Labiche, Vie des Saints du Limousin, t. I, p
4. Elle avait eu pour fondateur au septième siècle saint Eioi, évéque de Noyon, qui y mit un abbé et cent cinquante religieux. Louis le Débonnaire avait rebâti Fégiise iniinée et l'avait placée sous sa protection spéciale. Bulletin de Limoges, t. XLVI, p. 351.
messire Jean Jaubert de Barraut, évêque de Bazas ^. Quand il en avait pris possession par procureur, le 2 mai 4601, l'abbaye se trouvait dans un état de ruine lamentable, causé particulièrement par le pillage de plusieurs seigneurs calvinistes. Ceux-ci, les sieurs de Châteauneuf^ de Bourdeilles et de Saint- Mathieu, disposaient, depuis douze ans, des revenus de l'abbaye, à leur volonté, et y tenaient des custodinos. N'ayant en vue que l'intérêt propre et l'augmentation de leur rente, ils ne donnaient aux religieux que ce qu'ils ne pouvaient pas leur ôter.
De leur négligence s'ensuivirent la ruine des bâtiments conventuels et le délabrement de la belle église abbatiale. Il y pleuvait de tous côtés, on n'y trouvait plus de calice d'argent, pas une seule nappe décente, pour couvrir les autels. Une vingtaine de moines, néanmoins, n'observant aucune discipline, vivaient pauvrement dans cette abbaye de petites pensions, et de ce qu'ils pouvaient gagner à l'église. Dès 1590, les seigneurs de Châteauneuf avaient mis à leur tête, l'une de leurs créatures, Pierre Belut, en guise d'abbé, ou plutôt de loup, dit un chroniqueur de Solignac. Belut était de Pierre-Buffière : il n'eut que le souci de s'enrichir et de trouver dans le monastère une place pour un de ses neveux de même nom, qui lui succéda. Ce désordre dura ainsi, jusqu'en 1601.
Le nouvel abbé de Solignac, Jean Jaubert de Barraut, avait pris au sérieux, malgré sa jeunesse, le titre qu'il portait. Il plaida au Parlement de Bordeaux contre les usurpateurs des biens de l'Église; et ayant prouvé contre Pierre Belut la confidence, il fut reconnu légitime possesseur de l'abbaye. Il se préoccupa ensuite de réparer les ruines et d'introduire la réforme parmi les religieux. Dans ce but, le 27 août 1615, il signait « un concordat avec dom Maur Fontaines, prieur claustral de Saint-Augustin, et deux autres religieux de la même abbaye ». Par ses soins et à ses frais, cet arrangement était approuvé par le roi, et homologué en cour de Rome. L'exécution fut plus difficile. Les anciens religieux s'étant énergiquement opposés à la réforme, l'abbé de Solignac fut obligé de leur intenter un procès, qu'il gagna au bout de deux ans. Enfin, le 26 juin 1619, six religieux réformés de Saint- Augustin furent admis dans le monastère de Solignac, pour y faire revivre l'esprit de saint Benoît. L'abbaye fut alors, pendant quelques années, partagée en deux parties, comme beaucoup d'autres couvents de France, sujets à cette époque à la même épreuve. Une partie fut laissée, par l'abbé, aux anciens religieux, qui étaient au nombre de
