L. Bertrand, Bibliothèque Sutpic, t. I, p
pour conférer de ses affaires avec M, le doyen (Emmanuel d'Urfé, son frère), et pour voir avec lui les mesures qu'il pourra prendf-e, pour ne plus être obligé de revenir en France... ^ »
Cinq ans plus tard, François d'Urfé, épuisé par ses travaux de missionnaire, quittait de nouveau définitivement le Canada et venait s'étai* blir auprès de son frère aîné àTévêché de Limoges. Il obtint d'aboi'd en 1694 Tabbaye de Saramont (à 5 lieues d'Auch) ; mais il la résigna au bout de deux mois et reçut en échange le 3 avril 1695, Tabbaye de Saint-Pierre d*Uzerche 2. Quelques jours après avoir rendu les derniers honneurs à son frère le prélat, qu'il assista à sa mort, il fit prendre possession de cette abbaye par procureur et tenta durant trois ans d'y introduire la Réforme de Saint-Maur.
Sous l'administration du dernier abbé commendataire, Charles d'Aumont (1653-1394) (fils du maréchal de ce nom et clerc de Paris devenu fou), le relâchement de la discipline avait envahi la douzaine de moines que con)prenait alors l'abbaye. Chacun d'eux vivait à sa guise ; la plupart demeuraient et couchaient en dehors du cloître ; plusieurs môme menaient dans des familles séculières une vie scandaleuse. Ils assistaient irrégulièrement aux offices de l'abbaye et respectaient fort peu les lieux saints. Certains de ces religieux disaient rarement la messe ; ceux qui n'étaient pas prêtres communiaient encore plus rarement. L'évèque de Limoges s'était vu impuissant contre ces désordres, parce que l'abbaye étant exempte de sa juridiction n'était point soumise à sa visite.
Dans le but d'y introduire la régularité en rattachant l'abbaye à la réforme de Saint-Maur, François d'Urfé se préoccupa d'abord de relever les bâtiments claustraux qui étaient en ruines, puis de mieux administrer les revenus temporels et de rétablir entre le prieur et les moines la subordination. Les moines alors opposèrent à l'abbé un brevet du roi, du 13 mai 1693, en vertu duquel il leur était permis de se pourvoir en cour de Rome, pour y obtenir la sécularisation de l'abbaye, ainsi que celle des bénéfices qui en dépendaient et de leurs personnes, en vue de ne plus observer la régularité ^. Voyant que les Bénédictins d'Uzerche s'obstinaient à repousser toute espèce de réforme, François d'Urfé les abandonna â leur mauvais soit.
Nous voyons dès lors le saint abbé résider tantôt au presbytère de la communauté de Saint-Sulpice à Paris *, tantôt sur ses terres du Forez. Fidèle aux exemples que lui avait donnés sur ce point M. de Lantages, l'un des premiers et des plus chers disciples du fondateur de Saint- Sulpice et son frère Emmanuel d'Urfé, l'abbé d'Uzerche fut avec eux des premiers prêtres de Saint-Sulpice, qui se rendirent alors en pèlerinage au tombeau de la Vénérable Mère Agnès de Langeac 5. François d'Urfé
l. IbifL Correspond, de Tronson. t. II, p. 464. Lettre de M. TroDson, en date du '20 janvier 1689.
'2. L. B. Bibliothèq,, ibid. L'abbaye, sitaée h. onze Houes Sud-Est de Limoges, était de l'ordre de Saint-Benoît et le chef-lieu de la congrégation des Exempts en France. Elle était estimée 6 000 livres de revenu annuel. L'abbé était seigneur de la ville ; te sénéchal du roi liS connaissait des causes que par l'appel du juge de l'abbé. Plusieurs prieurés qui dépendaient de cette abbaye étaient les meilleurs du diocèse. Saint-Pierre avait en pour abbé on 1617 Christophe deLestang, originaire de Brive, évèque célèbre 4e CarcasMonne. bulletin de Limoffes, t. XLVI, p- 354.
3. Mss. n. 35, p. ^*i et suiv. De fait l'abbaye d'Uzerche fut sécularisée et érigée en collégiale un demi-siècle plus tard (1748). Voir dans le Pouillé histor. de Aadaud, p. 570 et suiv. un long mémoire sur cet acte.