‹ La réforme chrétienne des études classiques [microforme]Chapitre 25 sur 49 · SEE LE · texte numérisé non relu

SEE LE

a creme

Dé

et de Cicéron, c'est se livrer à un trava} d'autant plus ingrat qu’ilest contre nature, Comment cela ? Le voici.

La langue du siècle d’ Auguste, comme la langue d'Homère et de Périclès, est une langue morte,"c’est à dire une langue qui n’est plus parlée. Or, il n’est pas plus possible de ressusciter une langue morte et de lui donner de nouveau cours dans le monde qu'il n’est possible de faire revivre le peuple à qui elle servait de truchement. Le fait qu’une langue tombe en désuétude et meurt, surtout lorsque, considérée en elle-même, elle possède de précieuses qualités, est un fait trop grave pour qu'il ne soit pas voulu et amené par la force des choses, et contre cette force il n'y a pas de résistance qui tienne. Pourquoi donc la langue de Cicéron est-elle tombée en désuétude et n'est-elle plus qu'une langue morte depuis près de dix-neuf siècles ? Parce qu'elle est devenue d'un usage impossible, étant tout-à-{ait impropre à servir d’interprète à la société régénérée par la Croix On l’a laissée là, si belle qu’elle suit en elle-même, parce que les mots ou les signes, dont elle se compose, ne répondent. pour la plupart, à rien de ce que la société chrétienne a besoin d'exprimer, de la même manière qu’on met de côté les vêtements de l'enfance pour prendre ceux de la virilité lorsqu'on est parvenu à l'âge mûr. L'homme de quarante ans, qui voudrait revêtir le même gracieux petit costume qu’il portait à dix ans, n’y parviendrait pas, quelque effort qu'il fit, et, de plus, il passerait avec raison pour fou. Plus insensés sommes-nous lorsque nous négligeons l’étude des langues vivantes pour nous adonner à celle des langues mortes.

La langue latine païcnne était celle qu'il fallait au peuple qui l’a parlée. Elle est en harmonie parfaite avec les idées, les sentiments, les opinions, les usages, les lois, les institutions, la vie publique et privée, la religion des anciens Romains ; mais juste ment parce qu’elle est l'expression adiquate de tout cela, il est de la dernière impossibilité qu’elle puisse revivre aujourd’hui et que nous püissions l’apprendre. Par la prédication de l'Evangile, les vieilles erreurs, que la langue païenne traduisait fort bien, ont été dissipées, et tout un monde d'idées nouvelles les a rem-

grat

re et à qui r une onde it de neurt,.

> préit pas orce il que de qu'une elle est \ servir ée là, si signes, n de ce ème Maprendre ‘homme ux petit que ef- Plus langues

uple qui les sens, la vie his juste il est de ui et que vangile, ort bien,

sg à reni-

placées. La société s'est assise et reconstituée sur des bâses entièrement différentes : usages, institutions, vie publique et privée, idées politiques, philosophiques ou religieuses, tout a été complétement changé; rien n’est resté debout de l'ancien ordre païen. Or, à une société essentiellement différente de la vieille société romaine, la langue de Cicéron ne pouvait plus convenir et devenait inintelligible; il lui en fallait nécessairement une autre, car une langue n’est et ne peut être que l'expression de la société qui la parle. Voilà pourquoi la langue de Cicéron a cessé d’avoir cours, et voilà pourquoi aussi une autre langue latine s’est formée, non moins belle que l’ancienne, puisqu'elle est l'êcho fidèle de la société dans laquelle elle s’est incarnée. Cette langue est la langue latine chrétienne dont nous aurons à nous occuper dans les chapitres suivants.

Pour entendre parfaitement le latin païen, mais surtout pour l'écrire et le parler avec correction et:avec élégance, il faudrait, tout en demeurant dans le milieu où nous sommes, nous dépouiller de nous-mêmes pour devenir de vrais citoyens de l’ancienne Rome, ce qui est vraiment impossible, Nous connaissons assez l'antiquité pour être mal influencés par elle, mais pas assez pour pénétrer dans le! sanctuaire intime de son Verbe. Etant toujours forcément étrangers aux croyances, aux mœurs, aux usages, aux habitudes particulières du peuple qui a parlé l'antique latin, le génie de cette langue nous manquera toujours. Jamais nous ne pourroûs donner aux phrases qe cachet, aux mots cette signification ct ces nuances qu'ils ont dans les auteurs anciens ; tout cela nous échappe.

