‹ La réforme chrétienne des études classiques [microforme]Chapitre 41 sur 49 · ET ETES · texte numérisé non relu

ET ETES

écoles, c'est que l'éducation a pour but de former les jeunes gens à la vie chretienne surtout, et en même temps à la vie civile et aux sciences qui s’y rapportent. Les colléges, qui sont pour les enfants comme une seconde famille, ne doivent pas satisfaire moins parfaitement à ce devoir que l'éducation domestique à laquelle‘ils supplient. Pour que les écoles soient vraiment dirivées vers cette fin, i/ ne suffit pas que les jeunes gens assistent auæ instructions religieuses qui leur transmettent la connaissance des vérités surnaturelles, maïs il est nécessaire en outre que les leçons qu’ils reçoivent dans les classes, non seulement ne nuisent pas à la culture chrétienne des esprits, mais lui servent et lui profitent, de sorte que la religion soit comme une âme qui donne le mouvement à la masse des études et se répande dans tout le corps de l’enseignement. Cet ordre a dû sans doute être toujours suivi dans l'éducation de la jeunesse ; mais les conditions du temps présent l'exigent plus strictement encore, car il u'est rien que l'éducation ne doive tenter pour rendre les jeunes wens fermes et robustes dans la foi, puisque, au sortir des écoles, ils sont entourés de tous côtés par les séductions et les assauts des mauvaises doctrines. Dans cette organisation chrétienne des études, il faut porter une attention spéciale sur trois grandes parties de l’enseignement, qui embrassent les lettres, l'histoire et la philosophie. Leur sage direction dépend d’une vérité que les professeurs doivent méditer avant tout, et sur laquelle roule toute éducation chrétienne, savoir, que l’ordre naturel et l’ordre surnaturel, quoique essentiellement distincts, son tellement unis chez les chrétiens, que par suite de cêtte union l'ordre naturel reçoit de l’autre des lumières supérieures, qui le pénètrent et le perfectionnent de diverses manières. Et d’abord, dans la littérature on voit briller les éléments du beau naturel, que le énie de l’hom me perçoit et élabore par ses propres forces. C de beautés se fait remarquer dans un grand nonbre d'ou. es païens, où il consiste, en grande partie, dans un soin exquis de la forme et dans un art merveilleux. Mais, après que l'Evangile eu: éclairé et échauffé les mes, lorsqu'il eut ouvert à l'intelligence et au

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cœur de l'homme des régions plus hautes et de plus vastes espaces, on vit apparaître un nouvel ordre de beauté surnaturelle, qui, plus sublime en soi, perfectionne la substance de l'autre ordre, et, tout en recevant les formes du beau naturel, produit néanmoins sa propre expression, comme le preuvent une foule de livres, de poëmes ct de discours, dans lesquels éclate la majesté du génie chrétien. Les professeurs ne doivent done pas expliquer les monuments de la littérature païenne sans exposer aussi les principes et les modèles de la littérature chrétienne, en ayant soin de bien faire remarquer l'influence des éléments qui lui sont propres. Il faut en dire autant de l'histoire. On retrouve chez tous les peuples les éléments naturels de la société civile, savoir : la famille, le mariage, les relations des parents et des enfants, la distinction des riches et des pauvres, les droits publics et privés, le pouvoir et l'obéissance et tout ce qui se rattache à cet ordre de chose. Mais il est évident que chez les peuples éclairés par la lumière surnaturelle de l'Evangile, ces termes ont une signification, à certains égards, différente de celle qu'ils avaient dans les ténèbres du paganisme, et que la notion chrétienne de ces éléments sociaux, non seulement diffère beaucoup des idées corrompues qui dominaient chez les païens, mais aussi qu'elle est bien supérieure aux notions même justes qu’ils pouvaient concevoir par la seule lumière naturelle. D'où il suit que les principes de la société civile, élaborés et comme transformés par la vertu de la révélation évangélique ; ont été élevés à un degré supérieur de dignité et d'excellence. Que les professeurs d'histoire n’épargnent donc aucun soin pour faire saisir graduellement à leurs élèves cette union des élements naturels et de l'élément surnaturel, ainsi que les merveilleux effets qu’elle a produits. Quant à la philosophie, il y a sans doute, dans les écoles catholiques, plusieurs éléments que la jouissance de l'esprit humain a fournis même aux philosophes païens ; mais il y en a d'autres qui ne dérivent pas de cette unique source. Jl est très-faux de dire que l'enseignement de la philosophie soit chez nous le produit de lu seule raison naturelle ; car d'abord les professeurs ont, dans la

