‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 425 sur 480 · LA COMPAGNIE DU SAINT-SACREMENT OU L'ŒUVRE DES ŒL'VRES · texte numérisé non relu

LA COMPAGNIE DU SAINT-SACREMENT OU L'ŒUVRE DES ŒL'VRES

I. Histoire de la Compagnie de Paris. Force d'organisation du Comité central.

Un bénédictin, dom Beauchet-Filleau, a publié en 1900, sous le nom (V Annales de la Compagnie du Saint-Sacreme7îi, le manuscrit fort intéressant d'un des confrères, le comte René de Voyer d'Argenson *, qui relate les principaux faits et gestes de cette société pieuse. Elle s'était formée à Paris entre ecclésiastiques et gens du monde de 4627 à 1629 sous Tinspiration géniale du duc de Ventadour, Henri de Lévis, et avec les conseils de trois saints religieux, le P. Philippe d'Angoumois, capucin, le P. Suffren, jésuite, confesseur du roi, et le P. de Condren, général de l'Oratoire.

Parmi les premiers collaborateurs du duc de Ventadour, qui se réunirent ensemble le jeudi de chaque semaine, au couvent des capucins de la rue Saint-Honoré, nous remarquons deux évoques, celui de Saint-Flour, Charles de Noailles, et celui de Bazas (abbé de Sol ignac), Jean Jaubert de Barrault, qui fut nommé bientôt (1630) archevêque d'Arles. La compagnie attira bientôt à elle, tout ce que le clergé séculier, « la robe et Tépée », comptaient en France de catholiques fervents. Parmi les membres qui y furent admis de bonne heure, et dont les noms intéressent l'histoire du diocèse de Limoges, nous devons citer : le maréchal de Schomberg, M. de Saint-Cyr de la maison de Rochechouart, François de Noailles, comte d'Ayen, ambassadeur à Rome (16:fô), Antoine de Fénelon, marquis de Magnac, le marquis d'Urfé, Alain de Solminhac, évêque de Gahors. La Compagnie eut l'honneur de compter dans ses rangs, à partir de 1635, l'admirable M. Vincent, peu de temps après, M. Olier, fondateur de Saint-Sulpice, et dès 1652, un autre disciple du saint, le futur évêque de Meaux, Bossuet 2.

Vaste et magnifique était le programme de cette société. Elle se proposait « d'entreprendre tout Je bien possible, et d'éloigner tout le mal possible en tout temps, en tous lieux, et à l'égard de toutes personnes ». Première différence avec les congrégations religieuses, qui poursuivent des buts déterminés el limités. Les membres de l'association se portent à tous les objets de piété et de zèle, qu'il peut être utile d'entreprendre. « La Compagnie n'a ni bornes, ni mesures, ni restrictions que celles que la prudence et le discerne-

1. Mss. (le la Bibliothèque nationale, fonds français, n. 44489.

2. Éludes religieuses, Art. du P. Ch. Clair, t. XLV, p. 353 et M. Raoul AUier, La cabale des dévols. Paris, 1902.

ment doivent donner dans les emplois ». C'est dans le but de sauvegarder l'universalité de son dessein, que les confrères se résolurent, dans chaque centre, à demeurer en petit nombre, et à exclure de leurs réunions les religieux, qui eussent eu la tentation d'y introduire des vues particulières. Enfin ils prirent le parti de demeurer secrets, de n'agir jamais en corps, mais uniquement par ceux de leurs membres, qui semblaient propres à se charger individuellement d'une mission, ou par des personnes étrangères, à qui l'on suggérait la pensée de s'en charger et à qui l'on en fournissait les moyens.

Conformément à ce dessein, la société se livra bientôt à une variété extraordinaire d'entreprises : visites des hôpitaux et des captifs pour apporter un adoucissement à leur sort, pour les soustraire aux exigences et exactions de leurs geôliers, pour supprimer les abus moraux et les injustices résultant du manque de surveillance, pour répartir les aumônes entre les plus misérables et leur faire accomplir leurs devoirs religieux ; — suppression de la débauche, des tripots de jeu et des duels ; — police des églises, police du clergé des villes et des campagnes, restauration des églises, fourniture du mobilier du culte aux églises pauvres ; — surveillance exercée pour l'application des lois civiles concernant l'observation du Carême, l'abstinence du vendredi, le repos du dimanche, la répression des blasphèmes et autres injures à l'honneur de Dieu ; enfin surveillance exercée contre les protestants, en vue de les ramener à la soumission rigoureuse aux conditions de l'exercice de leur culte prescrites par les édits royaux ; — c'était à tout cela que s'appliqua la Compagnie du Saint-Sacrement, qui ne démentit point son programme universel dans les trente années de son existence à Paris ^.

