‹ La réforme chrétienne des études classiques [microforme]Chapitre 22 sur 49 · PO, À. LA · texte numérisé non relu

PO, À. LA

bien lui. Or, voyons donc, d’après des témoignages irrécusables, comment on sait aujourd'hui lé latin,en France,

Dès 1782, Mercier écrivait : « Il ÿY a dix colléges de plein exercice à Paris ; on y emploie sept ou huit ans pour apprendre la langue latine, et sur cent écoliers, QUATRE-VINGT-DIX-NEUF en sortent sans le savoir. »

Plus tard, M. Lenormant, qu'on ne peut pas, soupçonner de donner dans l'exagération,. puisqu'il a chaudement combattu les idées de Mgr Gaume sur l'enseignement, a publié ce qui suit ; « Le dicton des écoles du moyer- âge, trouve à s'appliquer sans restriction chez nous : * Grœcum est, non ligitur, c'est du, grec, cela ne s'explique pas. Quant au latin, s’il y a deux cents personnes à Paris. et cinq cents dans la France qui en lisent pour leur plaisir, c'est beauconp dire. » Ailleurs il dit: « J'avais fait comme les autres, et généralement sous de dons professeurs, le cours d’études de cette, fameuse Université. On trouvera mon nom parmi les lauréats de l’époque ; et pourtant, lorsque je voulus remonter sérieusement à la source des études classiques, dès la première épreuve, JE ME :SENTIS. D'UNE IGNORANCE FABULEUSE. »

M. Gâtien Arhoult, professeur et examinateur de l’Université, ajouté : « Le grec ét le latin, cex objets apparents des études collégiales, sont mal enseignés : la preuve en est que TOUS les élèves ignorent le grec et Qu'AUCUN ne sait bien le latin. ‘Au reste, pour la valeur scientifique de l'enseignement en France, il existe une infaillible pierre de touche : ce sont les éxamens dits du baccalauréat. Eh bién! je le déclare franchement : il y a sept ans que ÿ ai fait pour la première fois ces examens, et depuis sept ans, je n'ai pas trouvé UN SEUI. candidat sur dix qui répondit même :passablement. » 1. OUEN

Un autre membre de l’Université, in isine de duilophiédans un des lycées les plus importants, et dont Mgr Dupanloup

a lui-même cité les paroles pour démontrer qu'il fallait relever le niveau des études, écrivait à son tour : «- Le niveau des études est présentemeïit si bas, qué: c'est une question de savoir s'il

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peut; baisser encore. Partout, même à Paris, où nos habitudes de centralisation expédient chaque année les plus brillants sujets de la province, la moyenne des’ classés est déplo.… blement füible, A Paris, entre les cinq ou six premiers et le reste de la classe, 7 y a un ‘abîme; il y en à nt autre ‘entre les dix suivants et ‘ve qu'on appelle la queue de la ‘élassé!" Or, cetté queue est interminable.'" Si bien qu'entre le vingtième et le soixantième, il n’y a pas de différence sérieuse. Le soixantième est ‘un 2éro, le vingtièmé un infiniment ls Dans les départements, c'est la même chose. For « Ces appréciations se vérifient de la' manière la plus irréfragable et la plus triste aux épreuves du baccalauréat! ‘Les Fatultés ne*sont pas bien méchantes ; et cependant la ‘proportion dés candidats refusés pour n'avoir pas su faire passäablement une:version, est vraiment formidable. Quant aux épréuves orales, je prie Dieu de toute non âmé qu'il n’y amène jamais un spectateur Alleniand ou Anglaïs, où du moins qu'il épargne à mon amourpropre la douleur et l’humiliation de m'yÿ' trouver à côté de lui. Jen'ai pas le conrage d'en dire davantage : onggeut aller voir.» Dans son livre de l'Education, publié èn 1850, époque antérieure à la publication du Ver rongeur, Mer. Dütatiléub! qui a bien changé depuis lors, écrivait ce qui suit : « Combien sortérit de rhétorique sans avoir même appris les éléments les plus vulgaires de ce triste latin, de ce triste grec, sur lequel'oti les à condamnés à pâlir les dix plus belgs années de leur ‘vié! A Paris, on le sait, ce n’est guère moïns de quatre-vingt ou quatre vingt-dix sur cént . Pauvres jéunes gens! ‘instruits dans l'ignorance, ju le disait un grand 'poëté, condamnés par une

éducation barbare, à demeurer des êtres plus ou moins 4

diocres, plus ou moins misérables...... n° 1

Cette ignorance du latin: n’est ‘pas seulement le fait des élèves, elle atteint aussi les professeurs. Il ÿ a cent ans, le P.:Judde, jésuite, disait aux régents dé'sa compagnie : 1 Vous ne pouvez, sans y'mettre beducoup de: temps, fa‘re un thême qui vaille quelque chose. »

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Pour se moquer des discours latins qui se faisaient au: grand conçours et qui n'avaient de latin que l'apparence ; pour montrer en même temps combien il est ridicule de vouloir apprendre le langue de Cicéron, qui n’est plus une langue parlée, un lauréat de l’Université, Alphonse Karr, écrivait : « Omnium facile savantorum consensu, illud unice utile est assequi hominibus nt, omnis juventutis ardore et assiduo labore, illas tantummodo linguas parlent quæ nusquam parlentur et nullius usagë possunt fieri. Sunt quidam nebulones et mechantes qui prætendunt banc instructionem esse omnino inutilem et creusam. His nebulonibus et mechantis inter quos numerandus est quidam Alphonsus Karrus, respondere victoriose han: pratio babet pro buto..:.. etc. »

Le latin n’est done pas su aujourd’ hui, quoi qu'il soit l'objet principal des études classiques : voilà un fait aussi éclatant que le soleil qui brille en plein midi. Que déduire de là ? Que ceux qui l'enseignent et ceux qui l'étudient sont tous de parfaits imbéciles, ou que le mode d'enseignement que l'on suit est radicalement vicieux il n’y a pas à sortir de ce dilemme. Comme la première hy se est tout-à-fait insoutenable, il faut de tonte nécessité admettre que la seconde conclusion est rigoureusement vraie,

Qu'on veuille done le comprendre une bonne fois : le père du mensonge retire seul tous les profits de la méthode actuelle d'enseignement. C'est en faisant miroiter le beau latin aux yeux du monde lettré qu'il distille, sous le charme de l'illusion, le virus païen qu 'satanique dans les veines du corps social, Le beau latiu n’est qu'un fantôme séduisant qui sert de voile au piége de l'ennemi. : Plus on cherche. à le saisir, plus il fuit; en courant après lui, on traverse nécéssairement des pays empestés, et l'on prend la maladie. Nous sommes ainsi ernellement joués depuis plus.de trois siècles; allons-nous oonsentir à l'être plus longtemps? Quoique Molvch demande totjjours des sure cessons de lui immoler chaque nouvelle génération.

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