Archives historiques, t. IIl, p. Tvi à
2. Son pn'décessrur Ridier lU^ (iuérot avait tenu le doyjMuiê penilant six ans (151)5-1601). Son élection ayant (Hé rl('clarèe douteuso, Hidior avait résigné sa dignité à Mathieu de Verthamont. Ce dernier sié-xeait encore comme doyen en 1021. Il était dit ahhé de Pré-Benoit le 0 janvier iH-22. Il mourut en 1030. Mss. 40, p. 70, 71.
société suspecte ^. Conformément aux délibérations capitulaires, il allait adresser à ces coupables de « fraternelles remontrances », et s'ils résistaient à ses prières, et se montraient insensibles aux menaces des peines canoniques, il n'hésitait pas à les frapper d'amendes pécuniaires, qui devaient parfois produire de meilleurs résultats.
La sollicitude des chanoines de Saint-Étienne, qui s'étendait sur la pureté de vie de ses membres et aussi sur la conduite des vicaires de la cathédrale, n'eut pas ordinairement de sanction sévère à prendre contre eux, comme à l'égard des prêtres habitués 2. Durant une période de six ans (1603-1609), la seule dont les actes nous sont connus, on voit les vicaires convoqués une seule fois (le 5 juin 1606) dans la salle capitulaire, pour y subir un examen canonique et entendre des remontrances sur la manière de remplir les fonctions de leur ministère. Ainsi que le portait son arrêt de 1604, le chapitre cathédral fit appliquer dans les paroisses qui relevaient de sa juridiction, les mesures de préservation morale qu'il avait prises. Nous en avons pour preuve une sentence d'expulsion rendue le 8 juillet 1606 contre une femme suspecte, qui habitait la maison du curé de Séreilhac 3.
Les désordres du clergé de Saint-Junien, à la même époque, tels qu'ils nous sont signalés, en termes généraux, par les registres capitulaires de cette ville, n'étaient pas moins graves que ceux qui affligeaient le chapitre de Saint-Étienne. « Le doyen des chanoines de Saint-Junien dit en séance capitulaire, le 23 mai 1610, qu'il venait d'être averti, que l'assesseur de la justice avait, devant la porte de l'église, proféré plusieurs injures atroces contre le chapitre en général et en particulier ; il leur avait reproché notamment la simonie, la confidence, le sacrilège, le concubinage, le scandale public. » On se borna à « délibérer que le premier des messieurs du chapitre qui irait à Limoges présenterait une requête pour faire informer ». Vraiment, ajoute ici l'historiographe du diocèse, l'abbé Legros, c'était agir trop mollement, si on n'était pas coupable. Deux particuliers, qui ditTamèrent le chapitre de Saint-Junien sur ces même cas, furent condamnés aux dépens, par arrêt du 28 mars 1615. Quoi qu'il en soit de ces graves accusations plus ou moins calomnieuses, les chanoines de Saint-Junien cherchèrent à garder une certaine régularité. Nous savons par leurs actes qu'on privait de tout leur revenu (en 1607-1608) les membres du chapitre qui ne prenaient pas les ordres, lorqu'ils avaient l'âge requis. Tous les manquements aux statuts étaient punis d'une
1. Notons ici la délibération du 1" février 1608, en vertu de laqueUe, quatre membres du chapitre furent chargés de visiter les maisons qui lui appartenaient, pour voir s'il y avait des femmes suspectes. Archives hisl., t. III, p. 03.
2. Par exception, le chapitre donna l'ordre, le 21 octobre 1606, d'arrêter, puis de fouetter (sic) et de mettre en prison pour un jour lun des vicaires de la cathédrale Jehan Malignaud, qui s'était porté à df^s voies de fait sur l'un de ses dignitaires. M» de Douhet, grand chantre de Saint-Etienne, ibid.
