EVÉÊQUES ET CARDINAUX EN FAVEUR DE LA MÉTHODE CHRÉTIENNE
De quelques poids que soient les témoignages qui viennent d'être entendus, ils ne formeraient pas, il semble, une preuve d'autorité complète en faveur de la thèse qu'a soutenue Mer. Gaume , touchant la nécessité d’une réforme de l'éducation, s'ils n'étaient corroborés par d’autres témoignages venant de plus haut. Or, rien de ce que requiert cette preuve ne fait défaut, De toutes ies parties du monde catholique, d’illustres évêques ont applaudi aux efforts de Mgr. Gaume, et se sont fait un devoir de l’encourager et de le soutenir. [ls sont en si grand nombre que je ne puis citer toutes leurs lettres ; je me contenterai d'en reproduire quelques-unes, qui feront assez connaître ce que sont les autres. Les quatres premières viennent de prélats qui n'ont pas voulu que leur nom fût connu du public, à sause de la vivacité des discussions à l’époque où ils les.ont écrites,
«Je partage toutes vos idées, Ccrivait l'un de ces évêques à Myr. Gaume, le 14 juillet 1851 ; mais des circonstances exceptivnnelles, que vous connaissez, m’empêchent de vous le dire tout haut.»
Le 3 septembre suivant, un autre évêque lui écrivait : « Avant de répondre à votre aimable lettre du 22 juin, j'ai voulu lire votre intéressant ouvrage (le ver ronyeur), afin de pouvoir vous
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adresser mes félicitations et mos remerciments les plus sincères, Vous avez bien mis le doigt sur la plaie: nous sommes païens sans le savoir et souvent même sans le vouloir, parceque l’éducation et encore plus l’instruction n’ont été, depuis bien longtemps, employées qu’à déformer en nous le glorieux caractère d'enfants de Dieu et de frères de Jésus-Christ.
« C’est à nous maintenant, qui jouissons d'une certaine liberté d'enseignement, à refaire une autre société, à la rechristianiser, si j'ose m'exprimer ainsi, Pour ma part, j'ai consacré ma vie à cette œuvre, et votre excellent livre servira encore à animer mon zèle et à le diriger dans une meilleure voie, C'est doric non-seulement un beau livre que voufaits avez , mais une bonne, une excellente œuvre. Agréez-en, je vous en prie, tous mes compliments. »
Le 5 septembre de la même année, l'archevêque de N....… écrivait à son tour à l’auteur du Ver rongeur -: « J'ai lu votre ouvrage où j'ai trouvé partout le respectable auteur du Cutéchisme de persévérance. J'avais lu tous les articles de M. Danjou sur la question que vous traitez avec une supériorité incontes table. Le Ver rongeur est écrit d'un style noble et pur. C'est une excursion dans l’histoire de l’enseignement aux diverses épo. ques du christianisme, et une juste appréciation des maux causés par le principe païen dans l'éducation, Dans ses fondements, votre thèse ne trouvera de contradicteurs que dans les hommes sans foi. »
Le 16 décembre 1857, Mgr. Gaume recevait d'un autre évéque, qu'il ne nomme point, la lettre qui suit : « Je suis heureux de vous exprimer la vive sympathie avec laquelle j'ai applaudi à vos généreux efforts pour la réforme de l'enseignement donné à la jeunesse catholique. J'avais souvent déploré comme vous que l'intelligence, la mémoire et le cœur des générations naissantes grandissent dans une atmosphère presque exclusivement païenne, et que des enfants chrétiens eussent à passer l’époque la plus décisive de leur vie, celle qui reçoit les - ressions les plus dura-
bles et de laquelle dépend tout l'avenir, dans une ao »
familiarité avec des auteurs si fortement imprégnés de sensualisme et de maximgs antichrétiennes.