La preuve que son action fut efficace, c'est qu'à chaque instant la Compagnie du Saint-Sacrement déborda son cadre, et, bien qu'à peu près ignorée des historiens jusqu'à nos jours 2, elle introduisit dans le monde un certain nombre d'institutions, dont l'histoire dut tenir compte. La Compagnie entra en pleine activité en 1630, et elle débuta par les œuvres de bienfaisance, que Ton retrouvait quelques années plus tard, dans les mains de saint Vincent de Paul, auquel on en aattribué jusqu'à présent la principale initiative...

La grande œuvre de la Compagnie consista surtout à provoquer la réforme catholique, qui avait quelque peine à se mettre en train... Comme la Compagnie comprit des membres de toutes les catégories sociales, il y en eut toujours quelqu'un pour se charger de toute aff*aire un peu importante. Les ecclésiastiques s'employè-

i. Revue (V histoire et de tittêrature religieuse, Art. H. Hemmer. Paris, 1904, p. 2^.

2. L'éminent archiviste de Limoges, M. A. Leroux, a le premier en France publié en 1896 les statuts de la célèbre Compagnie, ainsi que des extraits du registre de la filiale de Limoges. Il a signalé l'importance historique de ces documents dans le Bulletin de limogesy t. XLV, p. 389,

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Grâce à la force de son organisation et à l'élite des membres de ses divers comités, notamment de celui de Paris, l'Œuvre des œuvres pénétra facilement dans tous les milieux et prospéra, (sous la direction successive du duc de Ventadour, du baron de Renty et de Christophe du Plessis), mais seulement tant qu'elle put s'enfermer dans un demi-secret *. Or ce secret, condition nécessaire de toute association, qui entendait ne donner à son activité a n\ bornes ni mesures », n'était possible, surtout dans la société du dix-septième siècle, qu'avec l'assentiment du pouvoir civil et du pouvoir religieux. Dès l'origine, la Compagnie de Paris essaya de se mettre à couvert sous une approbation de l'autorité ecclésiastique. L'archevêque accueillit avec froideur les ouvertures des membres fondateurs de la pieuse société. Du côté de Rome, des démarches multipliées ayant pour but d'obtenir du pape une approbation, qui aurait donné à la Compagnie une situation canonique distincte de celle des confréries, ne furent pas moins infructueuses.

Si elle avait pu s'établir officiellement à Rome sous les dehors d'une société de charité ou d'apostolat, avec un « supérieur », qui fût vite devenu une manière de « général, réservant à quelques profès l'initiation complète à ses « conduites », pour c< procurer .tout le bien et empêcher tout le mal », qui sait si l'institution de M. de Ventadour n'aurait pas ajouté au fécond ensemble d'organes religieux du centre de la catholicité, un organe nouveau plus puissant encore que n'importe lequel des corps monastiques antérieurs ? Alors la Compagnie du Saint-Sacrement eût été vraiment dans l'église universelle, une sorte d'église occulte autorisée; et l'on peut se demander ce que n'aurait pas été capable d'accomplir en devenant internationale, cette ligue de toutes les ressources et de toutes les ardeurs du catholicisme séculier, travaillant et combattant avec la double force de l'indépendance et du secret^ C'eût été là, il est vrai, une organisation d'une formidable puissance. Mais elle était aussi contraire à la constitution traditionnelle de l'Église, qu'à l'ordre naturel des sociétés humaines. L'esprit de l'Évangile est un esprit de simplicité, de loyauté et de liberté ! Voilà la raison profonde de l'échec de la Compagnie du Saint- Sacrement.

Le malheur voulut en effet qu'après avoir vécu en paix sous le règne de Louis XIII et sous la régence d'Anne d'Autriche, la Compagnie de Paris, qui venait de surmonter la crise intérieure du jansénisme par l'expulsion de quelques-uns de ses membres, s'attira l'inimitié ouverte du cardinal Mazarin. Malgré Tintervéntion du princedeConti, malgré la sympathie de la reine-mère pour les zélés confrères, ses amis, le ministre finit par obtenir du Parlement l'arrêt du 13 décembre 1660, qui interdisait la Compagnie du Saint-Sacrement 2. Celle-ci essaya en vain de profiter de la

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