i. Il était fils de noble Emeric, sénéchal de Bazas et comte de Barraut ; il était licencié en droit canon en 1598, quand il obtint ses bulles pour Tabbaye de Solignac, à Tàge de dix-huit ans. Il étudiait en philosophie et en théologie, au collège des Jésuites de la Flèche en 1603, était consacré évêque de Bazas à Rome, en août 1612, par le cardinal de la Rochefoucauld, et archevêque d'Arles en 1630. Tout jeune encore, dit un de ses panégyristes, Jean Jaubert était un modèle de toute sorte d'honnêteté et de probité. Cf. Bulletin de Limoges^ t. XLIII, p. 070 et Roy - Pierrefltte. Notices, Limoges, 1860, p. 37,
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A f>artir d** W/l, U' prioiat dt- duui Maiu )u..ni, ipu il.Jia iiin\ ans à Soli;;utt<' ^, avança lii»uu«'.<iup i «au vie di* lu lui uiJ4 ili4iijijii iii o reli;:ieux, «1 d<^ la n'ionm* df I itlihiiyi'. Ijtiuj Ju. »îUi ttaii ii.nn ^nmy un »ainl, el, en e!ï«;l, <1H !«' rlnuuiipj* u< tpij lui l« i^i/Ji^ lii . i.. acleh, ^' ceLail un ^«and n*li;4it'ii.« i:n vi.^ln tjl cij ii^A iimr. Il .iii^ji precuer* Mju\4;nl dan.*» I <';'li.->i' du \'iy.tii. ï Jia«pic diiiiuiii J.i H j;j« • cnail. ap^♦'^ dinet, d«in^ I i-^U^si' uï^inilmU t-i iî Im.tul i«. « aU,. hl. ijir apr4.'> v*-pr*5^, aan^ iu fii.juu*- <*j»api'l*t'. boj/i iVlani Iju^j^viii ♦.i.i*! aLU>*'. d* h>ainv-Au;zu^lin i-taii v»-ii4i piu/u «ii.- l-j*.- ^ r.'^i.'^i.,u i..i.ii pi>-uvij ausîï' d lii' ;itau<i /^-ii- d.tii.«- t.- p4 (OiidUoi* -. ;
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dimanche du mois ^t aux Irtcs do. I.i sainto Vi(»rî2:e. I.c pieux ]»rplîit nssistnlt luAmp, chaffue diinanc[if% aux (•îitt'H!hisïïit»s do I auliavp. txcpptê la dfrnié^rp annép flf» >o!i st^jour, a cause fU» ses iiirfnnuu)(ii1e< t*xtraor*dinairos. .\fais, meiué^ alors, ii iif* inancfiiait pus d'y envoyer ^f>s drjinesti<fueset lt»s autres personnes <le ^a maison, i*xeept*» ceux i|r>nt il lie pouvait se passer, (aî tut par de t<»ls «'(u*oura«enients, pins j't'tiear.es que h^s plus heaux «liseours, iiue la rétoi'rne iienedictiî)e s'implanta solidement aSolii^nac '. (l'ist dans <-ette aoliaye, «mi il faisait de lonirs s(*jours. «pion venait <*onsull(»r de lous cvU'^^ Tarehev^ffue d'Arles, l'un des prélats h»s plus distingues de ->tui temps.
I.a sacresse «-t les lumières de Jean «le Uarraut, -on application à ses devoir^s, ^on /ele pcair procurera stm diocèse des établissements i*t des rt'^tbrmes utiles, lui avaient acquis une piste lenoni— M)ée. Aussi mérita-t-tl de présidera rassemijiée .uoiu»raii^ du clerm* fie France, tenue à Parrs en IH*i5, l't «le haranguer le roi au nom des prélats. Cltjulroversiste î-PTuarquahle, il lit imprimera Hordeaux, à Irnis i*epris(»s, ^ous le titre d'/!^]' r/??f ri? et Fa ussÉ?f es, une rérutatioïu célèt)re a eptte «'q)oque, du livre de Pierre «lu Moulin, iiililutê Jioifrlirr de la foi '-.
