‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 414 sur 480 · M. Leroux, Histoire de la Reforme^ p · texte numérisé non relu

M. Leroux, Histoire de la Reforme^ p

prouver que, suivant la prétendue créance des catholiques, les femmes enceintes avaient le diable au corps {sic /). D'où le ministre concluait que les enfants qu'elles mettaient au monde étaient autant de diablotins (sic). Le P. Récollet ajouta que, malgré la lassitude de son voyage et d'autres inquiétudes, qui avaient grièvement altéré sa santé, il avait répondu assez amplement, en particulier sur les cérémonies du baptême et entre autres rites sur celui de l'insufflation, en laquelle semblait consister la force des raisons du ministre. N'ayant pas vu ceprédicant lui opposer aucune réplique, malgré la représentation qui lui en fut faite, lorsque l'écrit du P. Montauzon lui fut lu publiquement, en présence de la marquise de Châteauneuf et d'une fort honorable compagnie de noblesse, ce n'était plus à lui, pensait-il, à se rendre agresseur, mais au ministre à réparer son honneur blessé, parce qu'il n'avait pas su répondre au Récollet ; que, s'il avait la plume trop engourdie pour la réplique, celui-ci était prêt d'accepter une conférence contradictoire avec Charles Mars. » Mais l'on sait, ajoute Legros d'après la même source, que, tout le temps qu'il sentit le hardi et habile controversiste sur les lieux, le ministre protestant n'osa ouvrir la bouche.

Ce ne fut qu'après le départ du P. Montauzon aux fêtes de Pâques que Charles Mars se vanta qu'il entrerait volontiers en conférence avec son adversaire. On le prit au mot et on manda la nouvelle au prédicateur, qui se rendit aussitôt à Pierrebuffière. Deux à trois cents personnes de l'une et l'autre religion assistèrent à la conférence contradictoire, qui eut lieu dans une salle publique de la ville. Parmi les assistants, on distinguait le seigneur de Saint- Vie, personnage digne de son rang, et à qui rien ne manquait, que la conversion à la foi catholique ; le sieur d'Usson, gentilhomme d'honneur et de marque, de Traslage, conseiller du roi au Présidial de Limoges, de Rigaudie, juge de la ville, et la marquise de Châteauneuf (le marquis Jean de Pierrebuffière son fils était absent). Le religieux prétendit, que 4 Mars n'avait, dans l'allégation de ses textes et canons, émis que des faussetés, ignorances, contradictions, impertinences, confusions, impostures et menteries, et il le prouva, dit-on, démonstrativement ». La conférence ne fut point limitée à quelques points de doctrine : on parcourut superficiellement quantité de .questions, sans convenir de rien, comme il arrive ordinairement dans ces disputes. On écrivit de part et d'autre, et on signa des articles. Le prêche que le ministre devait faire le dimanche suivant à Treignac le fit partir le jeudi â une heure après minuit. Pour ce motif. Mars mit la réplique qu'il devait faire à un mois de terme. Les deux contradicteurs s'abouchèrent de nouveau le premier dimanche de mai : pour première condition, le ministre exigea que la conférence par écrit ne durerait que jusqu'au jeudi suivant à dix heures. Charles Mars passa deux jours à consulter les fidèles de son église qui étaient assemblés à Pierrebuffière, et il répondit ensuite : « qu'il n'avait point ses livres sur les lieux; que, quand il aurait écrit, le Récollet pourrait lui répondre de son couvent ».

534 UN hiKcjLi: DK vu: i:ccLfc:siASTi^HTE en pkovince

C'était au fond une pitoyable reculade, car. le miuîBtre se retira de wîtle secoude entrevue, eaus convenir des? coiidititmfi. 11 Be contenta d'écrire à son adversaii'e, sous^ le nonj d'uD périrent, une lettre pleine d'injuret^ et de calonniies, dan^ laquelle iJ Bouteuait que trente iiaussetés, que le i\ Marcellin t^'olïrail d'avérer, étaient prétendues et iut*atuites. Getie volte-iace dépourvue de liravoure eiigai^ea le P. Montauzou, nial;;i-é la lièvre dont iJ était saisi «tleF occupations absorbantes de sou ministère, à laire un examen y4us sérieux de J écrit du uiinistie, si;:né dans la jjrennére conférence. Son examen devint un livre de polémique que J'aut^ur dédia à i'évéque de Limoges, sous ce titre sonore: « La vèriit triomphante pour les papes sur cinquante iaussetés et autres inepties de i'anticbristianisme du njinistie Mai-s, avérées en la conférence faicte entre le P. Marcel J in Montauzon, KécolJ^t.^ et le dicl Mars, ministre... par le dict K. P. Montauzon, récoJlet >• ^- Si l'un des buts de cette contfxiverse, la couxersion de la marquise de Châteauneut, ne lut pa» atteint -, elle exerça du moins sur le public juge du débat une heureuse influence, et elle témoigna du réveil du clergé, naguère encore si apatliique, maïquant ainsi une ère nouTelle, pleine de revanclie pour le calfjolicismeen Limousin.

