‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 440 sur 480 · Mas. 33, p · texte numérisé non relu

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tous les capitulants communièrent à la messe solennelle célébrée par le plus ancien et se rendirent ensuite processionnellement au chapitre, en Chantant le Veni Creator. Le plus ancien chanoine de la collégiale, après avoir adressé une exhortatiofi, recueillit les voix des capitulants ; six élurent François Aillaud, licencié en théologie, fait chanoine en 1656 ; deux seulement élurent Pierre Villebois, bachelier m utroque jure et chanoine depuis 1664 : François Aillaud donna sa voix à un nommé Charon vicaire perpétuel de Javerdac, près Saint-Junien ; deux sedonnèr-cnt réciproquement leurs suffrages. Aillaud ayant donc obtenu la majorité fut agréé du chapitre, qui nomma deux députés, pour demander sa confirmation à l'évoque. Le scribe publia à haute voix cette élection, et on alla chanter le Te Deum.

Mais, raffaire lui ayant été soumi.se, Tévèque de Limoges refusa la confirmation, à cause des défauts ou des vices de forme commis par le chapitre de Saint-Junien en cette élection. Aillaud évincé demanda et obtint la confirmation de sa dignité auprès de Tarchevéque de Bourges, Michel de la Vrillière ^. Sur ces entrefaites, Tévêque Louis d'Urfé, persuadé qu'il pouvait, en vertu du droit de dévolut 2, disposer de ce bénéfice vacant de droit, en faveur de qui il jugeait à propos, conféi-a la prévôté à Emmanuel d'Urfé, abbé de Saint-Just, son frère. L'affaire donna donc lieu à un procès. Un arrêt du Parlement de Paris du 18 juillet 1684 débouta Tabbé de Saint-Just de ses prétentions et maintint dans la prévôté de Saint-Junien, non point Aillaud, mais Pierre Villebois, en vertu de la permutation de cette dignité faite avec son oncle pour un canon icat ^.

5° Emmanuel dUrfé, doyen de la cathédrale du Puy-en-Velay.

Un an plus tard, Emmanuel d'Urfé avait quitté Limoges. En vertu d'une bulle d'Innocent XI, en date du 3 avril 1685, qui donnait à l'abbé de Saint-Just, le bénéfice du doyenné de la cathédrale du Puy, dignitatis post pontificalem majoris ciim canonicatu et jirehenda^ devenu vacant par la résignation de François d'Urfé, son frère, Antoine Arcis, chanoine du Puy et vice-official de l'évèque Armand de Béthune, conférait, le 4 août suivant, cette dignité à Emmanuel d'Urfé. Le même jour, le nouveau doyen du Puy fit dans l'église cathédrale de Notre-Dame, la profession de foi requise et il prêta le serment de fidélité au Saint- Siège. Le prévôt du chapitre, Melchior de Polignac, le mit après en possession de son office, en présence de tous les chanoines *.

Quelques mois déjà auparavant, la construction d'un bâtiment pour le séminaire du Puy, et son union aux collégiales et prieurés de Saint- Georges, de Saint-Agrève et de Saint-Vozy, voisins tous trois de la

1. M. Tronson atteste dans une lettre du 8 avril 1684 les mauvaises dispositions du mëtropolitûin à regard de 1 evèquo do Limoges. Correspond., t. H, p. 4.53. •2. Voir il ce mot le Dictionnaire de Durand de Maillane.

3. Mss. 40, f. 370, 37L Pierre Villebois IV fut installé le 1" septembre suivant et jouit paisiblement de son bénéfice jusqu'il sa mort qui survint en 17 W, ibid.

4. Archives de la Haute-Loire, Q. , n. 1*28. — Le chapitre de Notre-Dame du Puy, l'un des plus illustres du royaume, était composé de quatre principaux dignitaire-*, do cinq offlcicra précédant les chanoinos, de quarante-trois chanoines et de plusieurs autres bénéflrier5.Ix?a chanoines portaient la cappa ma/pia des prélats et même la mitre les jours des grande» fêtes. Le chapitre était seigneur et niaîtrc de la ville haute, bâtie sur le sommet du mont Anis, au pied d'une lave énorme de volcan. L'évèque comte du Velay avait le droit du pallium et '25 000 livres de revenus. Le dioct^so du Puy, quoique compris dans la province do Bourges, se disait immédiatement soumis à la juridiction du Saint-Siège. Gallia christ., t. U.