H partit en I64rj. avec une ^anté «lélabrée, de -on abbaye de Soliurnac, N* mardi d'ajires la PiMitecote, pour S4'n aller a Paris, où il u)ourntle:»l juilh't suivant. Son cor-ps lui p(U*té a li(U'deaux. à la maison professe d(^s .!<'suitcs, et ^tui «'(eiir a la (lliartreuse de (riandiers, en Limousin. Bien «piun peu froisses de <*(Mte dernière préférence, les nénédictins dt» Srdiiinac, a «pu Jean de Harniul avait joujours lémoiixnc* heau(M)up d'atletnion, refidirent a Tarclievt^que «l'Arh's, leur abhi», les lionntMirs fuiiebirs les plus solennels. ( )» lui lit. <lan< la irrande «'j^lise, un «iftice avec tapisseries et cliaptdle ardentf». l)nm Mni'c Hastide, al)lie de Saint-Aun^ustin, vint, par «u'îlre du supérieur ,uiénérnl «les l)('Mi(Mlictins «le Saint-Maur\ p résilier Ir^ service divin a Snliizuac. Jean de Barrant «loniia \)[iv iestament la soifune «le irWH) livres aux pauvres de !a vilh^ Il lut extrêmement refrîv»tté des lialiitants «le Soliij,na(Mni"il avait proteui'sUe s*)n vivant, aniard qu'il avait pu. (»t d(»s religieux «le ral)have, «fui perdinMil en lui lin ^rnnd luenfaiteur, et un iïrandami«te leur ron<yv';aUn>ii.
:V^ lléformp iio^ lûmUlants à Saijii'Martin-leZ'L'LfnoqeH.
I/ancienne ahl»aye «le Saint-Mai-tin fut loiidée, 'HI-hu, par AiicIU5^, M'Vf* de saint Kloi, «'^vèque de Xnyon, vei's Tan «ilH, dans la propit* «l(»Tneure «le ses parents •*. (liMix-ei, luicher '»t nM'nuje, y «Paient
1. IMoot, /'VsvTj /,i}i(orf>t}ip. l. {, {). -223 «'t vioreri, Ihrt>oiniinrt\ t. VI, o. ^20H. •2. Iiuih»if» ih' Lftnofjt^s. art. l.prl«M*. t. vLlI!. p. .»ïi7. fiTl, <^r t. XLV. p. lîiii, *2i5»ï :{ Snint-Martin ntait c:Hin' ;m lias «le ta \'itle le i.imoLies, tout ni'es «te)* i*enriparts lin «^hAteaii. a 'li^) 'm-trps -li* Saint-Martial, i UK) -le SHiut-Auj^usli». LusanrippM l>At!ment< ,\f> l'ahhavp, .-onstniction «lu «lix-septuMiie ,^ie«'ie, mit t'ait placp, en \H*\\) a lliolel <in «•ommandaut 'lu ■Unizièine onrps «iJinuee, place J«>urdan. Dnconrtienx, Ltmnqi'K. !.57.
enterrés, et rep^ardés comme saints, puisque les pierres de leurs sépulcres servaient de tables d'autel *. Plusieurs fois détruit et rétabli aussitôt, le monastère confié en 1012 par Hilduin, évéque de Limoges, aux religieux bénédictins, jouit sous ce régime pendant tout le moyen-âge d'une grande prospérité 2. Pillée à deux reprises (1548 et 1563) par les troupes calvinistes, l'abbaye de Saint-Martin était presque en ruine, et ses revenus étaient perdus à la fin du seizième siècle, quand son cinquième et dernier abbé commendataire en fut pourvu par le roi. C'était Louis Marchandon, issu d'une ancienne et honorable famille deBénévent, dans la Marche, prieurcuré de Marsac ^ en 1584, ordonné prêtre en 1588 et nommé peu de temps après chanoine de la cathédrale de Limoges, dont il fut l'ornement par son zèle, sa science *, et son éminente piété. Il reçut en 1598 ses bulles pour Sairtt-Martin, et en prit possession, le 3 décembre de cette même année. Il se donna d'abord beaucoup de peine, pour remettre le temporel de Tabbaye sur l'ancien pied ^, Il n'arriva à recouvrer ses biens, usurpés par des seigneurs calvinistes, qu'en engageant un long procès contre l'un d'entre eux, nommé de Foucauld de Saint-Germain-Beaupré. Il eut gain de cause en 1615. Il mit aussi tout en œuvre, pour retrouver les titres et autres papiers précieux du monastère.
Mais l'état disciplinaire de l'abbaye était encore plus déplorable; trois religieux seulement l'occupaient; les autres étaient dispersés. Ce fut en vain que l'abbé Marchandon voulut rétablir Saint-Martin dans son premier éclat et son ancienne régularité. Bulles, excommunications, lettres du roi, tout fut inutile.
