Ordonnance synod. de 1619, p
d'enseigner au peuple ce qu'il doit croire, ce qu'il doit espérer et demander à Dieu ; ce qu'il doit faire pour lui obéir, et de lui apprendre à recevoir les sacrements... C'est là le sommaire du catéchisme et de la doctrine chrétienne que nous voulons voir soigneusement enseignés aux grands et aux petits par tout notre diocèse. »
On sait dans quel état de décadence était tombée l'éloquence de la chaire au début du dix-septième siècle à Paris et dans les provinces. Un sermonestpour nous un discours qui a pour matériaux l'Écriture Sainte, les Pères et les raisons théologiques. Les prédicateurs de cette époque, les plus en vogue surtout, notamment le Limousin Pierre de Besse, qui prêcha souvent à Limoges, compi-enaient autrement la prédication. Pour eux, comme pour le public qui assiégeait leurs chaires et se disputait les éditions de leurs livres, un beau et bon sermon devait contenir à peu près de tout. L'Écriture Sainte et la Tradition n'étaient pas exclues sans doute ; mais les citations païennes, accompagnées de comparaisons forcées et d'allégories bouffonnes, envahissaient souvent le sermon tout entier *. Déplorant pour sa part ce profond abaissement, l'évèque de Limoges rappelait en 1619 les prédicateurs de son diocèse à la gravité et à la simplicité de la parole évangélique : « Nous recommandons, dit-il, à tous les prédicateurs de s'abstenir de traiter en leurs sermons des questions curieuses et inutiles, et toute sorte de doctrine qui ne sert que pour l'ostentation. Et les exhortons d'enseigner la doctrine chrétienne, simplement, solidement, avec zèle et efficace, d'animer à la pratique des vertus, et de détourner des vices 2. v
Vains efforts. Le torrent de la mode emporta longtemps encore les digues que lui opposait la sagesse. Quand le missionnaire de l'Oratoire survint à Limoges au milieu du dix-septième siècle, le plus célèbre prédicateur du diocèse, Gabriel Ruben, sacrifiait au goût dominant. L'un des premiers en France, le P. Le Jeune porta dans la chaire chrétienne le véritable esprit chrétien. Profonde fut son influence sur la réforme de la prédication en Limousin, parce que durant vingt années il joignit l'exemple au précepte. Non contents de recommander l'assistance à ses sermons, les supérieurs et les directeurs des séminaires de Limoges eurent soin, à partir de 1662, de faire lire plusieurs fois publiquement ses livres dans leurs communautés et de publier partout qu' ^ ils pouvaient servir de règle à tous ceux qui étaient appelés au saint ministère de la prédication et au gouvernement des consciences » 3.
En même temps que s'opérait peu à peu la réforme de la chaire , les évêques de Limoges encouragèrent la pratique asâidue de la prédication pastorale. Ayant découvert lui-même au cours d'une visite que les curés des campagnes de son diocèse avaient pris l'habitude de ne faire aucun prône depuis le dimanche du Bon
1. Abbé Grange, Le P. Le Jeum^ p. 4o-55. 2* Ordonnances synod.y p. 17.