cathédrale, avaient jeté le trouble entre Tévèque et tout le clergé de la ville. M. Tronson, confomiénient aux vues de Henri de Maupas, de M. Olier et du chapitre, était pour de bonnes raisons, constamment opposé à l'union de la collégiale de Saint-Vozy au séminaire ; Tévêque Henry de Béthune s'obstinait au contraire à la vouloir, et finalement Texécula. Le doyen François d'Urfé, plutôt que d'y consentir, avait donné sa démission. Le supérieur du séminaire, M. de Lantages^ mis en demeure par l'évèque d'entamer un procès contre le chapitre, refusait de condescendre à cette injonction, qui lui aurait fait perdre la confiance du clergé du Puy, et il allait se retirer, quand le nouveau doyen du chapitre fut assez heureux pour amener le prélat à abandonner son projet et à rétablir ainsi la paix entre lui et ses chanoines. Le 16 janvier 1686, Armand de Béthune et son chapitre signèrent un concordat en vingt-trois articles. Le vingtième faisait disparaître toutes les oppositions antérieures, à la construction des bâtiments du séminaire, sur remplacement de Saint- Agrève et dans les dépendances de la collégiale de Saint-Georges. La joie du peuple du Puy à la nouvelle de cet accord inespéré se manifesta d'une manière très vive par des réjouissances publiques.

M. Tronson s'empressa de son côté d'exprimer sa reconnaissance au principal auteur de cet arrangement si avantageux pour le séminaire. « Vous avez trop de part, Monsieur, lui écrivait le supérieur de Saint-Sulpice, le 27 avril suivant, à la bonne disposition où se trouve Mgr du Puy, pour ne vous pas témoigner, combien nous vous en sommes redevables. Il m'a fait l'honneur de m'écrire, pour me solliciter de contribuer au bâtiment du séminaire, et il me marque que vous avez infiniment contribué vous-même à lever les obstacles qui étaient presque invincibles. Le moyen de ne vous en pas rendre de très humbles actions de grâces, et de ne pas travailler, de notre part, à une entreprise à laquelle vous travaillez, de la vôtre, avec autant de zèle et d'affection... •

Les esprits étant ainsi bien disposés, on se mit sans retard â la construction du séminaire. Le doyen du Puy obtint du roi la permission de bâtir sur les murailles de la ville, pour mettre en communication la nouvelle maison avec l'immense parc et le beau jardin, qui devaient être à son usage. Grâce encore à son intenention, on put démolir incessamment l'église ruinée de Saint- Agrève et creuser sur son emplacement les fondements du bâtiment projeté. Au commencement de septembre 1686, l'évèque du Puy présidait la cérémonie de la pose de la première pierre pour la construction du séminaire. Emmanuel d'Urfé contribua de mille manières par ses dons et par les générosités de ses aniis, à l'accélération de cette œuvre, dont il ne vit pas pourtant l'inauguration ^.

« 11 aida surtout par la bonne odeur de ses vertus, à en élever l'édifice spirituel ». Frappé plus que tout autre des exemples de mortification que ses deux frères aines avaient déjà donnés à Limoges et au Puy, il délaissa l'habitation confortable du doyenné de la cathédrale 2 et établit, comme ils l'avaient fait, chacun de leur côté, sa résidence habituelle au séminaire. Or le bâtiment des clercs du Puy à cette époque, comme M. Tronson l'écrivait lui-même à M. de Lantages, n'était qu'« un pauvre taudis ». Si délabrée, et si incommode que fût cette demeure,

1. Le nouveau séminaire du Puy ne fut acbové qu'en 160-2 et habite h partir du mois d*octobrc suivant, à la reprise des exercices des ordinands. V»> de JH. de Lantage».

"2. L'abbé d'Urfé offrit d'abord le doyenné aux prêtres de Saint-8ulpico et sur leur refus le mit à la disposition des Dames de l'Instruction, communauté enseignante, que l'abb^ do Saint-Antoine, frère de M. Tronçon, avait fondée au Puy en 1066. Ibid.

le descendant des seigneurs de la Bastie, le doyen du Puy, « vir morutn candore et innocentia apectabilis, disent les auteurs du Gallia, y menait une vie simple, modeste, et en tout conforme aux règlements de la maison ^. »

Cependant Tintimité des relations d'Emmanuel d'Urfé et de M. de Lantages lit participer bientôt le doyen du Puy à la disgrâce dont Tévêqiie poursuivit longtemps le supérieur du séminaire et la communauté des Dames de l'Instruction, qui se trouvaient sous sa direction. L'abbé d'Urfé fit tout au monde, pour atténuer le mal de cette persécution intime et dissiper les malentendus. Désespérant d'y réussir, il songea à donner sa démission, comme l'avait fait son frère François d'Urfé. M. Tronson et M. de Lantages firent tous leurs efforts pour le dissuader de ce projet.

