‹ La réforme chrétienne des études classiques [microforme]Chapitre 24 sur 49 · O2 EN · texte numérisé non relu

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appartenaient tels ou tels mots ; qu'ils se rendaient coupables de barbarismes et de solécismes, et qu'ils étaient parfaitement incapables de juger du mérite relatif et même de la latinité plus ou moins pure des anciens auteurs. Rien n’est plus curieux et en même temps plus instructif que cette longne querelle, qui a duré près de deux cents ans, sans qu'on ait pu et sans qu'ou puisse jamais savoir qui avait tort ou raison.

« Bembo :se flatte de parler latin avec tant de pureté, qu'il u’emploie aucun mot qui ne soit tiré de Cicéron, et Juste Lipse lui prouve longuement qu'au lieu d'être cicéronien, souvent il u’est pas même latin. Erasme croit avoir le monopole de la belle latinité ; beaucoup le croient comme lui. Scaliger le renvoie cavalièrement à l’école pour apprendre la grammaire et éviter les innombrables fautes de latin dont fourmillent ses ouvrages... Scaliger, qui se croit si fort en latin, est lui-même remis à sa place par Scioppius Le P. jésuite Strada publie son histoire De bello Belgico, qui passe pour être écrite dans le latin le plus pur. Scioppius signale plus de mille expressions impropres ou barbares dans la première décade seulement.

"« Arrive Lambecius, qui prouve doctement à Scioppius qu ‘il

u’est qu’un ignorant, un jaloux, et l’appelle poliment le chien de lu grammaire : canis grammaticus. Santeuil paraît ; ses Hymnes éxcitent l'admiration des plus fins latinistes : Ménage, la Monnoye et d’autres encore démovutrent qu'elles fourmillent ds fautes de latin. |

« Dès l'aurore de la Renaissance, Laurent Valla se donne pour le restaurateur du beau latin du siècle d'or. Il publie, en latin prétendu cicéronien, un gros volume iu-quarto sur cette langue antique. Pogge lui répond,par un autre gros volume in-quarto, dans lequel il lui prouve, par les meilleurs auteurs du siècle d'or, qu'il ne sait pas faire une phrase latine ; puis il termine en le faisant conduire en triomphe par un âne couronné de fumier. Valla riposte par uu énorme volume, dans lequel il établit, sur une foule de textes des meilleurs auteurs, qu'en fait de latin Pogge est un barbare.

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« Non-seulement ils ne savent, de leur propre aveu, ni parler ni écrire correctement le latin antique, souvent même ils se montrent incapables de le distinguer du latin moderne. Cent fois on s’est amusé à les mettre en défaut, en leur donnant comme modernes certaines pages inédites des auteurs anciens, qu'ils critiquaient avec autant de confiance que d'amertume, et comme unciennes des narrations ou des fables composées de la veille, et dans lesquelles ils trouvaient le parfum de la plus pure antiquité. Leur ignorance va jusqu’à se tromper sur la légitimité des termes et des expressions, rejetant comme barbare ce qui est latin et admettant comme latin ce qui est barbare .….. Plus encore que la légitimité des termes et des phrases, les nuances des mots leur échappent. »

Si les maîtres, ceux qui ont toujours passé pour avoir excellé dans la connaissauce de la langue latine païenae, l'ont eux-mêmes ignorée; si nous la savons encore infiniment moins qu'eux, comment pouvons-nous prétendre qu'il est possible de parvenir à la posséder, et pourquoi agissons-nous comme si c'était.le cas ? Non; uous ne pouvons pas savoir le latin païen, l’étudierionsnous toute notre vie. On aura beau crier et eontredire, rien ne détruira ce fait qui parle plus haut que toutes les démonstrations et que tous les arguments : le monde lettré étudie la langue de Jicéron depuis la Renaissance, c'est-à-dire depuis quatre cents ans, et à n'a jamais pu l'apprendre. L'expérience est done plus que suffisamment faite. Si le latin antique pouvait s'apprendre, à l’ardeur avec laquelle il a été étudié, nos devanciers l’auraient su et nous le saurions nous-mêmes. C’est: clair comme deux et deux font quatre.

L'impossibilité où nous sommes de savoir le latin païen ne doit pas nous surprendre : le bon sens veut qu'il en soit ainsi. Si les Renaissants avaient eu le bon esprit de réfléchir avant de s’abandonner à leur fol enthousiasme pour le, paganisme littéraire ; si nous eussions voulu réfléchir nous-mêmes au lieu de nous jeter tête baissée sur leurs traces, ils auraient compris et nous aurions compris comme eux que vouloir apprendre la langue de Virgile

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