D'Avenel, Richelieu, t. III, p
LES ÉVËQUES RÉFORMATEURS DE UMOGBS 527
était pour le curé, le contrôle des paroissiens. Toute la vie civile dans les campagnes avait alors son centre d'attraction à Téglise, comme la vie religieuse et intérieure des âmes. Dans Téglise, à la fois sanctuaire et maison commune, le curé annonçait au prône, comme représentant de l'évéque et du roi, les principaux événements du jour, à l'occasion des prières publiques. Sur la place de réglise, se discutaient les actes publics, ]es échanges, les ventes et les donations ^.
Les relations du curé avec les seigneurs du lieu étaient ordinairement au dix-septième siècle des plus paisibles d'un côté et des plus courtoises de l'autre. « Il est rare, disait-on au dix-huitième siècle, de trouver un curé qui n'ait pas plaidé contre son seigneur ou même un seigneur qui n'ait pas plaidé contre son curé. » On n'en rencontrait guère dans ce cas au dix-septième siècle ; si les curés des campagnes plaidaient, c'était contre le décimateur pour la portion congrue, le pain quotidien ; hors de là ils demeuraient silencieux comme leurs ouailles, sous l'absolutisme bien ordonné du pouvoir royal. Ce n'étaient nullement des mécontents, des frondeurs, ces simples prêtres qui invitaient le dimanche leurs paroissiens à prier Dieu pour la santé et la prospérité du roi de France, leur souverain seigneur, de la reine, son épouse, de Monsieur, etc. Le bas clergé était fort éloigné de la politique et des affaires humaines, auxquelles le haut clergé était mêlé. Un curé de Paris savait tenir tête aux puissants de la terre, mais les curés de village demeuraient soumis à toutes les autorités possibles.
Avec le peuple, les relations du curé de province étaient vraiment cordiales. C'est à tort qu'on a affirmé de nos jours, sans en rien savoir, que la population rurale avait subi le joug du clergé. Le prêtre ne faisait pas partie des assemblées consulaires ou municipales ; il fallut des ordonnances d'intendants à la fin du dix-septième siècle, pour lui donner pouvoir d'y siéger. Plus instruit que ses ouailles, il était parfois chargé des fonctions de secrétaire de mairie, et recevait en cette qualité un petit traitement de iOà20 livres; mais c'était à condition que la commune y trouvât son compte. Partout les paroissiens savaient fort bien se plaindre de la conduite des curés trop exigeants dans la levée des dîmes ; partout ils plaidaient contre les pasteurs qui avaient mauvais caractère. Ils étaient même parfois exigeants; l'ecclésiastique qui aurait dit une messe basse un jour de fête, « sans être bien indisposé », ou qui modifiait l'ordre des cérémonies, constituait des griefs contre lui de la part des marguiliers. Les fidèles supportaient mal les curés qui ne leur plaisaient pas ^.
Tout en étant, chacun dans leur sphère d'activité paroissiale, des hommes dirigeants, les curés modestes et paisibles du diocèse de Limoges ne se signalèrent guère par des actions mémorables. Les plus remarquables à nos yeux furent les prêtres d'élite, qui
1. J. Moret, ParoUtes bourbonnaises. Moulins, 1902, p. 310 et suiv.