne fallait que l'entendre parler de ce Dieu, pour se sentir vivement touché.

Quand il appi^nait quelque scandale arrivé dans quelqu'une de ses paroisses, il redoublait ses pénitences et ses prières, pour réparer l'outrage fait à Dieu et obtenir le pardon du pécheur ^. Dans ces

t. Son panégî'riste rapporlo quMl fit et ordonna une réparation des plus solennelles pour le vol d'un ciboire et la profanation de saintes hosties qui eurent lieu dans Féglise de la paroisse de Sainte-Fe^Te. Le saint évèque s'y prt»para par un jeûne de trois jours au pain et à l'eau ; il se porta sur les lieux; il y assembla des curés et des ecclésiastiques, au nombre de plus de quatre-vingts, exposa même le Saint Sacrement au milieu de la campagne, soit pour rendre

occasion:^, on n^enlrait pas dans Féglise da séminaire, qu'on ne Tentendit gémir ou soupirer dans cette tribune, dont les pierres étaient rougies de son sang et arrosées de ses larmes. Sa prière n'était jamais interrompue. € Devant le Saint-Sacrement on pouvait à coup siir le trouver, car, il s*oubltait dans la chapelle trois on quatre heures par jour, insensible au froid et au chaud dessaisons. H fiassait là, comme dans un lieu de repos où il se délassait de toutes ses fatigues, tous les moments qif il pouvait dérober à ses occupations indispensables. Cest dans cette chapelle qu'il offrait tous les jours la sainte messe et dans la tribune qu'il récitait habituellement à genoux l'oflice canonique, avec un cœur pénétré de tous les sentiments exprimés par les prières qu'il prononçait ^. *

En dehors du séminaire des Ordinands, la dévotion du prélat eut aussi un éclat, une édification et une bénédiction extraodinaires. Il était plus dans les églises de son diocèse que dans sa maison ; il y célébrait avec ses ûdèles toutes les fêles, il y entendait tous les sermons, et y célébrait les saints mystères. On le voyait en un même jour dans toutes les églises de la ville où Dieu était honoré avec plus de solennité et de dévotion. Aussi la vue du saint pasteur si souvent et si longtemps prosterné aux pieds des autels dans un recueillement profond, inspirait à son peuple de grands sentiments de piété K

Sa dévotion envers la sainte Vierge était remarquable par le culte qu'il lui rendait et par la confiance qu'il avait en sa protection \ C'est en l'honneur et sous le vocable de Sainte-Marie, qu'après avoir fait achever la constructiondu séminaire des Ordinands, il lui procura sur ses propres deniers une chapelle distincte *. Le 9 août I6S0, révèque de Limoges présida sslennellenient la cérémonie de la bt'^nédiclion et de la posede la première pierre de celte chapelle ^. Deux ans plus tard, le 9 mai 168^2, le prélat se préoccu-

la réparation plus solenneUe» soit pour satUfaire à la dévotion de Tafnueiire des peuples qu'une église n'aurait su contenir, et tandis que le clergé chantait les psaumes de la pénitence, notre saint prélat pénétré de douleur, demeura prosterné en prières toute la matinée, pl<»uranl amèrement entre le vestibule et Tautel, et tenant une ton^he ardente pour fain» amendi> honoral)le. De Saint- Pardoux, (h-aistm /*m/i., p. 47. M. Tn>ns4>n écrivit à rèvè<jue le 15 juin 1680 : • Nous avons appris avec joie la cérémonie ma^Miifîque tpie vous avez faite pour réparation du vol du très Saint-Sacrement. C'est une action qui ne peut avoir t'-té que bien agréable à Notre Soijrneur, conmie elU* est d'une grande éditlcalion pour rEglist*. et je ne doute point qu'elle ne vous ait servi pour vous renouveler dans la dévotion envers cet adorable mystère. *<.'o/*»>».<y>o«</««o% t. 11, p. t43.

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