POUVONS-NOUS SA VOIR LE LATIN PAIEN
C'est un fait incontestable, évident : la langue cicéronienne, * quelque large place qu’elle occupe dans les études classiques, quelques sacrifices que l’on ait fait en sa faveur, sacrifices de temps et sacrifices d'argent, n’est plus guère aujourd’hui qu'une lettre morte. Nous l’ignorons si bien que nous ne pouvons ni l'écrire ni la parler correctement, que souvent même nous sommes incapables de trouver le vrai sens des mots qu’elle renferme, C’est à tel point qu'un homme de génie a pu dire : Dans quelques années, Ü n'y aura pas en France un homme capable de faire en latin l'épitaphe de la langue latine. Ce qui est vrai de la France, est vrai du Canada, est vrai de l’Europe entière.
Qu'on ne sache point le latin dans notre siècle de lumières et de progrès, il n’y à pas lieu de s’en étonner beaucoup, puisqu'on ne l'a jamais su depuis la Renaissance. En effet, si l’on en croit les humanistes les plus en renom, ceux qui ont consacré leur vie à l'étude du latin antique, qui l'ont constamment écrit et parlé, les uns pendant vingt ans, les autres pendant quarante ans, euxmêmes pouvaient à peine en balbutier quelques mots.
« Tous ces grands latinistes, dit un savant auteur, ont écrit les uns contre les autres de gros volumes pour se prouver mutuellement.qu’ils ne connaissaient pas un mot de latin; qu'ils ne comprenaient pas le latin ; qu'ils ne savaient pas le traduire; qu'ils ne savaient pas distinguer à quel langage, sérieux ou vulgaire,
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