Correspondance de M. Tronson, t. I, p
3. M. Leroux, Nouveaux documents^ Limoges, 1881. Brève Chronique, p. 325,
huit heures et demie jusqu'à dix heures. Après quoi jusqu'à onze heures on fait six bandes de chant ; chacun s'y rend exactement au temps et au lieu qui lui sont indiqués. On étudie le soir la morale. Le reste est comme à Paris.
« Quant aux ordinands nouveaux qui sont admis ao séminaire en habit laïque, ils y demeurent avec ce costume jusqu'à Tordination suivante pour recevoir seulement la tonsure. Ceux qui sont déjà clercs ne prennent les quatre moindres (ordres mineurs), qu'à la seconde ordination, et tous depuis Tacolythat demeurent et souvent huit ou neuf mois, sans recevoir le sous-diaconat. Il y a un an entier d'épreuve pour les acolythes, qu'on envoie en vacances avant le sous-diaconat, afin de s'assurer de leur fermeté dans la vertu ^. Le diaconat et la prêtrise sont reçus dans les deux ordinations suivantes. Avant chaque ordination qui se fait à Noël, au Carême et à la Pentecôte, et toujours dans la chapelle du séminaire, il y a un examen général de tous les Messieurs. Ceux qui doivent recevoir les saints Ordres sont examinés par deux ou trois directeurs et Messieurs les grands-vicaires dans deux chambres différentes. On les interroge sur les traités de scolastique et de morale qu'ils ont vus, en sorte qu'ils ont quelquefois à répondre sur six ou sept traités. On rend compte ensuite de l'examen à Monseigneur; puis on commence une retraite de huit jours pour l'ordination. Des entretiens sur les matières ecclésiastiques sont faits, par Messieurs les grands-vicaires et Messieurs les directeurs. Pour l'ordination de la Pentecôte, il y a une double retraite, car, on en fait une pour les jeunes gens qui doivent être alors tonsurés, et qui se retirent chez eux chaque soir, parce qu'on n'a pas assez de logis dans le séminaire, pour les pouvoir garder. Pour être admis à la tonsure, ces jeunes gens doivent être examinés trois mois auparavant et porter ensuite le petit habit.
« Outrel'exercice quotidien des cérémonies et répétitions de rubriques durant le temps pascal, on explique une fois par semaine le Rituel, et on instruit très utilement de la manière d'administrer chaque sacrement. On a depuis quelques années établi encore un autre examen à la fin des exercices, pour faire étudier ceux qui s'endormiraient après l'ordination de la Pentecôte, parce qu'ils n'auraient plus rien à craindre. Tous les samedis matin, durant une heure, on explique l'Evangile du dimanche suivant. Les conférences spirituelles et les répétitions d'oraison se font comme à Paris. Quelquefois, le dimanche après vêpres, on fait une conférence pour apprendre la manière de faire le catéchisme et l'un des ordinands le fait tous les dimanches et fêtes aux pauvres enfants dans l'église de la Mission. Le reste des exercices est à peu près comme à Paris, si ce n'est que l'on ne communie pas le jeudi par règlement, et que les exercices finissent le 6 du mois d'août, auquel temps chaque ordinand se retire chez soi jusqu'à la Saint-Luc suivante, s'il n'est pas encore prêtre 2 ».
1. Dans une lettre, du 15 janvier 16î^3 à M. de Maguelonne qui lui en avait fait la critique, M. Tronson ne jugo pas à propos de blâmer •• l'usage qui s'était introduit panni les Ordinands de Umoges, de porter aux promenades des bâtons, ainsi que des soutanellea et des souta' nos retroussées. » Correspondance^ t. I, p. 404.
'2. Correspondance de M. Tronson^ t. 1, p. 41.> et auiv.
