‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 431 sur 480 · R. Allier, ibid., p. lai · texte numérisé non relu

R. Allier, ibid., p. lai

dimanches... M. Goudîn conférera avec M. l'official, pour faire que les comédiens ne jouent pas des farces déshonnètesi». L'application rigoureuse de ces défenses peut nous expliquer le mauvais accueil que Molière et sa troupe reçurent alors en passant de la population de Limoges. Terrible fut, on le sait, la vengeance de Fauteur méprisé contre les bourgeois de Limoges !

Les confrères de Limoges, dociles à Tinspiration du marquis de Magnac, se préoccupèrent à plusieurs reprises de faire sévir contre les duellistes, les jureurs et les blasphémateurs publics. La Compagnie si soucieuse de la moralité publique chargeait les Dames de charité d'aller « visiter dans les prisons de l'hospice Saint- Gérald i» où on les recueillait, <( les femmes mal vivantes », pour travailler à leur relèvement spirituel. Dans le but d'enlever les filles repenties à un milieu qui les ressaisissait toujours, la Compagnie songea à leur « procurer une maison de retraite ». Ce projet ne devait être réalisé qu'en 1683 par l'établissement du Refuge. Une mission non moins délicate, qu'assumèrent les confrères de Limoges avec l'aide des Dames de charité, ce fut d'organiser avec vigueur la répression de la débauche dans la ville, sans avoir recours per fas et nefas h des moyens blâmables d'enquête illégitime sur les secrets de la vie privée. Les gens malhonnêtes et vicieux eurent seuls à souffrir probablement de leur assainissement moral *.

4« Œuvres de réforme ecclésiastique.

Il était difficile à des hommes décidés à sanctifier le monde de ne pas rêver la purification du sanctuaire lui-même. Cette œuvre réservée au sacerdoce, l'association secrète de Limoges hésita d'autant moins à l'entreprendre qu'elle comptait dans son sein une majorité d'ecclésiastiques. Résolument elle se mit dès ses débuts à s'occuper de tout ce qui se passait dans les églises. Rien ne lui échappait de ce qui était affaire de règlements ecclésiastiques, et de ce qui relevait des ordonnances civiles, (^omme l'évoque diocésain était son fondateur et son appui, elle se donnait à lui pour une collaboratrice humble et dévouée. Par l'action incessante de cette Compagnie, qui s'exerça durant vingt ans au moins sur toute l'étendue du diocèse, on s'explique aisément la rapidité de sa transformation morale. L'influence de la Compagnie s'exerça particulièrement dans les petites villes du diocèse, où elle avait établi des filiales dès 4648, notamment à Ayen, à Brive, à Confolens, au Dorât, à Eymoutiers, à Saint-Junien, à Saint-Léonard, à Rochechouart, aux Salles, à Treignac, à Uzerche et à Saint- Yrieix, dont le registre fait mention. Ce serait néanmoins être injuste pour d'autres œuvres, dont l'action ne fut pas médiocre, que de faire honneur à la Compagnie toute seule de la renaissance religieuse dans cette période d'ordre moral. C'est elle pourtant qui dans une

i. Bulletin de Limoges, t. XXXIII, ibid.

obscurité voulue a préparé un moment pres(|ue unique de rénovation catholique.

Quand elle commença son œuvre à Limoges, les églises paroissiales, nonobstant les règlements de 1629, présentaient un spectacle étrange. A l'entour et à l'intérieur même des édifices parfois délabrés, les désordres étaient quotidiens. Dès le 3 janvier 1648, la (Compagnie confiait au curé de Saint-Maarice la mission «< de parler à M. de Limoges, touchant le trouble et les irrévérences qui se font dans les églises ». Des scandales» divers se produisaient deux ans plus tard derrière Tégiise Saint-Cessateur, dansfe chœur de Saint-Martial, à Saint-Michel et ailleurs. C'était en ces lieux sacrés une galanterie ouverte et un caquet perpétuel pendant les messes. Pour remédiera ces désordres, les confrères prièrent les prédicateurs de Saint-François de prêcher ouvertement contre ce libertinage. Comme certaines femmes s'approchaient trop des autels et « se mettaient tout contre les prêtres, lorsqu'ils disaient la sainte messe », on les fit « avertir )> de la même manière qu> elles n'étaient pas au lieu où elles devaient être i.

