‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 380 sur 480 · Grange, iOid · texte numérisé non relu

Grange, iOid

Pasteur jusqu'à la fin de septembre, Tévêque François de la Fayette s'empressa de remédier à cette négligence par de nouveaux règlements (1648) : « Enjoignons, y est-il dit, à tous les curés et vicaires perpétuels, d'être plus soigneux à l'avenir qu'ils n'ont été par le passé, d'instruire le peuple de leurs paroisses, le pltis familièrement et le plus clairement qu'ils pourront, et de faire répéter aux jeunes garçons et filles et autres fidèles qui voudront se trouver dans l'église les dimanches et festes à l'heure que les dits pasteurs jugeront le plus convenable, et leur feront redire ce qu'ils leur auront enseigné *. Et afin que cette importante fonction puisse être faite avec le bon succès que nous souhaitons, les dits curés et vicaires achèteront les livres que nous leur avons désignés 2^ dans lesquels ils trouveront une facile méthode pour faire ces instructions et catéchèzes, qu'ils n'obmettront aucun dimanche, à peine de mulcte pécuniaire applicable en œuvres pies, et même à peine de suspense, s'ils sont si négligents que de passer trois dimanches consécutifs, sans faire cette fonction, qui est l'une des plus importantes de leur ministère 3. »

Malgré la force du proverbe latin : Verha movent, exempla irahunt, Louis d'Urfé, prélat missionnaire, eut besoin d'appuyer de préceptes rigoureux ses propres exemples de prédication assidue. Au synode du jeudi 3 mai 1685, le promoteur général du diocèse (Jean David) adressait de sa part au clergé réuni des remontrances fort importantes. Il rapporta que certains curés, vicaires perpétuels et autres, ayant charge d'âmes, négligeaient de donner à leur peuple les instructions nécessaires sur les principes de la foi et les bonnes mœurs, au moins aussi souvent et aussi assidûment qu'il fallait, pour satisfaire à leurs obligations. D'où s'ensuivait l'ignorance des choses de Dieu et la dépravation des mœurs. Puis il rappela que l'évêque, conformément au^décretdu concile de Trente, avait au synode d'après la Saint-Luc (1678), porté injonction à tous curés et autres ayant charge d'âmes, d'instruire le peuple aux jours prescrits. Ses ordonnances plusieurs fois renouvelées dans les synodes suivants n'ayant pas été exécutées sur ce point par certains ecclésiastiques endurcis, le promoteur donna l'avis que l'évêque ne pouvait remédier à ce désordre a qu'en y employant les censures de l'Eglise ». A cet effet la peine de suspense ipso facto

i. C'était là au fond la pratique du catéchisme ou de l'instruction catéchistique à la messe paroissiale du dimanche. <c Le curé interrogeait les enfants sous l'œil de leurs parents et leur faisait dire de leur bouche ingénue les vérités que les parents écoutaient plus volontiers, parce qu'elles venaient de ces jeunes prédicateurs. Le plaisir de les entendre les attirait peut-être à la messe. Nous ne connaissons pas de prônes plus utiles. ^ Citation d'une circulaire de Mgr Delamaire au clergé du diocèse de Périgueux, novembre 1901.

2. Les statuts synodaux de Limoges renouvelés en 1629 indiquent comme livres d'églises que doivent avoir les curés : les œuvres de Grenade, le catéchisme du concile de Trente et la somme de Tolet et le Directoire de Polanc. Ordonn. sj/worf., p. 158. Le Pastoral de Limoges conseille en outre aux prédicateurs (p. 82) les œuvres de saint François de Sales, de Rodriguez et du P. Saint Jure .

3. Mss. n. 14 ; Mélanges, pièce imprimée, Ordonnance synod, de 1648.

était décrétée contre tous ceux qui «ayant charge d*âmes, manqueraient Tespaco de trois mois, dans le cours d'une année, d'instruire eux-mêmes ou de faire instruire leurs peuples, en cas d'empêchement légitime ». L'absolution de cette censure était réservée à l'évêquedu diocèse. Injonction était faite aux visiteurs diocésains d'informer des contraventions à ce règlement, quand besoin serait *.

Quand fut publié en 1(394 le second volume du Pastoral qui n'est pas autre chose qu'un traité sur la prédication, l'éveque de Limoges déclara dans sa lettre pastorale du 4 septembre que l'auteur avait dressé dans cet ouvrage (k ses propres instructions, pour servir dv règle à tous les prédicateurs de son diocèse et leur apprendre la manière de s'acquitter dignement, utilement et facilement de ce sacré ministère... 2. »

9« Venseigncment du caléchismCé

Nonobstant Texistence de bons abrégés de la doctrine chrétienne, renseignement du catéchisme au début du grand siècle était complètement négligé en dehors des collèges et des écoles de quelques communautés religieuses. La plupart des curés se contentaient de chanter leurs offices, et de prendre leurs dîmes. « Les prédicateurs, disaient-ils, n'ont pas le temps de catéchiser les enfants K »

François de la Fayette fut le premier à réagir contre cette négligence et cette mésestime de ce devoir essentiel des pasteurs et à leur représenter en 1648 l'exercice de cette humble fonction, tous les dimanches et jours de fêles, « comme Tune des principales et des plus importantes de leur ministère x> *. Quelques années plus tard, l'initiative entraînante du P. Le Jeune consacrait définitivement la réforme de l'enseignement populaire de la religion auprès des enfants. Il releva par son exemple aux yeux des fidèles et du clergé l'emploi si méprisé de catéchiste, et le leur fit considérer comme sa fonction principale de missionnaire. Attirés par son air de saint et l'attrait de la nouveauté, les enfants accouraient à lui des villages même les plus éloignés. Il employait le temps libre de ses missions à les instruire d'une manière simple et claire, émaillant ses levons de comparaisons ingénieuses, de traits d'histoire et d'anecdotes propres à les graver dans leur esprit. Quand les infirmités de ses dernières années ne lui permirent plus de prêcher, le saint prêtre voulut encore catéchiser les. enfants de la ville de Limoges, qu'il réunissait dans la chapelle de l'Oratoire ^

Après l'éclat d'un tel apostolat, il fut plus aisé à l'éveque de Limoges de rendre obligatoire l'enseignement et l'usage du premier

Page 1