‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 56 sur 480 · Ponillé historique^ par M. Lecler. p · texte numérisé non relu

Ponillé historique^ par M. Lecler. p

2. Ce prieuré, de l'ordre de Saint-Augustin, fondé l'an 1179 par Aiuierlc Brun, pour treize frères avec autant de domestiques et donné par lui aux chanoines do la Couronne, était situé sur la paroisse de Dournazac, commune du canton de Saint-Mathieu (Haute-Vienne;.

Tenquête favorable de son vicaire général, le prélat unit à perpétuité le prieuré de Tavaux au collège de Limoges par décret du 13 août 1()05. Les Pères Jésuites en prirent possession In 17 du même mois. Le pape confirma cette union par bulle du 3 avril 1G08 ^

Après rheureuse conclusion de celte affaire, dont l'honneur revient à la générosité de l'éveque, adroitement circonvenu, la fondation du collège Sainte-Marie pouvait êti^e considérée partout comme définitive. Tel fut le sentiment du provincial d'Aquitaine et du prévôt général de la Compagnie de Jésus, qui approuvèrent les actes du P. Solier. Le P. Claude Aquaviva, général de TOrdre, accepta officiellement le collège de Limoges, par une charte ou lettres d'approbation données à Rome le 25 mars !()()(>.

La mission du fondateur n'était pas encore terminée. En 4607, on n'avait au collège Sainte-Marie qu'une chapelle provisoire, insuffisante pour les nombreux élèves, qui la fréquentaient 2. Le P. Solier tit faire ou fit lui-même le plan d'une chapelle monumentale, proportionnée à l'importance de la maison. Le 11 juillet 1607, la première pierre de cette nouvelle chapelle fut posée solennellement par l'éveque Henry de la Martonie et les consuls de Limoges. Mais aucun des fondateurs ne devait voir l'achèvement de cet édifice qui ne fut terminé et consacré qu'en 1629. Au mois d'août 1607, le P. Solier fut, à la suite de divers incidents sur lesquels nous aurons Ijeu d'insister, remplacé à Limoges par un nouveau recteur, le P. Aubery, qui devait augmenter le personnel delà maison et ajouter les classes de philosophie et de physique aux cinq classes que l'on professait déjà. Le P. Solier, qui, pendant dix années de séjour à Limoges, avait su se concilier l'afTection des élèves et de leurs familles, et qui était apprécié des notables et des magistrats, comme il méritait de l'être, fut généralement regretté 3.

i. Le coU(''ge de Limo^os fut mis encore en possession de la cure de Saint- André de Montbrun, érigt'C prés du chrileau de ce nom dans les environs du prieuré de Tavaux et sous le patronage du prieur de Saint-Jcan-de-Côle, dont le titulaire était alors Raym(vid de la Martonie, neveu de notre Prélat. Voir le PouUlê historique, p. 186 et suiv.

2. Cette chapelle, de dimensions assez restreintes, bâtie en 1583, se trouvait, au milieu dos bâtiments. Elle menaçait ruine, quand les Jésuites arrivèrent à Limoges. Elle s'écroula le U décembre 1(307. Elle fut restaurée en hâte et servit au collège en attendant l'achèvement du nouvel édifice. Dueourtieux, Limoges, Plans, 1()3.

3. Au mois de septembre 10(^7, il fut envoyé jjar ses supérieurs à Saintes, pour y fonder un collège. Il mourut le 20 octobre 1028, dans la résidence do Saint-Max ime-sur-Ciironde, qui dépendait du collège de Bordeaux. Le P. Solier était un travailleur infatigable. Malgré les soins assidus qu'exigeait la direction d'une maison importante, il trouva h» temps, pendant son séjour à Limoges, de imblier une dizaine d'ouvrages d'ascétisme ou de vies de saints. Il jouit dans son ordre d'une considération bien méritée. Il continua jusqu'à la lin de sa vie ses travaux littéraires. L'impression de son grand ouvrage : //i,s-toirc ecclrsiastitpie des tics rt roijaumc du Japon n'était pas termin(''e, quand il mourut. Alegambe a résumé ses qualités en deux mots : ^ C'était, dit-il, un homme d'une obéissance et d'une vertu peu communes.» Voir art. Arbcllot. Ballctin de Tulle, t. IX, p. 380.

HENRY DE LA ttARTONIE 4B

m, Prëlade de la Réforme religieuse da diocèse de Limoges* Inflaence prépondérante des Pères Jèsnites.

Durant une période de trente ans (de 1598 à 1627) les Pères Jésuites du collège Sainte-Marie exercèrent une action prédomi* nante sur la renaissance religieuse du diocèse de Limoges. D'après les termes eux-mêmes de la déclaration du vicaire général, commis \

en 1605 pour l'union du prieuré de Tavaux, nous savons € que révêque n'avait rien tant à cœur que de rétablir ou soutenir la foi dans les cantons de son diocèse ; qu'il avait vu avec chagrin l'afflic* tion et les besoins dont quelques-uns de ses diocésains étaient opprimés, tant par le manquement de pasteurs ou docteurs catholiques qui instruisissent le peuple dans la foi et la piété, que par le voisinage de plusieurs villes infectées de l'hérésie, et l'ardeur des ministres qui ne cessaient de semer la zizanie. Pour remédier à ces maux, le prélat avait appelé à Limoges les Pères Jésuites qui, depuis, tant les Pères (missionnaires) que les régents, avaient rendu de grands services dans la ville et les environs, en instruisant , la jeunesse, formant des ministres à Téglise, prêchant, écrivant, et faisant les autres fonctions de leur état. Il était constaté qu'ils s'étaient opposés comme un rempart contre les ennemis de la foi, et l'on avait tout lieu d'espérer qu'ils continueraient » *.

