‹ La réforme catholique du dix-septième siècle dans le diocése de LimogesChapitre 8 sur 480 · XVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVI PRÉFACE

En ce jour, le nouveau roi avait vu clairement son devoir. Il comprenait Timipense portée de son serment. Il était résolu à le tenir strictement. Cette promesse faite, il était virtuellement catholique, car un concile national ne pouvait le maintenir dans le culte protestant.

Et les lois qui gouvernent la destinée des peuples et qui pour les croyants ne sont autres que les desseins de la Providence, pour être souvent impénétrables, n'en sont que plus admirables. Il semblait que ce huguenot appelé au trône d'une nation foncièrement catholique devait être, comme il Tavait été jusqu'à présent, avec ses coreligionnaires, une cause de trouble, de division et de malheurs. L'immense majorité de ses sujets redoutaient la compression et le malaise, peut-être la persécution jusqu'au martyre, là prolongation indéfinie de ce fatal débat qui décimait les familles, énervait la patrie commune et créait un abîme de sang entre les fils de la même mère !

La Providence « traçait droit par des lignes courbes ». La raison humaine errait. Ce fauteur d'hérésie et de guerre civile était le seul homme au monde qui pût remettre les choses dans leur équilibre, rétablir l'ordre, relever la religion, tenir la balance entre les catholiques et les protestants, ramener la France dans le droit chemin de la concorde et de la paix. Lui seul pouvait contenir son ancien parti qui était sûr de sa justice et de sa bienveillance; lui seul, nouveau catholique, pouvait faire accepter par les catholiques qu'ils respectassent le culte qui avait été le sien. Le doigt de Dieu s'était posé sur lui. Ce roi suspect fut le meilleur des rois pour la mission qui lui était impartie.

Henri IV a reçu le nom de Grand : il mérite aussi celui de Restaurateur de la religion catholique. Il a été le promoteur zélé de cette réforme du clergé qui éclaire tout le dix-septième siècle. Son règne fut court et il ne put mener à sa fin l'œuvre qu'il s'était assignée, mais il s'était déjà avancé dans la voie et son successeur n'eut qu'à marcher sur ses traces.

Il est vrai qu'il fut aidé et comme entraîné par un élan général de piété, une exaltation évangélique qui eussent été difficilement comprimés. Après tant de dérèglements et de destructions, les âmes délivrées renaissaient à l'espoir, n'aspiraient pas seulement à l'amendement, à la correction, mais à la réparation, à l'accroissement, à l'expansion la plus large. Depuis le temps de saint Louis on n'avait vu autant de vocations et de fondations religieuses.

Le nouvesm converti, solennellement absous par les évêqueç

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français, ne fut pas si aisément admis par le pape dans le giron de rEglise romaine. Xa résistance du Saint-Père s'explique par la pression qu'exerçaient sur lui les chefs de la Ligue et surtout le roi d'Espagne, qui nourrissait toujours le projet d'enlever la couronne de France pour sa fille Isabelle. Et cependant, il était urgent dé tirer l'Eglise gallicane du péril où elle pouvait sombrer. Lorsque Clément VIII fit défendre au cardinal de Gondi, évèque de Paris, ambassadeur de Henri IV, de s'approcher de Rome, ce prélat dut se borner à lui écrire peur lui dépeindre l'état de TEglise de France : «... Plus de quarante évèchés sont sans pasteur, leurs revenus sont à la disposition de femmes, de courtisans, d'officiers... les âmes errent saûs guide comme des brebis égarées, les curés et autres prêtres quittent leurs fonctions pour prendre les armes et tremper leurs mains dans le sang; le beau royaume de France est sur le point de devenir schismatique si on n'y met ordre sans

délai ^. »

Voilà dans quel état Henri IV prenait TEglise de France; vmgt ans après il la laissait en voie de guérison et marchant vers un admirable épanouissement.

Son absolution lui fut enfin accordée par le pape qui y attacha des obligations. Rétablir la religion catholique en Béarn, ne nommer que^'des évêques foncièrement catholiques, ériger un monastère dans chacune des provinces en expiation des destructions commises, rappeler la Société de Jésus, telles sont les conditions que le roi accepta. H ne tint pas à lui de les remplir en leur entier, il s'y elïorçade son mieux jusqu'à sa mort.

On peut examiner, dans le Gallia Christiana, les nominations faites aux évêchés à partir de 1595. La moralité, la capacité sont tenues en ligne de compte, la résidence est expressément recommandée. Presque tous les choix sont louables. On trouve bien encore quelques évêques trop jeunes, mais ils ont dispense du Pape ; quelques confidentiaires, mais cette coutume invétérée, simon'iaque en principe, n'était pas toujours entachée de lucre et

1 CeUe situation déplorable t^st confirmée en 1506, par l'évèque du Mans : ^ Les trois quarts des bergeries et troupeaux sont dépourvus de légitimes pasteurs De quatorze archevêchés, six ou sept, sont sans pasteurs, d'environ cent évéchés on estime y en avoir trente à quarante dépour\ us... Quant aux monastères ., ils .sont vendus à beaux deniers comptants, baillés en mariage, troqués échangés de choses temporelles... De ce que nous avons pu savoir de vin^t diocèses, s'en trouve jusqu'à cent vingt, où il n'y a point du tout d'abbé" » Palma Cayet, ChronoL novenaire, 1. VIII, p. 723, coll. Michaud.

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