Alors il prit un parti qui prouve, à la fois, son désintéressement et son zèle pour la réforme des religieux. Il se démit de son abbaye entre les mains du pape, afin qu'elle fut unie à perpétuité à la congrégation des Pères de Notre-Dame de Feuillans, Ordre de Cîteaux, et que ces derniers fissent ce qu'il avait voulu et n'avait pu faire. Grégoire XV y concourut i)ar une bulle du 7 juin 1622. Sur le consentement du roi, de l'évêque, du clei-gé, de la justice et des consuls de la ville de Limoges, consentement qui fut donné le 11 septembre 1624, les Pères Feuillans
i . On les trouva vers fan 1100, et on les plaça décemment en 1631 . Le culte ^ qu'on portait à Limoges aux parents de saint Eloi fut très populaire au moyen- * àjre. Ponillê hislorkfw*, p. 127.
2. C'était au moyen-àge, pour l'abbaye de saint Martin, une prérogative précieuse de recevoir les évêques de Limoges avant la prise de possession de leur siège. Le prélat devait aller, après son sacre, faire une retraite de plusieurs jours à Saint-Martin. U était tenu d'y vivre ù la façon des moines, d'y vaquer à l'oraison, au recueillement et de se disposer ainsi à remplir dignement les fonctions épiscopales. C'est de l'église abbatiale de Saint-Martin qu'il était conduit processionnellement à la cathédrale pour son intronisation. JiuUetin de LhnoffpSj t. XL, p. 245 et suiv.
3. Bénéfice situé dans l'archiprôtré deBénévent, à la collation de l'abbé de ce lieu. La cure, sous le vocable de Saint-Pierre comptait, en 1760, prés de mille communiants. PoniUé histor., 307.
4. Marchandon était licencié iti ntroquejnve. D'après l'indication de ses bulles, ô. Le revenu annuel de Saint-Martin, en 1773, était de 3 000 livres. PouUIr,
prirent ix>ssesî>ion de Tabbaye de Saint-Martin le même jour ^. Ainsi ce monastère, qui ai)|)artenait auparavant aux fils de saint Benoit, vêtus de noir, passa à des moines blancs de TOrdre deCîteaux;et ses abbés, qui étaient à vie, devinrent triennaux. ]*e premier de ces abbés Feuillans, qui poila d abord le titre de prieur de Saint-Martin, fut Pierre Vincent de Saint-EJoi, fils d'un nommé Vincent, avocat à Limoges. Le nouvel al>bé, avec le secours de quelques personnes pieuses et les libéralités de Guillaume Nicot, marchand de la ville, fit relever les bâtiments conventuels et restaurer, pour le service divin, Tancienne chapelle de Saint-Jean, qui fut plus tard considérablement agrandie 2.
4^ Hé forme des Frèrei-Prècheurs de Limoges.
\jne dernière et importante réforme de couvents d'hommes eut lieu à Limoges, à la même époque : ce fut celle des Jacobins ou Frères-Prêcheurs, qui depuis longtemps avaient un collège, où ils enseignaient la philosophie et la théologie à leurs novices, et aux jeunes clercs du diocèse ^. La fondation du couvent des Dominicains de Limoges est liée à l'action apostolique de saint Dominique, qui, en 1220, étant de retour d'Espagne, envoya le Toulousain Pierre Gellani, de Paris, dans cette ville, où il fut reçu avec empressement par l'évêque et son chapitre. Cette maison, fondée de si bonne heure, fournit, au treizième siècle, une pléiade de religieux de tous points remarquables. Il suffit de rappeler les noms illustres de Gérard de Frachet, d'Etienne de Salanhac, et de Bernard Gui. Mais, loin de s'épuiser de cet effort, ce monastère ne cessa, dans les siècles suivants, de donner à l'Ordre des hommes distingués, qui se recommandèrent, soit par leur haute situation dans l'Eglise, soit par les œuvres de l'apostolat et les vertus les plus rares *.