Les rigueurs du climat du Puy, jointes à ses mortifications, éprouvèrent bientôt l'état de santé du doyen et l'obligèrent à passer les hivers de 4687 à 1689, au séminaire Saint-Irénée à Lyon, et les étés an séminaire de Clermont. Dans ces maisons, deux des meilleurs disciples de M. Tronson, les supérieurs Maillard et Bardon lui firent un cordial accueil et lui donnèrent des marques de leur estime. « Nous demanderons à Dieu, lui écrivait M. Tronson, que, s'il ne vous décharge pas de vos croix, il vous fasse la grâce de vous y bien sanctifier. Je souhaite que l'air de Clermont puisse rétablir votre santé 2 ». Cet espoir fut déçu. L'abb é d'Urfé fut attaqué à la fin de mai 4689 dans le séminaire de cette ville où il se trouvait alors, d'une hydropisie appelée tympanite, qui lui fit endurer jusqu'au dernier moment des douleurs d'entrailles considérables.

Le 6 juin suivant, il adressait sa dernière lettre à M. Tronson : « Recevez, je vous prie, Monsieur et très honoré Père en Notre-Seigneur, cette dépèche comme un des derniers témoignages de la conflance, que j'ai toujours eue en vous ». Il lui marquait ensuite qu'il avait « cherché inutilement dans ces provinces un bon successeur » à qui il aurait pu a remettre » son bénéfice du Puy. N'y ayant pas pourvu, il lui envoyait une procuration en blanc, le suppliant très humblement de la faire remplir de quelque bon sujet, s'il en connaissait de la qualité qu'il fallait pour ce poste. « L'unique vue » qu'il avait eue sur ce point, « mais assez douteuse, était de remettre le bénéfice » à son frère François d'Urfé, qu'il avait revu à Lyon, l'hiver précédent, avant qu'il ne repartit pour le Canada, au printemps de 4689. « Je suis très content, disait-il en terminant, et vous le proteste par avance du choix que vous ferez... 3.

1. Gallin christ., t. II, p. 746. Correspond, de M. Tronson, t. II, p. 19, 31, et Vie de Mé de Lantages, in-8, Paris, 18:W.

'l. Correspond, de M. Tronson, t. II, p. 3-1.

3. M. Tronson jugea à propos de désigner pour le dëcanat du Puy, dans l'acte do résignation d'Emmanuel, son frère l'ex-doyen, prêtre do Saint-Sulpice et missionnaire au Canada. En conséquence François d'Urt'é, qui s'ëtait chargea de remplir la procuration ad resignwidum in favoretn poursuivit et obtint en cour de Home les provisions du doyenné du Puy bonnes et valables. Malheureusement pour lui, l'évêque du Puy, Armand de Bcthune, qui ne lui était pas favorable, pourvut, après la mort d'Emmanuel d'Urfé, du bénéfice qu'il prétendit être vacant, deux chanoines de sa cathédrale, René de Montlanr de Mûries et à son défaut, le sieur de Chabanes. Il s'ensuivit entre les prétendants un procès devant la sénéchaussée du Puy et le Parlement de Toulouse, qui dura quatre ans. On eut vent sans doute des circonstances de la procuration, car deux arrêts de ces cours, dans lesquels on faisait mention de quelques mots prétendus ajoutés dans la procuration ad resignanduntt furent prononces contre François d'Urfé. Un dernier arrêt du conseil privé du roi, en date du 17 septembre 1691, termina le différend au profit de René de Montlaur. Cet arrêt fut signifié quelques jours après à François d'Urfé « estant depuis peu à Paris... trouvé à la maison presbitteralle de Saint-Sulpico ». Archives de la Haute-Loire, G., n. 138.

Je veux vivre et mourir avec la sainte grâce de notre divin Sauveur par vos prières. Amen. Em. d'Urfé, doyen. Je reçois, s'il vous plaît, de cœur et en esprit votre bénédiction, que je vous demande très humblement».— C'est dans ces saintes dispositions de «zélé Sulpicien », que le doyen du Puy mourut au séminaire de Clermont, le 13 juillet 1689. « Je ne doute point, écrivait dix jours après M. Tronson à Tévêque son frère, que vous n'ayez été bien consolé d'apprendre la sainte mort de M. le Doyen... Je l'estime heureux d'avoir si bien fini son sacrifice i i.

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