3. Tous les détails qui précédent sont tirés des Registres capitulaires. Voir le texte. Archives histor., t. III, p. 53, 63,
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chef de la congrégation bénédictine des Exempts, Tabbé de Saint- Pierre d'Uzerche. Ce monastère étant tombé en décadence au cours du seizième siècle, le couvent d'Ahun partagea le même sort, jusqu'à l'époque de son agrégation à l'ordre de Cluny. Sébastien Marcaille, vicaire général de l'abbé de Cluny, fut commis et député en 4611 à la visite et réformation du Moutier d'Ahun, pour rétablir en cette maison les règles monastiques et la pureté des mœurs. C'est le 21 août qu'il fit lire en chapitre général, à tous les religieux de l'abbaye, qui les approuvèrent de leur signature et promirent de les garder, des ordonnances de réforme. Citons ici les plus importants de ces règlements disciplinaires.
Désormais tousles religieux sans aucune exception s'engageaient à vivre en commun, à observer le silence de rigueur, à assister à toutes les heures canoniales, et à célébrer dignement les offices de l'ordre de Saint-Benoît. Conformément à la pratique de la coulpe en public, les religieux devaient reconnaître leurs fautes au chapitre ou au réfectoire, et requérir dans ce but, à genoux, la bénédiction de leur supérieur. Tous sans exception, hors les cas de maladie, devaient prendre leur repas dans le grand réfectoire. Pendant les repas, on devait faire une lecture extraite de la vie des saints, de la règle de Saint-Benoît, ou des autres livres spirituels en français. Chacun devait avoir au dortoir une chambre particulière. Des aumônes devaient être distribuées régulièrement aux pauvres et aux malades, selon l'intention des fondateurs. Tout procès devant les tribunaux séculiers était interdit, sous peine d'excommunication. Il était expressément défendu, sous la même peine, de laisser entrer des personnes du sexe, filles ou femmes, dans l'enclos de l'abbaye, ou de les fréquenter ailleurs. Toute sortie du cloître exigeait la permission du supérieur; toute fréquentation des cabarets était interdite. On devait porter la couronne monacale, le chaperon et l'habit régulier; observer les jours de jeûne prescrits par la règle de l'Ordre, ne pas garder des armes dans sa chambre, ni aller à la chasse ; visiter et assister des choses nécessaires ses frères malades. Le religieux qui découchait, sans permission, encourait l'excommunication. Les moines travailleurs des champs devaient prendre garde de scandaliser les séculiers ; ils devaient éviter toutes sortes de jeux de cartes, et de causeries mondaines. Ils avaient le droit d'élire l'un d'entre eux pour exercer la charge d'économe. On recommandait aux novices de respecter les prêtres, et de leur rendre obéissance ; aux religieux, de ne pas charger des séculiers de la célébration de la messe au grand autel du chœur; de veiller surtout sur l'instruction des novices et de leur donner un maître capable de les former à la piété et à la perfection de leur état. On les exhortait tous ensemble à vivre en bonne paix et concorde, sans querelle, envie ou division. Chacun devait se retirer après souper, à huit heures ou un peu plus tard selon les saisons, dans sa cellule au dortoir. On ne pouvait se porter à des voies de fait contre son compagnon, sous peine d'encourir Texcommunication, réservée à Mgr de Cluny. On
ne devait pas se trouver à des festins de noces, de baptême, aux danses ou autres assemblées peu décentes, sous peine de punition. Les portes du monastère devaient être toujours fermées à clef et ne pouvaient être ouvertes sans autorisation.
A la suite d'un accord et d'un consentement général, on avait remis depuis quelque temps, dans la masse commune tous les biens de l'abbaye qui étaient auparavant dispersés, et tous les revenus des offices claustraux qui étaient autrefois perçus individuellement, et l'on avait déjà constaté que ce désintéressement permettait à chacun de vivre en repos et plus heureux qu'avant. On stipula donc dans les nouveaux statuts, que cet accord durerait indéfiniment et que le bien de la communauté serait également réparti et employé au profit de tous, soit pour les frais de nourriture et d'entretien, soit pour l'acquittement des charges diverses de l'abbaye. Dans un dernier article des règlements, on chargeait dom Villatte, vicaire général, et prieur claustral d'Ahun, de faire observer et garder ces ordonnances par tous les religieux, de châtier et de punir ceux qui y contreviendraient. Dans ce but, on lui donnait toute autorité et tout pouvoir, et Ton enjoignait à chacun des moines de lui rendre toute obéissance *.