1. Le saint abbù Marchandon ri^signa aussi» en 1028, le canonical qu'il avait à \fL catIuMralo. Il mourut dans la môme année, le 27 septembre, avec le désir et rintention de prendre l'habit des Feuillans. Ces religieux lui rendirent les honneurs dus au fondateur de leur monastère de Limoges, ils Tinhumérent dans le sanctuaire de leur église, et firent graver sur une lame de cuivre son épitaphe, qui célébrait justement ses mérites et ses vertus. Cf. infra. , 2. Labiche de Reit^neforl, 7.^'*- Saints du J/nnousin, Limoges, Barbou, t. II, p. 159, 1(35. Notons ici, d'après le PouHU' historiifut*^ que les dix offices claustraux de l'ancienne abbaye furent unis à la mense commune, par décret de 1624. De Bernage ne compte que sept religieux à Saint-Martin en 1698.
3. Les Frères-Prêcheurs de Limoges étaient établis au bout du fauboui-g Manigne. Leur couvent et ses dcpendances étaient très vastes, ils couvraieni tout le coteau qui domine le pont Saint- Martial, l'ne partie de leur chapelle sert aujourd'hui d'église à la paroisse Sainte-Marie. Les bâtiments conventuels servent de magasins à fourrages et de manutention. Un manège de cavalerie a été construit sur l'emplacement des jardins du couvent, Ducourtieux, Limoges, p, m et IÔ8.
4. Le couvent de Limoges ne le cédait en rien à aucun autre deTOrdre. Paul V déclarait, dans une bulle de l()l)6, qu'il était s^rti de ce couvent deux cardinaux, un archevêque, six évèques, plusieurs pénitenciers du pape, quarante missionnaires martyrisés chez les infidèles. 11 y avait eu autrefois jusqu'à cent vingt religieux à la fois. CL Bulh'fin de Litmnjcti, t. XL, p. i^r)0.
Une première fois dévasté en 1370, et dépouillé de ses précieux manuscrits par les soldats anglais du Prince Noir, quand ils mirent à sac la cité de Limoges, le couvent des Jacobins qu'on avait relevé, fut de nouveau détruit et même rasé par l'armée calviniste du duc des Deux Ponts, qui ravagea, en 1569, toute la banlieue de Limoges. Le gouverneur de la province, le comte des Cars, gentilhomme des plus zélés pour la cause catholique, s'empressa les années suivantes de restaurer en partie le célèbre couvent.
Mais les plaies morales du monastère étaient si invétérées, qu'elles subsistèrent encore longtemps sans aucun remède. L'évéque de Limoges, Henry de la Martonie, les pieux et zélés habitants de la ville, le prieurlui-mêmedes Jacobins, se rappelant avec tristesse Tancien éclat du couvent, déploraient sa perte, et voyaient, avec douleur, ses religieux négliger les constitutions de leur Ordre, et étaler en public le dérèglement de leurs mœurs. A l'instigation de Bardon de Brun, des lettres pressantes, qui sollicitaient la réforme urgente de cette communauté, furent adressées au pape Clément VIII, et au supérieur général de l'ordre des Dominicains. Pour arriver plus sûrement à leur fin, l'évêque, les consuls et les principaux citoyens de la ville de Limoges députèrent à Rome, le prieur du couvent, Ménalde Uabaud, animé du même zèle, et le chargèrent de remettre au maître-général de l'ordre des Frères-Prêcheurs, des lettres de leur part, par lesquelles il était instamment supplié d'envoyer à Limoges quelques religieux de la stricte observance, pour introduire la réforme dans ce monastère.
