Voir plus loin la preuve de ces assertions
des ecclésiastiques de distinction. La pratique des Exercices spirituels de saint Ignace fut mise en honneur au collège et y fut très goûtée d'une foule de gens pieux, qui l'ignoraient auparavant. Des communautés religieuses, des chanoines eux-mêmes, demandaient à faire des retraites sous la direction des Pères. On accourait à Limoges de trente ou quarante milles à la ronde, pour soumettre à leur casuistique des difficultés de conscience.
Des procédés divers d'une nouveauté charmante attiraient au collège et captivaient en faveur des régents toutes les classes de la province. Les hauts fonctionnaires du roi, on l'a déjà montré, y étaient comblés des prévenances le/s plus délicates. L'évêque diocésain y était l'objet de la vénération et de la reconnaissance qu'on devait témoigner au principal fondateur et bienfaiteur de la maison. Quand Henry de la Martonie vint pour la première fois en 1599 visiter le collège, quelques écoliers d'élite furent députés à sa rencontre et chantèrent doctement ses louanges en grec, en latin et en français. Et le prélat, flatté de tant d'hommages, donna aux régents de nouvelles preuves de son estime et de son alfection.
Le collège s'ouvrant gratuitement à tous, plus particulièrement cependant aux enfants des classes bourgeoises, il était facile aux Pères Jésuites de les gagner. Gomme ils savaient le peuple de Limoges avide de spectacles, et tout disposé à venir là où il retrouverait quelque chose des mystères et des moralités dont il avait été privé pendant les guerres de religion, les régents du collège lui donnèrent satisfaction une première fois, en faisant représenter une tragédie d^Absalon, La foule ravie de voir le théâtre se rouvrir après un relâche de tant d'années, accourut au collège des Jésuites, remplissant de son tumulte les jardins et Jes cours, le faîte des murs et le toit des maisons {sic). Les magistrats du Présidial, ainsi que les consuls et les autres corps constitués, étaient aussi venus ; l'évêque de Limoges présidait la fête ; son clergé y assistait. Cette fois, la victoire était complète et l'avenir assuré : la Compagnie de Jésus prenait décidément le pas sur les autres communautés de Limoges anno gratiœ amplissimœ 1599 ^.
A partir de cette môme année, les Pères Jésuites se posèrent nettement en réformateurs, sous la protection et au nom même de l'évêque, vis-à-vis des religieux 2 et des prêtres de paroisses, et ils exercèrent sur eux toute l'autorité morale qu'ils possédaient déjà, pour ranimer dans ces corps dégénérés ou du moins apathiques, la vie spirituelle et le zèle apostolique. Une partie du clergé de Limoges, encouragée parle prélat, se montra tout disposé à reconnaître dans les nouveaux venus des conseillers, et des directeurs de conscience incomparables. Des prêtres nombreux, des chanoines, des religieux vinrent humblement participer aux exercices de piété que les
4. A Leroux, Archives histor., III et VI et Histoire de la Réforme^ 115 et suiv. Jiulletinde Limoges, t. XXXI, p. 106. Remarquons ici que tous ces détails sont empruntés aux Annuœ litterm Societatis Jesu. »