‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 42 sur 480 · Archives de la Gironde^ t. XIV, p. 375 et suiv · texte numérisé non relu

Archives de la Gironde^ t. XIV, p. 375 et suiv

30 UN SIÈCLE DE ViE ECCLÉSIASTIQUE EN PRO^^NCE

jauvy (faubourg à cette époque de la banlieue de Limoges), dans la luaiâon de Jehan Mercier, bourgeois de la ville. Bans J aprèsmidi, Henri IV, accompagné des princes de sang et de toute sa cour, monta sur un théâtre de dix pieds de haut, dressé devant la maison de son hôte. Il vit d'abord venir à cinq cents pas une procession générale des églises, abbayes, couvents, religieux mendiants et autres ecclésiastiques au nombre de trois cents, rangés chacun sous sa croix. Les clmpitres de Saint-Martial et de la cathédrale se tenaient, avec l'abbé de Saint-Martial et révêqne de Limoges. La vue de ce nombreux clergé portant, dit le chroniqueur de ce temps, e ses vœux d'allégresse spirituelle jusqu'au ciel pour la prospérité du roi lui fut chose merveilleusement agréable ». Après avoir entendu diverses harangues, Henri IT monta achevai et se pla(;a devant les consuls. Les régiirjents des gardes du roi et les milices de la ville formaient la haie sur toute la ligne. Le cortège royal entra dans Limoges par la porte Montmailler. Le roi yre<;ut les clefs de la ville, et y entendit avec grande satisfaction un concert de musique i< très doux et très plaisant i>.

Les acclamations enthousiastes de la foule allèrent au cœur du roi : « Le peuple m'aime î » s'ècria-t-il. El d'un visage joyeux, passant sous une série interminable d'arcs de triomphe, il arriva à la lin du jour seulement devant la grande porte de l'église Saint- Mai'tial. La sonnerie des grosses cloches et la confusion des voix produisaient une immense rumeur. A l'api^arilion du roi, le silence se fit. Messire Henn' de la Martonie, évèque de Limoges, assisté des abl>és, chanoines et autres ecclésiastiques, reçut le souverain sur le premier degré. Doué de fart de bien dire^ même en ses discours familiers, l'évêque fit une admirable harangue. Suî\^nt la remarque du narrateur de l'époque, c était le mieux disant et tout à la fois le plus digne prélat du royaume^. Introduit dans le chœur de la basilique, le roi se plaça sous un grand ciel de velours cramoisi : il s'agenouilla sur des carreaux de velours, et le clergé entonna le Te iJeum. Après ce chant, fut ouvert le précieux reliquaire du chef de saint Martial. On vit alors le monarque baiser pieusement par plusieurs fois les saintes reliques et en approcher sa croix et son chapelet. Au sortir de l'église, le roi continua à cheval, à la lumière d'innombrables torches ou flambeaux, sa procession sous de nouveaux arcs de triomphe, à travers les rues delà ville, jusque dans sa maison du Breuil. Trois jours après, c'est à dire le ti3 octobre 1005, Henri IV, satisfait de la fidélité du peuple de sa vicomte, quittait Limoges au milieu des acclamations publiques.

Quand cinq ans plus tard, le 17 mai 1610, la nouvelle de

i . Simon Descoutures, avocat du roi, auteur de cette relation^ ne nous rapporta» pus ii'.i iimUieurouseinent le jçrave discours du prélat, parce que celui-ci àUiii absent de I^inioyes au temps où il écrivait ses mémoires. Henry de laMar- M tUunie, dit-il, «était u un personnalise doué de plusieurs rares et singulières « vertus, ayant celle de bien dire, même en ses discours familiers, tellement a êminenle par dessus les autres, que celle-ci leur faisait comme une claire tf lunaère pour faire voir et éclairer leur beau lustre partout... » L. Guibert, HtiQiitti'ti L'ununt.t 1U| 1^7*

Tattentat de Ravaillac éclata à Limoges comme un coup de foudre, la consternation fut générale. Une assemblée de ville décida l'envoi immédiat de deux consuls à Paris, pour présenter au jeune roi et à la régente sa mère les condoléances des habitants. Au retour de ces députés, l'évêque célébra dans sa cathédrale, le 15 juillet 1610, un service funèbre pour le repos de Tâme du feu roi. La magistrature fît dire un service particulier dans l'église Saint-Martial. Les Pères Jésuites du collège ne furent pas des derniers, à prier pour le roi et à s'associer au deuil public *.

IIL Mandat politique de l'évêque de Limoges aux Etats Généraux

de 1614.

Notre prélat eut à remplir plusieurs mandatsdans les assemblées politiques de son temps. « Bien qu'il fût le mieux disant des prélats du royaume i», Henry de la Martonie ne semble pourtant y avoir joué qu'un rôle effacé. La province ecclésiastique de Bourges le délégua en 1605 à l'assemblée générale du clergé de France. Le clergé de son diocèse, qui l'avait déjà député aux Etats Généraux de Blois, en 1638, porta de nouveau sur lui ses suffrages, et le désigna, dans sa réunion du 22 septembre 1614, pour son représentant aux Etats Généraux de 1614, dont la convocation suscita en Limousin de profondes inquiétudes. Durant la tenue de ces Etats qui touchèrent à tout et ne finirent rien, des prières publiques rassemblèrent chaque jour aux pieds des autels les personnes de tout rang et de toute condition. Les fidèles concoururent par des dons volontaires à l'entretien des torches devant les images des saints 2. L'évêque de Limoges ne paraît avoir figuré officiellement aux Etats qu'à l'occasion d'une délégation de la Chambre du clergé. Celle-ci le nomma le 14 janvier 1615, ainsi que l'archevêque de Bourges, pour aller de sa part remercier son président, le cardinal duc de Joyeuse, qui avait contribué par son influence à la cour à l'évocation et l'indépendance de l'Etat 3.

Faute de discours à rapporter ici, nous pouvons du moins signaler les principales instructions du cahier des demandes du clergé limousin, dont notre prélat était le mandataire autorisé, il les revêtit de sa signature dans la réunion du 22 septembre 1614. Si ces demandes * n'aboutirent à aucun résultat immédiat, elles ne tardèrent pas du moins à inspirer le gouvernement du roi, et à féconder les meilleures réformes religieuses du futur cardinal-ministre. A ce titre les demandes du clergé limousin méritent bien notre attention. Le préambule des Instructions du clergé du diocèse deLimO' ges porte que l'évêque devait travailler, de concert avec tous ses

i . Laforest, LimogeSy 46, 64, 78 et suiv.

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