CHAPITRE PREMIER
LE CHAPITRE DE LA CATHÉDRALE DE LIMOGES ET LA PUISSANCE DE SON ORGANISATION AU DIX-SEPTIÈME SIECLE.
Corps autonome et privilégié, le chapitre cathédral de Limoges formait une vaste corporation qui avait sa hiérarchie, ses statuts, son patrimoine. Quatre dignitaires : le doyen, le chantre, l'archidiacre, le sous-chantre, trente chanoines, quatorze vicaires de chœur, dits grands-vicaires de la cçithédrale, et parmi ces derniers, le titulaire de la cure de Saint-Jean en Saint-Etienne ^, propre curé de la cathédrale, en outre un grand nombre de chapelains ou petits vicaires, deux prêtres sacristains, plusieurs prêtres habitués, tous bénéficiers en titre à la nomination du chapitre ou du chanoine aquilaire, avaient en face de Tévêque la force du nombre. Ils avaient aussi celle de Torganisation.
Le chapitre en corps conférait, après avoir désigné par le vote les titulaires, les dignités de doyen et de chantre et la prébende du théologal. Il déléguait pour la collation des autres bénéfices ses droits d'élection à celui de ses membres qui étaitsuivant le tableau d'ancienneté « en rang d'aigle ». Le chanoine aquilaire ^ nommait encore à toutes les cures qui dépendaient de la cathédrale. Le chapitre se bornait à confirmer et à recevoir les élus de son choix.
Le doyen de Limoges était le chef du chapitre : il présidait les
1. C'était une quasi-cure, sans aucun territoire, sinon celui qu'occupait réglise de ce nom. EUe était située en face du portail nord de la cathédrale ; elle était « bastie à Tantique, et avait servi anciennement de baptistère à Saint- Etienne ». Le curé de Saint-Jean avait le privilège, depuis 1505, de baptiser tous les enfants, qui naissaient dans les autres paroisses de Limoges durant les octaves de Pâques et de la Pentecôte. Il avait aussi le droit exclusif d administrer les derniers sacrements aux chanoines de la cathédrale et de percevoir les droits curiaux à leur enterrement... Mss. n. 40, p. 5.
2. Chaque chanoine « en tour ou en rang d'aigle » nommait à tous les bénéfices vacants, excepté aux dignités. Le t^ang cC aigle se prenait pour huit jours, c'est-à-dire que pendant huit jours, le chanoine aquilaire occupait la première stalle du chœur, celle à côté de laquelle l'aigle ou pupitre se trouvait placé. II était distinct du chanoine hebdomadier, directeur de l'office divin. Mss. 40, p. 3.
assemblées capitulaires, il avait droit à la première place au chœur de la cathédrale, mais il la cédait ordinairement par respect au prélat, si celui-ci assistait à Toffice divin sans être revêtu pontificalement. Dans les assemblées synodales, le doyen du chapitre suivait immédiatement Tévêque, ayant la préséance sur le grandvicaire *. Il avait une belle maison décanaîe, un beau jardin, 2000 livres de revenus et nommait à cinq cures, notamment à celle de Saint-Priest-Taurion. Le chantre était le président du chœur; il avait le privilège de nonimer à la sous-chantrerie et à la cure de Saint-Maurice de la Cité. Le sous-chantre présidait au chœur en Tabsence du précédent dignitaire et il portait le titre fort envié « d'Archiprêtre de Limoges » 2. Le premier chanoine du côté droit était Tabbé de Bénévent, quand il résidait. Le prieur d'Aureil, chanoine de droit, avant Tunion du prieuré au collège de Limoges, avait de même la préséance sur les autres chanoines du côté gauche ^.
Le chapitre de la cathédrale tenait généralement une séance par semaine dans une salle de Tancien cloître*; tous les chanoines devaient assister à ces réunions capitulaires. Le premier soin du chapitre était de pourvoir à Tadministration spirituelle et temporelle de Téglise cathédrale. Il confiait à cet effet des fonctions spéciales à un certain nombre de ses membres. Il nommait deux syndics, un trésorier, deux chanoines pointeurs « du cadre ». Pour assurer le service du chœur, trois chanoines prenaient Thebdomade tous les huit jours, c'est-à-dire qu'ils étaient chargés de pourvoir pendant la semaine au service divin. Les hebdomadiers étaient désignés à tour de rôle, selon Tordre du tableau d'ancienneté.
Le chapitre avait sur ses membres un droit de correction ; quand un chanoine était en faute, il commençait par lui faire des observations; si elles ne servaient à rien, il lui infligeait une amende. Dans les cas graves, le coupable était même privé pendant un certain temps de tout ou partie de ses revenus. Pour jouir de leurs prébendes, les chanoines devaient résider à Limoges au moins quatre mois par an ; ils pouvaient être pourtant autorisés à poursuivre leurs études dans une Université. Les prébendes canoniales pouvaient s'obtenir de deux façons différentes, soit par la résignation du titulaire, soit par la nomination directe des collateurs. Dans l'un et l'autre cas, le nouvel impétrant devait obtenir ses provisions en cour de Home et les faire viser par l'évêque. Il était ensuite admis par ses collègues à prêter serment et à prendre possession de son canonicat. Les chanoines devaient assister régu-