La Compagnie estimait que certains prêtres n'avaient pas moins besoin de règlements que les simples fidèles. Elle leur en fit imposer de très utiles. Conformément à ses statuts, elle poursuivait surtout l'honneur dili au Saint-Sacrement. Il était médiocre dans quelques égli.ses de Limoges, où l'on négligeait détenir une lampe allumée. Dès sa première séance, la Compagnie décida qu'«on prierait les prédicateurs d'exhorter le peuple d'accompagner le saint Viatique dans la rue. Ardente pour l'établissement de certaines confréries de piété, comme celle de Notre-Dame des Agonisants, dont elle fitapprouver les statuts, elle fut surtout soucieuse d'(»pérer la réforme de toutes celles qui en avaient besoin, en « empêchant les désordres qui se commettaient dans leur sein » ; en faisant « cesser notamment les danses qui se faisaient aux l'rairies des filles dévotes ».

Le clergé de tout ordre n'échappait pas à la direction des zélés confrères. En 1649, ils priaient le curé de Saint-Maurice «d'obtenir une lettre de M. de Limoges, afin que le promoteur empesche les ecclésiastiques d'aller au cabaret et de voir les basteleurs et les opérateurs, dont le langage était deshonnéte et les desportements notoires ». — Il y avait alors à Limoges un petit nombre de prêtres vagabonds et mendiants, qui faisaient honte au caractère sacerdotal. On vit la Compagnie du Saint-Sacrement charger àdeux reprises (en 1658) un de ses membres de dénoncer les désordres de ces vagabonds à Mgr de Limoges, pour qu'il y porte un prompt remède. Les confrères exerçaient une surveillance active sur la conduite de certains prêtres suspects, de sorte que sur leurs rapports on faisait justice immédiatement des scandales qu'ils donnaient.

Tn moyen infaillible pour les membres de la Compagnie designa- 1er lesabusde tout genre à la vigilance épiscopale, c'était de pré|>arer des mémoires pour les synodes bisannuels du diocèse et de les mettre entre les mains d'un des curés les plus autorisés, parmi leurs

confrères. Celui de Saint-Maurice, Nicolas de Broa, se chargea ainsi le 13 octobre 1661 de présenter au prochain synode les mémoires que des confrères lui avaient donnés. La Compagnie s'occupait sans cesse de stimuler ou de réveiller le zèle des prêtres de paroisse. Un jour, elle invitait les vicaires de Saint-Pierre et de Saint-Michel, « à pourvoir, qu'on n'aille point mendier du vin pour les messes dans les cabarets ». Un autre jour, elle priait Tofficial de Limoges, présent à l'assemblée, « d'avertir le vicaire de Saint-Gérald, de ce qu'un de ses paroissiens a demeuré longtemps, sans se confesser. » Ce qui préoccupait particulièrement la Compagnie, c'était l'enseignement de la doctrine chrétienne. Tantôt, c'était l'impression d'un catéchisme, dont elle assurait les frais chez l'imprimeur, pour en répandre partout les exemplaires (nov. 1657). Taintôt, elle suppliait i'official de rappeler c< à MM. les curés de la campagne » leur obligation « de faire le catéchisme», et lui dénonçait sur ce point la négligence des curés d'Estagnac et de Bussière. Ayant « remarqué » aux ostensions de 1652 que les paysans étaient « très ignorants touchant le Saint-Sacrement et les autres mystères d, la Compagnie fit « parler à M. de Limoges touchant leur instruction religieuse » ; elle alla même jusqu'à lui faire demander par le curé de Saint-Maurice « d'envoyer une lettre circulaire par toutes les paroisses » à ce même sujet.

La formation intellectuelle et morale du jeune clergé n'intéressa pas moins les confrères du Saint-Sacrement. Trois délibérations de 1659 nous donnent la preuve de l'influence qu'ils exercèrent auprès de l'évêque sur la rédaction de sa célèbre ordonnance de 1660 qui réorganisa définitivement l'institution des conférences ecclésiastiques. La Compagnie n'eut pas moins de part dans la fondation du séminaire diocésain. Nonobstant la tentative infructueuse d'Antoine de Fénelon, en 1652, auprès de F. de la Fayette en vue de cette œuvre, les confrères de Limoges nommaient dans leur réunion du 20 octobre 1656 deux commissaires, « un ecclésiastique et un laïque, pour procurer l'avancement» de l'entreprise du Séminaire. La première souscription destinée à la construction de la maison des Ordinands fut offerte, on l'a vu, par Nicolas de Broa, curé de Saint-Maurice. Ce fut encore un autre confrère, le plus zélé et le plus généreux, Martial de Maledent, qui eut l'honneur de réaliser le grand projet. ^

5^ Œuvres diverses de missions et de prosélytisme.

Ce zèle dévorant de la Compagnie pour les œuvres de réforme religieuse n'allait pas sans une autre ambition, celle de conquêtes toujours plus étendues pour l'Eglise. Les infidèles n'étaient pas tous dans les pays lointains des Indes et du Canada que les confrères de Paris faisaient évangéliser. Ils étaient nombreux encore, sans compter les hérétiques, dans le diocèse de Limoges. So-

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