A la veille de la Révolution {en 1775) les Bénédictins de Notre- Dame d'Ahun n'étaient qu'au nombre de six ; ils vivaient encore en commun, faisaient toujours partie de l'ancienne observance de Cluny et relevaient de la province d'Auvergne. L'étal de l'abbaye devait être plus prospère sous l'administration deMathurin Augier (1578-1618) et de dom Villatte, si l'on en peut juger parle nombre des officiers claustraux en exercice qui étaient presque tous à la nomination de l'abbé commendataire 2.
V. Rapports de l'évêque de Limoges avec son chapitre. Mort d'Henry de la Martonie. Eloge de ce prélat.
Les rapports de l'évêque Henry de la Martonie avec les chanoines de la cathédrale et avec son clergé en général, que les derniers événements de la Ligue avaient rendus aussi étroits que possible, restèrent jusqu'à la fin empreints d'une bienveillance réciproque. Dans un temps où les querelles étaient assez communes entre l'évêque et les corps ecclésiastiques de son diocèse, cette cordialité de rapports nous étonne et fait d'autre part contraste avec la période des luttes interminables qui troublèrent, dans le cours du même siècle, le règne des deux grands évêques de Limoges. Nous avons néanmoins à signaler ici quelques signes certains de légères discordes, au sujet de revendications qui devaient plus tard s'aggraver. L'évêque de Limoges, ayant ainsi contesté à son chapitre l'existence
i. Voir M. Leroux, Documents historiques^ t. I, p. âîCi à 300.
2! Labbaye était placée sous le vocable de Notre-Dame. Klle était admirablement située sur les bords de la Creuse, au pied d'une montagne, au-dessus ée laquelle était la ville d'Ahun. Voir PvuiUè histor,^ p. 271. Les revenus annuels de Tabbave étaient de trois mUle livres, dont les moines jouissaient en commun.
d'une obligation pécuniaire à l'égard de sa cathédrale, le syndic de cette église l'appela en reddition de comptes devant le Parlement de Bordeaux. Le 24 janvier 1604, deux chanoines recurent du chapitre le mandat de se rendre dans cette ville, pour poursuivre ce procès contre M. de Limoges, en même temps que plusieurs autres causes pendantes. Le 18 août suivant, la cour rendit un arrêt, en vertu duquel le prélat fut condamné à payer à l'avenir, chaque année, la moitié de la dépense du luminaire de la cathédrale. Ce débat n'altéra guère la cordialité des rapports qui existaient entre les parties plaidantes. D'autres dissentiments les mirent de nouveau aux prises, sans les froisser beaucoup. Le 22 octobre 1604, deux chanoines furent députés, pour adresser à M. de Limoges de respectueuses remontrances au sujet des empiétements de ses vicaires généraux et autres ecclésiastiques, qui avaient fait en son nom la visite de trois paroisses relevant immédiatement de la juridiction du chapitre. Une nouvelle députation du même corps fut décidée le 3 juin 1605. Le doyen, Mathieu de Verthamont, et trois autres chanoines furent chargés d'exposer à M. de Limoges des plaintes sur la violation de prétendus privilèges. Ils devaient l'informer (horresco referens) que plusieurs églises de son diocèse « tenaient l'office du concile de Trente sans le consentement et le dessein du chapitre », et le prier en conséquence de maintenir intactes les prérogatives de ce corps, sans quoi celui-ci se pourvoirait devant les tribunaux compétents ^
Le 16 octobre 1606 le chapitre cathédral de Limoges prit des décisions plus importantes. Il réglementa pour l'avenir les droits du chanoine aquilaire 2, et il établit une permanence de rapports officiels. Il arrêta en séance ce jour-là que le chapitre aurait désormais trois députés de ce corps pour le représenter et défendre ses droits et privilèges auprès de Tévêque, dans les synodes, au bureau diocésain et autres assemblées ecclésiastiques. Il procéda à la nomination de ces délégués au nombre desquels se trouvèrent le doyen et le sous-chantre. Il statua qu'il ferait dorénavant ces élections dans les réunions générales des chanoines, qu'il choisirait toujours au moins deux prébendes, que cette charge expirerait au bout de trois ans, que chaque député ne pourrait être réélu qu'après un intervalle de six ans depuis la fin de son dernier mandat, qu'à chaque assemblée générale les noms de ces délégués seraient rappelés, qu'un membre suppléant serait désigné, que la prochaine
1. Le 14 septembre 1606, le chapitre cathédral faisait écrire à l'évêque de Li*moges, qui se ti'ouvait à Paris, et le priait de solliciter de l'assemblée générale du clergé le vote d'un règlement sur les droits et les devoirs des chanoines do Saint-Martial dans les processions générales. Archives histor., p. 51-56 et Mss. 33, p. 578.
