‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 367 sur 480 · Mss. n. 18, p. Ô · texte numérisé non relu

Mss. n. 18, p. Ô

2. P. Labbe, Pouillê (jcuih'al du diocèse de Limoges^ t. II, p. 13.

3. BiiHelin de Limoges, t. XLVl, p. 3-29 et suiv. Etat du chapitre d'après GiUes le Duc.

4. « C'était une maison séparée de l'église, qui était le réfectoire des chanoines, quand ils vivaient en commun ». Les restes de ce cloître ont disparu de nos jours, pendant rachèvcment de la cathédrale, Ihdlelin, iOid., p. 314.

LES ÉVÊQUES RÉFORMATEUBS t)E LIMOGES 485

lièrement aux quatre offices obligatoires de la journée, c'esL-à-dire à matines, à laudes, à la grand'messe et aux vêpres ^. Le chapitre de Limoges avait donc ses assemblées, ses délibérations dans la grande salle capitulaire, ses registres officiels, sa juridiction sur l'église cathédrale et le cloître canonial, et pour Texercer, son officiai, des officiers, une prison, des sergents, ainsi que des prévôts sur ses terres, 2.

Le bien temporel du chapitre, qu'on estimait, dit Gilles-le-Duc, valoir 20000 livres de rente ^^ était en plusieurs endroits du diocèse ; chaque chanoine avait un « gros » (ou revenu) séparé de la mense, qui consistait en dîmes, rentes et moulins, dont ils jouissaient en particulier, et qu'ils ne changeaient entre eux que de trente ans en trente ans. Le chapitre était seigneur, haut justicier, décimateur universel de la grande paroisse de Salaignac où se tenaient alors les plus belles foires du Limousin. La ferme valait 6000 livres de rente. La terre et seigneurie de Vignaux en Bas- Limousin fournissait, dit Gilles le Duc, à tous messieurs du chapitre leur provision de vin.

A cette puissance territoriale ajoutons enfin la puissance ecclésiastique, le nombre de bénéficiers que les chanoines présentaient, qu'ils surveillaient et convoquaient dans leurs assemblées. Outre le droit de collation des prébendes canoniales, le chapitre avait la nomination de vingt-cinq cures, dont celles de Saint-Jean en la Cité la plus privilégiée et celle du grand bourg de Salaignac, la plus importante par son revenu *. Le chapitre avait encore la surveillance des hôpitaux et des écoles situés sur le territoire de ses domaines, enfin le droit d'exercer, pendant la vacance du siège la juridiction épiscopale. Si le droit de régale ne lui permettait pas d'établirdesadministrateurs temporels, pour percevoir les revenus du diocèse, il avait du moins à pourvoir à son gouvernement spirituel. 11 nommait à cet eflet dans les huit jours de la vacance du siège plusieurs vicaires généraux ^, et il avait soin de notifier aux grands vicaires et aux officiaux de l'évêque défunt ou démissionnaire leur révocation dûment insinuée. Tandis que le roi pendant la vacance du siège conférait tous les bénéfices de la collation de l'évêque, qui tombaient en régale, le chapitre pendant ce même temps avait

1. Cîi. de Lasleyrie, L'abbaye de Saint-Martial, p. 232 et siiiv. L'auteur fait remarquer que les statuts de Saint-Martial avaient été empruntés en 1590, à ceux de la cathédrale Saint-Etienne.

2. Celte assertion d'Imbart de la Tour est appuyée en ce qui regarde l'église de Limoges, sur Vensemble des statuts et actes capitulaires déjà publiés.

3. L'évêque F. de la Fayette l'estimait à 50 000 livres, Cf. appendice IIL Requête du Prélat sur le séminaire.

4. Le bourg de Salaignac (aujourd'hui chef-lieu de canton, Creuse) était alors une cure de trois miUe huit cents communiants. Le chapitre y entretenait un vicaire perpétuel, deux vicaires amovibles et une communauté de prêtres, Pouillé /»'»/., p. 313, et Bulletin de Limoges, ibid.

5. Le chapitre de Limoges édicta, en mai 1676, un règlement spécial qui déterminait minutieusement le mode d'administration de ces vicaires généraux. Voir le3 détails, Archives ftistor., t. VI, p. pL

la libre disposition des vicairies perpétuelles et des cures non dignités qui venaient à vaquer. Conformément à la défense du concile de Trente, le chapitre de Limoges s'abstenait dans Tannée de la vacance de donner des dimissoires ^.

Les chapitres ne devaient pas seulement leur grande influence à leurs privilèges ou à leurs richesses ; ils la tenaient encore de eur recrutement. En principe, levêque conférait les prébendes de son église. Dans certains diocèses, à Paris, à Amiens, par exemple, il avait conservé ce droit. Ailleurs, (et notammment à Limoges^ il l'avait partagé ou même perdu. Quel que fût le mode de collation, les chapitres avaient pris partout des mesures contre les choix insuffisants. Des nouveaux chanoines, ils exigeaient un droit d'entrée ; on excluait ainsi les hommes de petite condition, trop pauvres pour être utiles. Cela même ne suffisait pas. Car en fait, ces corps religieux se recrutèrent dans laristocratie, la robe, la bourgeoisie riche, les gradués ^.

Une vue d ensemble sur le mode de recrutement du chapitre de Limoges nous convaincra de la vérité de cette assertion. Gilles le Duc nous apprend que jusqu'au début du xvi^ siècle, les chanoinies de la cathédrale furent possédées par les plus grandes maisons de la province, comme les Pompadour, les Rochechouart et les Malemort 3. A partir de 1582, nous voyons le doyenné de Limoges, première dignité du chapitre, occupée par Jean de Puyzillon, Mathieu de Verthamon, abbé de Prébenoit (1594-1630), François de Verthamon de Lavau (16:10-1646) ; Etienne Ide Chevaille, neveu du précédent (1646-1695) et Etienne II de Chevaille, qui succéda à son oncle le 9 août 1696, et vécut jusqu'en 1731. Le décanat était donc en quelque sorte devenu héréditaire dans la même famille noble des Verthamon ou de son alliée les Chevaille, originaires d'Uzerche. Après Pierre Cibot, grand-chantre de la cathédrale en 1595, quatre ecclésiastiques issus de la même famille Jean Guillaume, Martial et Michel de Verthamon exercèrent les fonctions de cette même dignité, la seconde du chapitre, durant un siècle (1605-1705). Un autre Pierre Cibot leur succéda en 1705 *. Parmi les archidiacres de Malemort, brilla d'abord le nom de Pierre Benoît (1582-1596) puis figurèrent successivement Bertrand de Maulmont, Jean de Verthamon, Gabriel de Noailles, Pierre Maillard,

i. A son arrivée à Limoges en i628, François de la Fayette trouva des prêtres et autres eceiésiastiques ordonnés sur les dimissoires du chapitre pendant la dernière vacance du siège. Il déclara qu'ils avaient encouru la suspense portée par le concile. Ce fut la seule exception à celte époque de ces règles canoniques. Mss. iCiO, p. 75, et mss. tii, p. 779, et BnUetin de Limoges^ ibid.

Page 1