Le Père général, François Xavierre, accueillit avec bienveillance la requête du prieur de Limoges, et il informa lui-même ceux qui l'avaient délégué à Rome, de son intention de réaliser prochainement leurs vœux. En conséquence, il donna au provincial de Toulouse, l'ordre d'envoyer, à Limoges, trois frères du couvent, que Sébastien de Michaëli avait réformé. Les religieux qui fixèrent le choix du provincial, furent : le frère René Chaillant d'Angers, qu'il désigna comme prieur de la maison de Limoges, le frère Guillaume Guibert, limousin de naissance, et Pierre Daudière, diacre. Ils travaillèrent si heureusement à rétablir la stricte observance, que leurs bons exemples attirèrent.bientôt au couvent de Limoges et dans l'ordre des Dominicains, bon nombre de leurs étudiants ^. Le retour à la régularité ancienne, et en même temps
1^ Nous savons par les Registres Capitulaires de Saint-Etienne que, dès le 18 mars 1604, la réforme du couvent des Jacobins était en bonne voie. Aussi le chapitre de la cathédrale lui « baillait », à cette date, une attestation déclarant que, v( dès le jour de leur réformation, les Frères-Prôcheurs avaient mené une bonne discipline, régie et ordre en leur couvent, qu'ils y avaient fait le service divin avec grande dévotion et au contentement du public ». Cf. Leroux, Archi- VP8 histor., t. m, p, 5i. Notons encore ici les efforts que tirent alors les Pérès Jésuites se posant nettement en réformateurs de cet ordre religieux et exerçant sur lui toute Tautorité morale qu'ils possédaient déjà, pour ranimer dans ce corps éteint la vie spirituelle qui l'avait abandonné. Cf. Leroux, La lièfonne^ p. 116.
la restauration des études littéraires et ecclésiastiques, qui avaient établi autrefois la renommée du collège des Jacobins, tel était le double vœu que le nouveau pape Paul V formulait, dans sa bulle adressée, en mai 1606, à Tofficial du diocèse, Pierre Boyol. Il précisait aussi le but tout spécial que devait atteindre la réforme du couvent, c'est à dire l'établissement d'une solide école de controverse, contre les protestants de la région.
Deux ans s'étaient à peine écoulés que les Pères de cette maison, à qui la réforme était odieuse, recoururent à une ruse malhonnête, pour s'en débarrasser. Ils fabriquèrent de fausses lettres au nom du maître général de l'Ordre, d'après lesquelles ce supérieur commandait aux religieux réformés, de s'en retourner à Toulouse. Les bons religieux, trop crédules, tombèrent dans le piège, et, abandonnant aussitôt le couvent, ils compromirent la réforme, qu'ils avaient si bien commencée. Les supplications des meilleurs citoyens de Limoges, qui leur avaient donné de grandes preuves d'affection, et prodigué d'abondantes aumônes, ne purent les retenir.
L'œuvre de la réforme des Dominicains resta donc inachevée, jusqu'à ce que de bons et pieux citoyens de Limoges, inspirés encore par Bardon de Brun, renouvelèrent leurs pressantes démarches auprès du Père Général des Frères-Prêcheurs. Celui-ci, qui était alors le P. Séraphin Sicco, y répondit favorablement, par une lettre qu'il adressa de Rome, le 9 juillet 1621, au P. Georges Laugier, son vicaire général en France. « Des citoyens de Limoges, y est-il c( dit, nous ont très instamment sollicité de vouloir établir la ré- « forme dans le couvent de cette ville, et nous ont assuré que cela a serait fort agréable, au révérendissime évêque, à son clergé, aux « magistrats, et aux citoyens du dit lieu. En conséquence, nous <îc vous commandons, par la présente, de vous rendre sans retard à (( Limoges, et d'établir dans le susdit couvent, la réforme selon les « constitutions de notre Ordre. Vous aurez soin de disposer nos a frères qui l'habitent à accepter nos règles, et pour réussir en cela « avec plus de sûreté, vous ferez venir dans cette maison quelques « frères réformés de votre communauté. Vous êtes autorisé à dé- (( poser de sa charge le prieur actuel de Limoges, Guillaume Sicré, c( s'il refuse ou néglige d'appliquer la réforme. Vous