« Combien de transpositions, de placements de prépositions, d'adjectifs ou d’adverbes, que nous regardons comme des élégances ! dit l’auteur que je citais tout à l'heure. (Combien de tournures que nous croyous employer à coup sûr dans un cas donné et qui feraient éclater de rire les Grecs et les Romains, comme nous faisons nous-mêmes quand nous entendons les étrangers parler notre langue. Ajoutez que nous n'avons pas d’autorité infaillible qui puisse redresser nos erreurs. De là, ce mot

RS

acer

parement

ne PE tr EIRE

au mr

Lara

d'un fameux latiniste parlant de l’ardeur avec laquelle Jes peuples: modernes s'appliquent, depuis la Renaissance, à l'étude de la langue cicéronienne : C’est semer de la furine et moissonner de la cendre... Si les-étrangers n'entendent et ne parlent jamais notre langue dans la dernière perfection, malgré l’avantage qu'ils ont de l’apprendre des naturels français, nous sommes de bien pire condition à l'égard de la langue latine et de la langue grecque. »

Encore une fois, la langue latine païenne est tombée en désuétude et elle est morte, non pas, comme disent les niais traités de littérature qu'on étudie au collége, parec qu'il ne s’est plus rencontré après le siècle d’Auguste des hommes de génie, de talent et de goût capables de la manier convenablement, mais parce qu’elle n’était plus le signe extérieur en rapport exact avec les idées à échanger. C’est donc une vieille défroque, qu’on a rejetée par la raison qu'elle n'allait pas à la taille de la société chrétienne; c'est un cadavre qui restera toujours cadavre, quelques efforts que l’on fasse pour le ranimer.

Que répondrait-on à celui qui, pris d'un beau zèle pour les choses antiques, nous proposerait de réorganiser la marine, les armées, le système postal, le commerce, coinme ils l’étaient du temps des Grecs et des Romains ?—Mais, lui dirait-ou, trêve d’excentricités et de folies, s’il vous plaît. Les progrès de l'ordre matériel sont teis aujourd'hui que l'organisation de ses divers rouages doit être essentiellement différente de celle qui était en vigueur chez les Anciens. Ce qui leur suffisait ne nous suffit plus.—Or, si nous raisonnons de la sorte en ce qui concerne les progrès de l'ordre matériel, à combien plus forte raison devons-nous raisonner de la même manière par rapport aux changements surveuus, depuis l’avènement du Ührist, dans l’ordre social et dans l’ordre religieux. La langue, qui fut l'expression parfaite de l'ancien ordre de choses, ne peut servir d'expression à l'ordre nouveau, essentiellement différent do l’ancien.

C'est donc un sot travail, un travail à rebours et contre nature que d’user toutes nos forces, comme nous faisons, à l'étude de la

le les ‘étude issonparlent l'avansommes + de la

1] désuéraités de plus rende talent ais parce t avec les on a rejeiété chréquelques

> pour les marine, les étaient du it-ou, trêve ès de l'orde ses dile qui était e nous sufjui concerne raison deaux chandans l'ordre l'expression expression à

kontee pature l'étude de la

sm : DT se

langue latine païenne, que nous ne parviendrons jamais à apprendre, et qui ne nous serait d'aucuue utilité quand même nous réussirions à la bien comprendre et à la bien parler.

Quelle ést la conséquence de ce travail à rebours? « Les jeunes gens, dit le P, Ventura, que l'on cloue à l’étude des auteurs classiques, malgré tout l’empressement qu'ils y portent et tous les efforts qu'ils font, sentent que, loin de parvenir à s’en approprier le style et le langage, ils n'arrivent pas même à les comprendre. Ils se découragent donc, ils prennent leur parti, ils renoncent à un bnt qui leur paraît impossible à atteindre : soins, industrie et travaux des maîtres, promesses et menaces de la part des parents pour relever et soutenir leur courage, rien n’y fait, Cela nous explique ce fait lamentable, que, sur une classe de cinquante élèves d'humanités, le professeur est bien heureux s’il en trouve dix qui y fassent quelques progrès, tandis que tous les autres y perdent leurs meilleures années, croupissent dans la paresse et dans les désordres qui en sont les conséquences. Or, une méthode qui, au moyen des plus grands sacrifices de toute espèce, n’obtient que d'aussi pauvres résultats n’a pas besin qu’on la réfute : Île est jugée et condamnée par elle-même.

« Done, s’obstiner à ce que le latin ne soit appris que dans les classiques païens, c'est mettre un tel apprentissage à des conditions dures, injustes et même impossibles à remplir: c’est faire de cet apprentissage un long martyre pour les jeunes gens ; c'est leur inspirer le dégoût, la haine et la terreur de cette même latinité qu’on veut leur faire apprendre.

P f ti Î k

Page 1