2. Le chanoine aquilaire nommait aux canon icats semi-prébendés ou cures à la collation du chapitre qui venaient à vaquer pendant sa semaine ou rang d'aigle. Il différait de l'hebdomadier, qui était chargé seulement de faire l'office pendant une semaine. Pour exercer son droit de nomination, il devait être présent et être censé avoir touché l'aigle, qui, au milieu du chuîur, y servait de lutrin. Note de BuUat, Archives^ t. II, p. 348.
élection aurait lieu en 1609 au chapitre général qui précéderait le synode du jeudi après la Saint-Luc, que le présent règlement serait enregistré dans le livre des statuts de Téglise Saint-Etienne, qu'il serait intimé à l'évêque et aux députés qu'on venait de nommer. Le 46 mai suivant (1607), le chapitre envoyait à Rome une procuration pour obtenir de la curie l'homologation des statuts du 16 octobre précédent ^.
Le maintien des bonnes relations de l'évêque avec ses chanoines de la cathédrale fut dû en partie à une condescendance du débonnaire prélat vis-à-vis d'eux dans les questions litigieuses. Nous en avons pour preuve un exemple significatif de provision de bénéfices. Barthélémy Guibert, prêtre de Limoges, ancien ligueur des plus zélés, avait obtenu en cour de Rome la cure de Meillac (près Nexon) et s'était présenté à l'évêque pour avoir le visa ou l'acte confirmatif de cette collation bénéflciale. Henry de la Martonie le lui refusa nettement le 1«' mai 1612, et allégua dans son refus le motif d'incompatibilité des bénéfices. Guibert était chanoine de Saint-Étienne, et ne pouvait à ce titre, sans donner sa démission, desservir une paroisse. « Cette raison, dit l'abbé Legros, était honnête. Mais alors les abus étaient trop communs, pour qu'il put les retrancher d'une manière si décisive et si prompte. L'évêque de Limoges comprit cette dure nécessité. Après avoir nommé, le 4 mai 1612, un autre titulaire à la cure de Meillac, il se vit obligé, pro bono pacis, de revenir sur cette décision et de remettre ce bénéfice au mois de décembre suivant au chanoine Guibert, sans lui enjoindre dans le visa de résigner sa prébende 2. »
Dès le mois d'août 16H , Henry de la Martonie, alors âgé de quatrevingt-trois ans, se sentit gravement atteint des infirmités delà vieillesse. « Il ne pouvait plus, dit le P. Bonaventure, s'acquitter à son contentement des fonctions pastorales », c'est-à-dire vaquer comme auparavant à ses pénibles tournées dans son vaste diocèse. H songea alors à se faire donner un coadjuteur. Le pouvoir royal réalisa ses vœux avant la fin de la tenue des Etats Généraux, en février 1615 3. De retour à Limoges, le vénérable prélat vit ses dernières années attristées par les désordres qui régnaient dans l'abbaye de la Règle, à côté de l'évêché. Il eut par contre la consolation de bénir les premiers efforts de l'association des prêtres de Sainl-Martial, premier essai sérieux de la réforme du clergé paroissial, dont le vénérable Bardon de Brun prit en 1616 l'initiative.
Il eut encore l'honneur de favoriser de tout son pouvoir l'introduction de la réforme religieuse dans les abbayes de Saint-Augustin et de Saint-Martin, à Limoges, et d'assister à la fondation du Carmel,vers la fin de 1617.
Après s'être préparé par de longues souffrances à une pieuse mort, le vénérable évêque octogénaire rendit son âme à Dieu, le 7 ou le 10 octobre 1618. Le corps du prélat défunt, après avoir passé par les