mettrez à sa ft place un religieux de mérite et de vertu éprouvés, tels que le « P. Guillaume Guibert, sous-prieur du couvent de TAnnonciade, « à Paris, ou le P. André Lagarde, ou tout autre que, dans votre « sagesse, vous jugerez apte à accomplir cette œuvre. Dans ce but, « nous vous accordons tous les pouvoirs nécessaires sur les autres « frères qui, résidant dans le couvent de Limoges, seraient opposés « à la réforme. Moyennant l'agrément du provincial de Toulouse, « vous les placerez dans d'autres maisons, et s'ils refusent d'obéir <K à vos ordres, vous les frapperez de la peine d'excommunication a latœ sententiœ^ qu'ils encourront après une triple monition cano- (( nique. »
Conformément à ces instructions, le P. Laugier se rendit à Li-
moges, et apporta tous ses soins à établir dans le couvent de son Ordre, la réforme tant désirée de tous, excepté des anciens religieux. Il amena avec lui, pour les laisser à Limoges, quatre de ses confrères, qui devaient initier les autres aux pratiques de la stricte observance de l'Ordre. C'étaient Thomas Gergot, limousin, qui eut le titre de prieur du couvent réformé, André Lagarde, Hyacinthe Decordes, et plusieurs autres successivement ^
L'application de la réforme ne se fit pas sans de sérieuses difficultés. Quelques-uns des anciens religieux opposèrent une vive résistance, dont on n'eut raison cette fois qu'en recourant au bras séculier. Gaspard Ben oist, ancien consul et chef de la milice bourgeoise de Limoges, vint procéder dans le couvent à l'expulsion des opposants, qui n'avaient de religieux que le nom. On fut même obligé de tirer dans cette circonstance, quelques coups d'armes à feu, qui ne semblent pas pourtant avoir blessé personne 2. Cette introduction forcée de la réforme de la province de Toulouse eut lieu ainsi le 30 avril 1622, en conséquence de la bulle précitée, d'un ordre du roi et d'un arrêt du Parlement de Bordeaux 3.
Les années suivantes, on travailla activement à la restauration matérielle et morale du couvent. A l'aide de libéralités abondantes des personnes pieuses, on répara les bâtiments conventuels, qui étaient en partie ruinés et détruits ;on pourvut la sacristie de l'église, très appauvrie, de nouveaux ornements et de vases sacrés, et l'on augmenta considérablement la bibliothèque. D'autre part, les études sacrées du collège reprirent peu à peu leur ancien éclat, deux professeurs de théologie, deux de philosophie, six prêtres et deux frères convers constituèrent au début le personnel du couvent. Puis les religieux donnèrent l'habit de frère à un grand nombre de jeunes gens de bonne volonté, qui furent des propagateurs ardents de la réforme religieuse. Le couvent de Limoges ne tarda pas, d'ailleurs, à échapper à la juridiction du Provincial non réformé, et à être uni à la congrégation de la stricte observance du P. Sébastien Michaëlis, de Toulouse.
Parmi les Dominicains qui se distinguèrent le plus par leurs talents et leurs vertus, dans le cours du dix-septième siècle, ncu3 devons citer, d'abord, les premiers prieurs qui établirent la réforme : Thomas Gergot, Gérald Garcias et François Secousse, et signaler particulièrement, comme ayant laissé un souvenir impérissable (le zèle et de sainteté dans le diocèse de Limoges, dont ils tiraient tous leur origine, cinq missionnaires et prédicateurs des
1. BuflPthi de la Socwlr archrol. du. Limousin., t. XL. p. 261 et 330, 332.
2. Nobiliairp de Limoqc», t. 1, p. 201. Gaspard Benoist, fils de Mathieu, conseiller au Présidial de Limoges, exerça la même charge après la mort de son père. 11 épousa sa cousine, Marie Benoisl, fille de Martial, trésorier général et chef de la Ligue à Limoges. Il y prit lui-même une grande part. Il était consul en 1615. Il se trouva au siège de la Rochelle et fut complimenté par Louis XIII sur son éloquence. Il fut aussi trésorier de France à Limoges. Il mourut de la peste à Chàteau-Ponsat, le 15 septembre 163 L II se conduisit toujours comme un ardent catholique, ami des évêques de Limoges.