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est pour le moins original! Vous êtes donc d'avis qu'il y h deux langues latines différentes : une langue latine chrétienne et une langue latine païenne ? Mais le latin n'est toujours que du latin ; il n’est pas susceptible de prendre un caractère religieux ; il n'a pas changé de nature pour avoir été parlé par des hommes de croyances différentes. Voudriez-vous vous donner le ridicule de soutenir qu'il y a deux langues anglaises et deux langues françaises, parce que des hommes, qui ne professent pas la même religion, parlent chacune de ces langues ? Sachez que vous ne prêtez pas moins à rire avec vos deux langues latines. Par un zèle mal éclairé, vous vous jetez dans de singulières extravagances.
Tout cela est bientôt dit, mais n’est pas sitôt prouvé. La remarque, que l'on fait par rapport aux langues française et auglaise, porte totalement à faux, car, d'abord, ces langues, comme toutes les langues modernes, sont essentiellement chrétiennes, étant toutes nées du christianisme ; ensuite, elles n’ont été parlées que par des chrétiens chez qui toutes les mêmes idées avaient cours, même chez ceux qui ont eu le malheur de tomber dans l’hérésie, le schisme ou l’impiété, puisque l'erreur s’est toujours trouvée en face de la vérité qui l’a combattue en s’affirmant. Par cela même, elle a donc toujours été obligée de connaître toutes les formules de la vérité chrétienne. Donc, les langues française et anglaise se sont nécessairement conservées une, quoiqu'il faille avouer néanmoins, ce qui est tout à l'avantage de la thèse que je soutiens, que l'erreur, en les prenant pour organes, a constamment tendu à les altérer et à les corrompre. Voilà pourquoi, par exemple, il y a aujourd’hui si peu de Français, à Paris même, qui parlent purement le français : le désordre et le faux de leurs idées déteint sur leur langage. Ils ne prennent plus les termes dans leur acception propre ; ils en dénaturent le sens. Pour le latin, comme il a été, relativement à ceux qui l'ont parlé, dans de tout autres conditions que les langues modernes, on ue peut pas raisonner a pari.
On s'étonne que nous soutenions qu’il y a deux langues latines
différentes; on rit de notre manière d'euvisager les choses ; on la trouve même dénuée de sens commun.
Ce qu’il y a d'étonnant, c'est que des hommes qui reconnaissent l'existence d’une Rome païenne et d’une Rome chrétienne ; d'une société, Cité du Mal, dont Rome païenne fut le château-fort, et d'une autre société, Cité du Bien, dont Rome chrétienne est la forteresse inexpugnable, ne soient pas capables de comprendre que ces deux Romes, avec les sociétés dont elles ont été l'âme, aient parlé deux langues essentiellement différentes, quoique latines toutes les deux.
Rome païcnne, comme je l'ai déjà remarqué, a parlé un latia qui exprimait parfaitement tout ce qu'elle avait à exprimer. Mais, lorsque, par l'effusion du Saint-Esprit, le Fils de Dieu, Parole par excellence, eut créé un monde nouveau, l'intelligence de l’homme sortit de la prison des sens, où elle était détenue captive, pour s'élever à la contemplation d'une myriade de vérités qu'elle avait ignorées jusque-là ; et son cœur s’ouvrit à une foule de sentiments qu’il n'avait jamais connus. A ces pensées nouvelles, à ces sentiments nouveaux, il fallait de toute nécessité une expression que ne possédait point la langue cicéronienne, et qu’elle était impuissante à fournir par conséquent. Que faire alors? Evidemment créer une langue nouvelle qui traduisit exactement les idées dont l'intelligence de l’homme avait été enrichie, ct les sentiments dont son cœur avait été doté.
Les Pères de l'Eglise, hommes de bon sens et de génie, se mirent donc à l’œuvre. Ils prirent cette langue cicéronienne, qui n'avait jamais servi d’organe qu’au sensualisme et qu’au naturalisme le plus abject, et lui firent subir une complète métamorphose. C'est par un procédé analogue que plusieurs temples d’idoles furent convertis en sanctuaires vénérables. Cette transformation a consisté à imprimer à un grand nombre de mots de l’idiome païen un cachet et une signification totalement différents de ceux qu'ils avaient eus précédemment ; à les placer dans un autre ordre pour plus de clarté et de précision; à les marier ensemble d'une autre manière, pour faire envisager les choses sous leur
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vrai jour et mettre en relief des idées nouvelles; à donrfer aux phrases un tour, une contextue plus logique, en les débarrassant de ces inversions forcéos et de cette superfétation de formes qui n'avaient d'autre but que de charmer l'oreille par leur sonorité. Ils créèrent, de plus, beaucoup de mots nouveaux qui n'ont pas moins de beauté que les anciens, parce qu'ils exprimerit très-bien les idées chrétiennes.
Ainsi donc, il y a véritablement une langue latine chrétienne qui diffère autant de la langue latine païenne que le jour diffère de la nuit. La différence entre la langue des saints Pères et de l'Eglise et la langue de Virgile et de Cicéron est si marquée, si sensible et si évidente ; elle est si bien ce que je viens de dire : la différence du jour et de la nuit, que les adversaires le disent coume uous, tout en jurant leurs grande dieux que cela n’est
oint. Ils le confessent en des termes qui blessent mortellement la vérité, eu égard au mérite relatif des deux langues. A leurs yeux, qu'est-ce en effet que le latin des Pères et de l'Eglise ? C'est un latin de décadence, un latin barbare, un latin qui a germé daus la nuit de l'ignorance. Quant au latin païen, ils crient à s’égosiller que c'est le beau, le pur latin, le latin de la civilisation.
Pour prouver à quiconque serait tenté de le nier, que c'est bien là ce qu'ils disent, je citerai le chef de leur école, Mgr. Dupan
loup. En l’entendant, on les entend tous. Lorsque la thèse de la réforme de l’enseignement, qui veut que l’on donne aux auteurs
chrétiens une plus large part dans l'éducation de la jeunesse, eut été soutenue au Canada, le célèbre prélat écrivit, le 18 avril 1867, à l'un de ses amis de Québec : « Il y a vraiment lieu d'être étonné et attristé de voir cette absurde thèse passer les mers, et aller agiter l'Amérique après nous avoir troublés et humüliés ici. Si de pareilles doctrines, avec lesquelles on serait bientôt ramené à la BARBARIE, pouvaient triompher quelque part, ce serait la honte de l'Eglise .…. » Le prélat eut été dans le vrai, s’il eut lancé cette tirade à l'adresse de son libéralisme catholique et de son gallicanisme que nous charriaient ses diverses brochures.
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Les contradictions ne coûtent point à Mgr d'Orléans, car il fut un temps où il admettait une langue latine chrétienne, différente de la langue de Cicéron et d'une beauté supérieure. On vient de voir ce qu’il écrivait en 1867 ; voici maintenant ce qu'il disait en 1852 :
« Dès 1838, nous publiions les éléments et le projet d’une Rhétorique sacrée pour les élèves du Petit Séminaire de Paris, et. dès 1840, nous faisions à la Sorbonne, devant de nombreux auditeurs, des leçons sur la beauté supérieure du latin ecclésiustique, ET SUR LES SUBLIMES TRANSFORMATIONS DE LA LANGUE