« Grâce à votre courageuse initiative, de très-heureux changements ont déjà été opérés duns de nombreuses institutions et surtout dans les petits séminaires. Les auteurs chrétiens ont trouvé une large place dans l’enseignement des lettres, et les richesses incomparables qu’ils renferment, et qu'on appréciera de plus en plus, ne permettent pas de douter que le mouvement n'’aille en se généralisant, Une place, sans doute, devait être laissée : : orateurs et aux poëtes profanes. Vous ne la leur avez pas n usée, mais en faisant disparaître ce qu'ils pouvaient avoir de dangereux, par les retranchements qu'ils ont subis dans l'édition que vous avez eu l’heureuse pensée de faire. J’unis donc de grand cœur mon suffrage à ceux si nombreux et si graves que vous avez reçus, et qui ont été une compensation bien méritée des attaques que vous a values votre zèle pour une si belle cause. »
Mgr. Landriot, mort archevèque de Reims, écrivait en 1852 : « Il faut christianiser davantage l'éducation ; TOUT LE MONDE le reconnaît, aunis et ennemis du Ver rongeur. Nous l’avions dit et répété maintes fois; mais la passion a empêché d’entendre notre voix. Du reste, cette question de sève chrétienne, de plus en plus abondante, elle n’est pas particulière aux écoles; elle s'applique à toutes les positions, à tous les âges, et les saints ont cherché et cherchent tous les jours à christianiser davantage, c'est-à-dire à sanctifier de plus eu plus les fidèles, le clergé, les ordres religieux. C'est la voix de l'esprit de Dieu, qui lutte d’une manière incessaute contre nos instincts mauvais, et qui cherche à soutenir la nature au milieu de ses défaillances continuclles. Æéunissons donc nos efforts pour christianiser l'enseignement.
Dans son discours synodal du 25 juin 1858, Mgr. de Salinis, expliquant les dernicrs actes du concile d'Amiens, s’exprimait en ces termes :
« Je me suis occupé aussi de développer l'élément chrétien dans l’enseignement des lettres, et j'ai cru que cette amélioration si importante sous d'autres rapports, ne pouvait être que favo-
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rable aux études profanes elles-mêmes, L'expérience faite à Saint Riquier est bien significative. Ceux de nos élèves, et ce ne son pas les plus distingués, qui se sont présentés pour le baccalauréat, out été reçus dans une proportion plus forte que celle qu’on observe dans d’autres colléges, Ce résultat ne m'a pas étonné. Le commerce journalier avec les auteurs chrétiens fortifie la raison des élèves, parce qu’il la nourrit de notions plus saines, et aussi parce que ces notions touchent à toutes les réalités de la société au milieu de laquelle ils doivent vivre, tandis qu'ils rencontrent dans les auteurs païens une foule de choses qui ne sont pour eux que des abstractions stériles, des idées mortes, tout à-fait étranwères au monde social créé par le christianisme. Leur esprit acquiert plus de sève, parce qu’il plonge ses racines dans un sol plus fécond, et il s'opère en eux, sous ce rapport, une plus grande végétation intellectuelle, qui se fait sentir à toutes les branches de leurs études. »
Mgr. Parisis, évêque d'Arras, l’honneur, là lumière et la gloire de l’épiscopat français, écrivait à Mgr. Gaume en 1852 : « Aujourd’hui, le gallicanisme est jugé; eh bien ! il faut que le paganisme le soit; il faut que l'on sache comment son introduction a été une faute, comment son règne, dans la société chrétienne, a été un grave danger.
« Pour moi, je disais, il y a déjà bien quinze ans, À ceux qui m'entouraient : Avant un demi-siècle on comprendra que lu Renaissance a été la plus redoutable épreuve de l'Eglise de Dieu depuis son berceau.
« Vous avez bien devancé mes prévisions ; car, même en faisant ses réserves sur certains passages, quand on vous lit sans prévention, on se sent véritablement effrayé à la vue de cette peste mortelle qui s'étendait sur tout le corps et sur les parties les plus vitales de l’Epouse immaculée de Notre-Seigneur Jésus- Christ. »
Le 2 juillet 1852, le même prélat écrivait à M. Louis Veuillot, rédacteur en chef de l'Univers : « Nos adversaires s’obstinent à dénaturer mon opinion... Je ne nie pas plus la beauté des for-