‹ La réforme chrétienne des études classiques [microforme]Chapitre 20 sur 49 · ON NE SAIT PAS LE BEAU LATIN, PRINCIPAL OBJET DES ETUDES · texte numérisé non relu

ON NE SAIT PAS LE BEAU LATIN, PRINCIPAL OBJET DES ETUDES

On n'étudiera plus, on ne saura plus le beau latin ! telle est l'éternelle fin de uon-recevoir qu'on oppose à la réformé de l’enseignement. SAN

Quand même la méthode païenne serait un moyen sûr et infaillible d'apprendre parfaitement le latin, on ne peut continuer à la suivre sans être crimivel,'car, de l’aveu de tous, le beau latin n'est.en fin de comnte qu'un accessoire, qu’une affaire de pur agrément dont on peut très-bien sc passer, tandis que les intérêts, que l’on conipromet ravement et que même l'on sacrifie en suivant cette méthode, sont de la plus haute importance et requièrent des soins assidus.

Mais, il y a plus : la faute que l’on commet est doublée de sottise. Ce beau latin, qu’on s'obstine à chercher dans les seuls livres païens et auquel on sacrifie tout, on n’en sait absolument rien, à vrai dire, Il ne peut guère en être autrement, puisqu'on ne sait pas même ce que c’est. Après l'avoir remué en tout sens pendant de longues années, on le laisse tout entier là où il était, c'est-à-dire dans les livres qui lui servent de sanctuaire; on ne parvient pas à en détacher la plus petite parcelle.

Je le demande à tous ceux qui ont fait des études classiques, que savaient-ils du beau latin de Virgile et de Cicéron au sortir du collége et qu’en savent-ils encore aujourd’hui ? La réponse à cette question démontre péremptoirement l'absurdité de la méthode en vigueur depuis la Renaissance : ils n'en saveht rien ou

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à peu près rien. Après avoir péniblement labouré à travers tant

d'auteurs païens, après s'être exercés six ou sept ans sur les théêmes et les versions, sur les versions et les thêmes, ils se sont mis tout juste en état de traduire d’une façon quelconque, toujours eu s’aidant du dictionnaire, les passages les plus faviles de ces auteurs. Quant à les interpréter en entier et à première vue, ils en sont tout-à-fait incapables.

Mais supposons que l’on sache bien interpréter les classiques ; est-ce à dire pour cela qu'on saura le latin? Pas le moins du monde. Savoir une langue, c’est pouvoir, non-seulement comprendre ceux qui là parlent et l’écrivent, maïs c'est surtout pouvoir la parler soi-même et. l'écrire correctement. Or, où sont-ils parmi nous les heureux, mortels à qui les études classiques ont donné la faculté de parler et d'écrire correctement 1a langue de Virgile et de Cicéron? ÆRari nantes in gqurgite vasto ; on ne les compte pas par dizaines, tant s’en faut. De tous ceux qui n'ont appris le latin que dans les classiques, qui le possède assez pour improviser de suite deux phrases vraiment latines, de dix mots chacune ? Si l’on donne le loisir de les écrire, mais sans per: mettre l'usage de la grammaire et du dictionnaire, qui pourra les formuler correctement ? J'épreuve n'est pas terriblé, et cepen. dant, pour tous à peu près, il est impossible d'atteindre là. Ou peut même permettre l'usage de la grammaire et du dictionnaire ; il n’empêchera pas ces phrases d’être fort mal bâties.

Voilà donc, tout compte bien tiré, où nous en sommes aujourd’hui en fait de connaissance du prétendu beau latin. Nous ne le comprenons que d'une manière imparfaite, les plus habiles comme les autres, puisqu'ils s'accusent réciproquement, dans les préfaces de leurs traductions d'auteurs latins, de n'avoir pas saisi le sens de tel et tel mot, de tel et tel passage ; nous ne savons pas l'écrire et nous savons encore moins le parler. En deux mots, noûs ne le savons pas du tout. Et c’est pour arriver à me pas savoir le latin du tout qu'on l'étudie pendant six ou sept ans ! En vérité, c'est un tour de force à rebours qui jettera les sièeles

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