IL fiotts l'épiacopat de FrançaÎB de la Fayette.

i^ Convernon des communautéë calvinistes deLiinoges et du Dorât,

De lty98 à 1028, les églises calvinistes jouirent en France d'une complète indépendance. Après la chute de la Rochelle, elles furent entauiées par la propagande du clergé, et les plus faibles d'entre eWea rentrèrent f>eu à f>eu dans le sein du catholicisme. Tel fut le injri de la pluj>ar"t des groupes protestants, en Limousin, et tout d'al-Kjrd de la cofunjunauté calviniste de Limoges. Elle comprenait en i^l^fl un peu plus de deux cents personnes sur une population d'environ quinze mille âmes: elle eut pour ministre après Charles Mais, Daniel de Bartije (de 102(J à i6.>3). S'étant trouvés mêlés aux troubles politiques qu'avait fomentés le duc de Bouillon, les protestants de Limoges devinrent très impopulaires. Aussi bon nombre d'entre eux, entraînés par les manifestations d'allégresse populaire, qui suivirent la réduction de la Rochelle ^y ébranlés en outre

1. Ve 8tytf:! de cet ouvrage, dit Legros. est ampoulé, peu mesuré par la charité, mjHveni obscur et pn^sque toujours peu coulant. Le P. Montauzon fut élu provincial en 1(i25 et mourut au couvent de Saint- Valérie de Limoges, le 12 novembre im^. M88. 18, p. 217-^18.

2. Marguerite de Pierre buffière épousa en secondes noces (1626) Charles de Ferriéres, marquis de Sauvebœuf. Elle mourut en 1633, dans la foi calviniste. AnUweH hi«t.y t. I, p. 234. A la même époque vivait un autre seigneur de Chambéret, celui-ci catholique, Henri de Pien-ebuffiére, qui eut de Françoise de Pierrebuniére,-Comborn, de la branche de Châteauneuf, deux fils qui furent d'église; Jean, tonsuré en 1025, et François, tonsuré en 1639, Nobiliaire de Limoyen t. III, p. 341.

3. Trois Jésuites, Etienne Petiot de Limoges, Pierre d'Auberoche de Magnac f*i Jean Collin de Saint-Junien, célébrèrent ce triomphe en vers et en prose HOUH forme de panégyrique.

par les prédications ardentes et répétées des missionnaires jésuites et autres religieux, revinrent-ils aisément à la religion de leurs pères ^.

Deux de ces abjurations, survenues à Limoges en 1630, eurent un certain retentissement dans le diocèse. La première fut celle d'un médecin célèbre de la Cité, nommé La Croix, qui suppléait quelquefois le pasteur dans ses fonctions. Etant tombé dans une maladie grave dont il se releva, son beau -frère introduisit auprès de lui le P. Jean Chrysostôme de Chambéry, provincial des Carmes déchaussés, plus tard général de TOrdre, qui se trouvait de passage à Limoges. Touché des exhortations de ce savant et pieux religieux, le médecin rentra dans le sein de TEgiise. L'évêque François de la Fayette reçut son abjuration à la cathédrale et lui donna publiquement Tabsolution de son hérésie. Le peuple de Limoges, charmé d'une telle conquête, la célébra par une fête solennelle et fit des feux de joie par toute la ville 2. Le second abjurant, M. Poylevé, « cetarc-boutant du petit troupeau réformé », fut visité aussi pendant ses derniers jours par deux Pères Jésuites du collège, que lui avaient présentés Tun des fils du malade demeuré catholique, et son ami, le lieutenant général de Limoges. Après quelques jours de controverse et de réflexion sur le mystère de l'Eucharistie, Poylevé reconnut son erreur doctrinale et l'abjura librement. Il était d'ailleurs par ses grandes vertus bien digne de te retour à la vraie religion.

Quand par un excès de zèle blâmable, les écoliers du collège des Jacobins démolirent, au mois de mai 4648, le temple protestant, construit en 1601, près de la Croix-Mandonaud, il ne restait à Limoges que très peu de protestants. La propagande active des compagnons du Saint-Sacrement finit par amener bientôt leur conversion.

Par les seules voies de la douceur et d'une légitime propagande, les chanoines du Dorât, aidés par les Pères Récollets, ramenèrent plus promptement encore qu'à Limoges dans le premier tiers du siècle, les protestants de cette région. Parmi, les plus célèbres abjurations de ce temps, on remarqua celles que firent à Magnac entre les mains de l'archevêque de Bourges, venu exprès pour les recevoir (1621), le seigneur de Saint-Germain-Beaupré et toute sa famille, et au Dorât, celles des sieurs de Saint-Angel et de l'Age- Bernard, gentilshommes du pays (1623). A partir de 1630 l'on ne trouvait plus trace de communauté calviniste dans toute la contrée de la Basse-Marche 3.

Page 1