Cet éloquent témoignage nous atteste que dès les premières années de leur introduction en Limousin, les Pères Jésuites ne se cantonnèrent pas dans le domaine de renseignement classique. Ils s'empressèrent, pour répondre aux désirs les plus formels de l'évêque, d'occuper l'avant-garde de sa milice et de prendre la direction du mouvement religieux dans le diocèse. Dans ce bu t ils instituèrent, dès l'origine de leur établissement, comme ils le firent dans leurs autres collèges, une congrégation de la Sainte Vierge qui comprenait trois divisions : les rnessieurs, les artisans et les écoliers. Les premières catégories se recrutèrent parmi les anciens élèves du collège. La division des messieurs comprit bientôt l'élite des bourgeois et des fonctionnaires de Limoges, qui passaient tous par le collège : elle devait fournir, en 1647, les principaux membres de l'élément laïque à la célèbre compagnie du Saint-Sacrement, dont l'action fut décisive pour l'achèvement de la rénovation catholique en Limousin. La division des artisans, recrutée principalement parmi les riches marchands ou les corps de métiers de la ville, donna sans doute immédiatement des cadres aux nouvelles associations de pénitents, fondées parBardon de Brun (1598) et ses émules. Ces confréries laïques se multiplièrent d'une façon prodigieuse dans tout le diocèse ; elles furent « comme autant de moules où les générations du Limousin reprirent spontanément l'empreinte ecclésiastique, qu'elles conservèrent jusqu'à la Révolution 2 ».

i. Fouillé historique de 1775. Bulletin de Limoges, t. LUI, p. 489. 2. Voir le chapitre des confréries. Cf. M. Leroux, La Réforme^ 111, 118, et Laforest, Limoges ^ 162.

Chaque division de congréganistes avait en dehors de l'église, dans Tenceinte du collège de Limoges, sa chapelle particulière, où avaient lieu des réunions à jour fixe et les exercices spirituels des retraites. La chapelle des écoliers, qui prenait jour sur la cour et sur la rue, l'emportait sur les deux autres par Télégauce et la richesse des décorations: les tapisseries en étaient somptueuses ^. La division des écoliers était d'ailleurs la plus importante, parce qu'elle comprenait l'élite de jeunes gens qui se distinguaient de leurs camarades par un ensemble de qualités morales exceptionnelles. C'étaient en général les futurs membres des divisions supérieures, les apôtres à venir du monde laïque et surtout du clergé paroissial.

A cette époque où l'évéque de Limoges n'avait pu songer encore à l'établissement d'un séminaire, tel que les conciles de Trente et de Bourges l'avaient décrété, la section des écoliers congréganistes du collège fut spécialement destinée, dans les intentions du moins du prélat fondateur, à lui servir de pépinière principale pour le recrutement de son clergé. Ce but de séminaire-collège est nettement indiqué par le vicaire général d'Henry de la Martonie, dans le décret d'union du prieuré deTavaux(août 1(>()5) : c( L'évéque de Limoges, y est-il dit au début de sa déclaration, après avoir visité et fait visiter son diocèse, reconnut la grande nécessité qu'il y avait de former et instruire les ecclésiastiques au devoir de leur charge ; de mettre aux principales paroisses des prédicateurs et ecclésiastiques, pour fortifier et instruire le peuple en la foi et religion catholique, et pourvoir à l'avenir à ce que la jeunesse, tant de la capitale (de la province du Limousin) que de l'étendue du diocèse, fût instruite à la piété, vertu et bonnes lettres. Pour cet effet, il s'adressa aux Pères Jésuites de Limoges, pour en tirer secours et aide ; il se transporta plusieurs fois (au collège Sainte-Marie), pour les semondre (suhmonerey avertir) de l'assister et coopérer dans cette bonne œuvre. Il les trouva dans de bonnes dispositions, et totalement à sa dévotion 2. »

Les ressources leur faisant défaut, on l'a vu plus haut, les Pères Jésuites ne purent remplir immédiatement leurs engagements au sujet de l'éducation des jeunes clercs. Moins patients que l'évéque, les chanoines de la cathédrale les pressèrent vivement de s'exécuter. A la suite d'une délibération du 2 juillet 16()4, le chapitre faisait ordonner par voie de justice aux régents du collège d'ouvrir sans retard un cours de philosophie, suivant les stipulations du concordat de 1529. A défaut de cette ouverture de classe, les chanoines devaient prescrire à leur trésorier de cesser tout paiement des deniers promis. Trois mois plus tard, recourant à des moyens plus doux, ils prenaient une nouvelle délibération, pour faire délivrer aux Pères Jésuites une somme de 200 livres et leur promettre d'augmenter la pension convenue jusqu'à un surplus de

1. De belles peintures se voyaient encore encadrées dans les lambris; c'est là que figurait l'Assomption donnée par Rubens. Laforest, ibid,

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