8M UN SliCLE DE VIE ECCLÉSIASTIQUE EN PROVINCB
IL L'EXSEIOXEMENT CL.VSSIQUE /" />*? (^oUè'jes tenus par des religieux,
Ia Compajçnie de Jésus tenait la t^te de renseitçnement classHjue en Limousin ; auprès du coIlt''ge Sainte-Marie de Limoges, les autres collf'*ges tenus par des religieux étalent peu de chose. Les Pères Jésuites conduisirent leur établissen)ent an plus haut degré possible de perfection, grâce à une organisation excellente et aux amples dotations dont Tévéque et la ville le comblèrent, tjuand le collé^,^e de Limoges leur fut confié en 15fK), il comptait sept régents. Leur nombre s'éleva à trente-deux en 1622, et à trente-six en 1685 ^. Leurs fonctions étaient ainsi réparties, on distinguait le recteur, le ministre, le syndic, le procureur, le préfet des hantes classes, celui des basses classes, trois pn>fesseurs de théologie, deux de philosophie, et cinq régents des clas»»s inférieures. En 1622, on comptait mille élèves; en 1661, douze cents : en 16H5, quinîce cents répartis en sept classes à deux divisions de cent sept élèves, occupant chacune seize professeurs. L'enseignement était gratuit et libéralement ouvert à tous les enfants déjà pourvus d'une instruction primaire. Le régime du collège était celui de Textemat: les élèves n'y recevaient que renseignement. I!s habitaient donc en ville dans leur famille, ou en pension chez des bourgeois ou bien encore dans des auberges. Les écoliers venaient de fort loin pour la plupart. J)u collège de Limoges sortit cette forte génération du dix-septième siècle, qui au culte du roi, joignait le respect sympathique du pouvoir religieux, et au goût des choses de Tesprit une grande ardeur de pn>sélytisme. Elle se personnifie dans ce groupe d'hommes distingués qui avant la Révolution illustrèrent le clergé et la magistrature et se dévouèrent sans réserve aux affaires pubiques 2.
Les Pères Doctrinaires ou prêtres de la Doctrine chrétienne 3 dirigeaient dès 16(>2 dans le diocèse de Limoges trois collèges, qu'ils avaient établis successivement à Brive, à Bellac et à Treignac. Le premier établissement fut dû, comme celui des Ursulines de Brive, aux libéralités du président, Antoine de Lestang *. Le contrat de fondation fut signé à Toulouse dans la maison du Président, le 15 février 1607, sous le « bon plaisir de Messire de la Mailonie, évêque de Limoges, et de Messire de Daffres, prieur de Saint-Martin. » Mais ce projet ne put être réalisé de suite à caus(» des querelles qui s'étaient élevées entre les consuls de Brive et les Dominicains de cette ville, religieux non réformes encore, dont la direction avait [)récipité la décadence du collègfî municipal, fondé par le vicomte de Turenne depuis un denn-
\é IjOh corps (Ici lojçi^du Lyr-.**r» actuel, à part la façado principale, élevée par Turgot (I770i, fiirr^nt constniitM vor» UVift, UW» ot IOhO. M, Diicourticux, Limogea, p. 103.
V, A. Leroux, Archives de la Hmite^Vienne, Inventaire I). Limogei, 188?. Introdaction. ïjf^ l»/)reH .l(''Huil««s (<talilircnt en 1710 un rollùge à Guérct, pour combattre les dernières rdsistsmce» de» protoMtaotN rie la Marrho. Documenté histor., t. II, p. 'Jùi.
'i. LoH Doctrinairns avaient otë fondés à Uome au milieu du seizième siècle par un gentilhomme milanais, ('««tte con^T^gation so compoHait de prêtres et de laïcs. Son but principal était l'enneifrnenient chrétien de lu jeunosso, au({U(d emploi était joint souvent celnl do la prédieation. César de Hus, leur fondateur en France, les établit à Avignon en 1593. Limousin eccU'MUiHdqne,
i. Il appartenait à une ancienne famille de robe de Brive qui a donné au Prësidial de cotto ville et au Parlement de Toulouse plusieurs présidents, ainsi qu'un grand évêque à l'église do ('arcassonne, Christophe de I^estan^ (HM)3-16-21). Antoine était un boramo de cœur et un vaillant chrétien. II composa plusieurs ouvrages d'histoiro. de droit et mémo de piété, qui furent o^ttiul(•^ debuu \.cm\>B, Uullf tin de Tulle, %. 111, p. 151.
