PRÉFACE XV
réclamaient, avait aussi voulu, par de sages règlements, travailler à cette réforme. Dans la dix-septième session de cette grande assemblée, Tarchevêque de Braga, appuyant le cardinal Seripandi, déclarait : « La fin du concile a été de purger l'Eglise, de la corruption effroyable qui déshonorait la pureté de ses mœurs et il a été vrai de dire que quand il n'y aurait nulle hérésie à combattre, on aurait dû assembler un concile général pour corriger les désordres et les abus... ». Mais les circonstances qui entravèrent les opérations du concile et prolongèrent sa durée, paralysèrent Tefficacité de ses prescriptions ; la réforme des mœurs, œuvre de paix, lut éloignée par la guerre flagrante. •
La mort du dernier fils d'Henri II, le duc d'Alençon et d'Anjou (1584), posait une question redoutable. Henri III, d'une constitution viciée, ne pouvait avoir d'enfants. Le prince appelé à la couronne par la loi salique était huguenot et menait la guerre civile depuis quinze ans. Qu'adviendrait-il de la foi ancrée au cœur de la nation durant plus de mille ans ? Henri VIII, d'Angleterre, pour un caprice de ses sens, avait changé la religion de son peuple : Henri de Navarre serait maître d'étouffer aussi la foi et les croyances que dès son berceau il avait appris à haïr ! Cette perspective, entrevue depuis quelques années, avait créé la Ligue. Se rapprochant, elle surexcita ces craintes, étendit ce mouvement. Le pays tout entier fut remué dans ses moelles ; cette « peur » le traversa de part en part. La Ligue peut être réprouvée dans ses moyens, elle s'explique dans ses Ans, elle est logique, elle ne pouvait pas ne pas naître et grandir. Par ses violences et ses excès elle prouvait que le catholicisme était indestructible en France et qu'un prince hérétique ne s'y introniserait jamais. Elle assurait ainsi les traditions, la vocation de la fille aînée de l'Eglise.
A la mort de Henri III, les partis étaient au paroxysme de la haine et de la fureur.
Ce prince mourut mieux qu'il n'avait vécu. Il parla le langage de la raison à ses fidèles et au roi de Navarre réunis autour de son grabat. Aux uns il désigna Henri comme son légitime successeur ; à l'autre il dit : « Vous ne serez roi de France que catholique. »
Henri IV fut reconnu roi par les principaux royalistes, sous ces conditions qu'il conserverait la religion catholique dans son intégrité, qu'il se soumettrait au sujet de la religion à la décision d'un concile national et qu'il ne permettrait l'exercice du culte réformé que suivant les édits du feu roi.
Cette déclaration fut jurée le 4 août.