APPENDICE m 686
siècle. Attristés de l'indiscipline des élèves, les consuls s'étaient fait autoriser à enlever le collège aux Dominicains, et à transformer les bâtiments en palais de justice pour le Présidial. A la suite d'une délibération de la ville du 14 août 1619, les doctrinaires acceptèrent la direction du nouveau collège et envoyèrent de Toulouse quatre régents. Trois ailes de bâtiments et une chapelle achevée seulement en 1659, s'élevèrent sur remplacement donné par le président de Lestang. Tous les citoyens de la ville contribuèrent à la construction et à Tentretien de l'établissement soit par des souscriptions volontaires, soit même par une imposition générale.
Le collège de Brive attira de loin jusqu'à la Révolution de nombreux élèves. Parmi les hommes distingués d'une des premières générations scolaires, nous devons citer Daniel de Gosnac, évêque de Valence, puis archevêque d'Aix, mort en 1708, après une existence laborieusement remplie et cinquante- trois années d'épiscopat ^. La méthode d'enseignement des Doctrinaires n'était pas inférieure à celle des Pères Jésuites de Limoges. Ces maîtres zélés se concilièrent toujours par leurs succès la confiance des parents et l'amitié des élèves. Ils avaient soin de donner une grande pompe à la distribution des prix, pour lesquels on prélevait tous les ans 400 francs sur les revenus de l'établissement. Les consuls de Brive s'y rendaient au son des tambours et du beffroi de la commune. L'abbé Dubois, neveu du cardinal, fit au collège des dons considérables qui permirent aux Doctrinaires de l'agrandir et d'y fonder un pensionnat 2.
Le contrat de fondation du collège de Bellac, en date du 11 octobre 1648, fut l'œuvre des consuls de cette ville. Les Pères de la Doctrine chrétienne étant venus prêcher cette année-là le jubilé à Bellac, les magistrats de la commune profitèrent de leur présence pour leur faire accepter ce projet, moyennant l'agrément de l'évêque. Tous les habitants s'empressèrent de contribuer de leurs dons à cette fondation. Le 20 mars 1656, on posa solennellement sur le champ de foire actuel la première pierre du beau collège, au milieu d'une grande affluence de peuple. Le 8 novembre 1664, le P. Lobique, recteur, bénissait au nom de l'évêque de Limoges la nouvelle chapelle, qui devint bientôt le centre des pratiques de dévotion et le siège de diverses confréries de la ville. Les Doctrinaires de Bellac remplaçaient les curés des environs pendant leurs absences, et faisaient l'intérim de la paroisse après leur décès. Leur collège n'eut aux plus beaux jours de sa durée qu'une centaine d'élèves au maximum, qui se recrutaient dansla ville 3. Les principaux promoteurs de rétablissement du collège de Treignac furent les seigneurs du lieu, le marquis Jean de Pompadour et la marquise, dame Marie de Rochechouart. Le prévôt des consuls, François de Lafont, le curé de Treignac, Jacques Paschins, docteur en théologie, signèrent le 17 juillet 1662 le contrat de fondation. Entre autres conven- . tiens de cet acte, les Pères Doctrinaires s'engageaient «à fournir d'abord trois régents de leur corps avec recteur et préfet à la Saint-Luc prochaine, pour commencer d'enseigner les classes inférieures, moyennant
1. Ce prélat, troisièmo tlls de François de Cosnac le contre vcrsiste, prêta néanmoins bcau' coup à la critique. M. H. Allier nous apprend qu'il contribua principalement avec M. de Harlay, archevêque de Rouen à la suppression en France de la Compagnie du Saint-Sacro' ment. Voir dans le Bulletin de Brive, t. Vil, p. 413, une élégante notice sur cet évèqae, écrit« par un de ses petits-neveux, la comte de Cosnac.