doctrine catholique, une règle qui leur indique les thèses à rejeter, et qui les avertit en outre que tel ou tel raisonnement renferme quelque chose de vicieux, par cela même qu'il conduit à des conclusions coutraires aux dogmes. De là vient que, dans les écoles catholiques, il y a un parfait et solide accord pour démontrer philosophiquement plusieurs vérités, sur lesquelles on ne trouve que le doute ou les plus grandes discussions dans les écoles qui ne marcheni pas à la lumière de la foi. Ceux donc qui soutiendraient que les leçons de philosophie, dans les colléges catholiques, doivent être faites de telle sorte qu'on s’y tienne en dehors de la lumière surnaturelle, rêveraient une abstraction purement fictive, vu, si cette abstraction avait réellement lieu, l’enseignement philosophique, perdant l'unité qu’il y a dans nos écoles, s'égureruit à la suite de doctrines diverses et étrangères (K. Paul aux Hébreux, XIII, 9), et le plus souvent se laisserait emporter à tout vent de doctrines (S. Paul aux Ephésiens, IV, 14), comme il arrive dans les écoles soustraites à notre influence. En second lieu, il y a plusieurs vérités sur Dieu et ses attributs, sur l'origine de l’univers, la Providence, la religion, les vertus, la fin de l’homme, que la philosophie chrétienne est unanime à démontrer, tandis qu'avant l'époque où la lumière évangélique s’est ‘levée sur le monde, la sagesse païenne ne possédait pas ces vérités de premier ordre et ne songeait pas même à les chercher. Enfin les Pères de l'Eglise, les théologiens les plus éminents et quelques illustres philosophes chrétiens, en embrassant l'ensemble des vé. rités, en contemplant leur irradiation réciproque, sont arrivés par lÀ, comme on le sait, à des conceptions de l'ordre le plus élevé, qui ont fait pénétrer, même dans les questions philosophiques, les rayons d’une pius vive lumière, La philosophie ayaut donc des relations multiples avec la lumière surnaturelle, étant dirigée, vivifiée et agrandie par elle, on livrerait l'esprit des jeunes gens à une bien dangereuse illusion sur les forces de la raison, si l'enseignement était conçu de telle sorte qu’ils pussent attribuer à la seule opération de la raison le bon emploi, les progrès et la perfection de l’enseignemeut philosophique dans nos écoles. Les pro-

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fesseurs doivent donc leur faire comprendre que cette science, à divers égards, n’est pas chez nous celle qu'un philosophe formerait par le seul secours de l'esprit humain, mais celle que la théologie, fondée sur la révélation, éclaire, régularise et complète. Après avoir posé ces règles générales, nous jugeons à propos d’ajouter des avis particuliers qui répondent avec plus de précision aux besoins de l'éducation à notre époque. »

Les Pères du concile entrent ensuite dans plus de détails ; voici ce qu'ils disent des études littéraires et comment ils entendent qu'elles se fassent. Ecoutons attentivement, et voyons ce que nous aurions à faire si nous voulions agir en conscience.

« Dans le concile de Soissons, continuent-ils, nous avons déjà réglé plusieurs choses touchant les études. Nous avons dit avec quel soin et dans quelle mesure proportionnée à l’âge des élèves l'enseignement sacré doit être donné. Nous avons aussi recommandé de grandes précautions à l'égard des livres. On doit assurément continuer à se servir des ouvrages les plus célèbres des auteurs païens ; la force de l'esprit humain qui brille dans ces écrits est un véritable don de Dieu, et il est certain que ce genre d'étude a été fort utile aux plusurands écrivains chrétiens. Muis il ne faut admettre ces livres dans les écoles qu'après qu'ils ont été expurgés de tout ce qui pourrait offenser une âme chaste. De plus, en expliquant les monuments de la littérature profane, les professeurs doivent saisir toutes les occasions de faire ressortir par la comparaison la supériorité des doctrines du christianisme : ils doivent aussi puiser fréquemment à des sources chrétiennes les sujets de composition qu'ils donnent à traiter aux élèves dans les luttes scholastiques. Quant à ce qui concerne le choix des livres et à la manière dont ils doivent être répartis, nous avons déjà touché cettte importante matière au concile de Soissons, lors-

que nous disions qu’il fallait sans doute donner une large place aux écrivains de l'antiquité dans les études classiques, mais qu’on devait aussi prendre grand soin de mettre sous les yeux des élèves, surtout dans les classes supérieures, de nombreux extraits des saints Pères et des docteurs, de l'Eglise, 4Cette prescription

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commençait déjà à développer le principe d'une restauration heureuse ; car, dans ces matières, il faut procéder graduellement et avec maturité. Le moment est venu de compléter cet ordre. Nous estimons qu'un grand nombre d'ouvrages chrétiens, latins, grecs ct français écrits avec talent, doivent être adoptés, soit par extraits, soit entiers, s’ils nesont pastrop longs ; et que cette mesure doit être exécutée de telle sorte que les âmes des jeunes gens soient abondamment abreuvés de ces eaux vivifiantes dans le cours de leur éducation littéraire, et qu’elles puisent assidûment l'esprit chrétien dans un commerce familier avec ces auteurs. Et en effet, si l'on fait attention à l'influence contagieuse de ce siécle, il est à craindre que ces jeunes intelligences ne puissent être, pendant plusieurs années, dans un contact journalier avec les maximes, les exemples et l’esprit de la littérature païenne, sans que bien souvent la constitution chrétienne des âmes ne soit affaiblie en respirant cette atmosphère, et qu'au sortir des écoles, elles ne soient pour cette raison, trop peu en état de repousser les séductions des mauvaises doctrines, à moins que, grâce à la sage fréquentation des auteurs chrétiens, une inspiration religieuse, toujours vivante, n'ait continuellement agi sur elles pour les fortifier IL faut remarquer en outre que beaucoup d’enfants, admis dans les établissements d'éducaticn, viennent de familles médiocrement chrétiennes ; qu'après avoir achevé leurs études ils sont lancés au milieu d’une société qui ne s'appuie plus, comme autrefois, sur les institutions catholiques ; qu'enfin, livrés à des études ou à des fonctions d’où la religion est maintenant absente, ils sont privés des secours puissants au moyen desquels, dans les siècles passés, l'éducation chrétienne de la jeunesse adulte se continuait jusque dans la virilité. Pour cette raison, quand elle serait seule, il faut profiter avec plus de prévoyancé des précieuses années passées au collége ; il faut que, même dans l’enseignement littéraire, l'enfance soit CONTINUELLEMENT NOURRIE de notions, de sentiments et d'exemples catholiques, et que l'âme tendre des adolescents, jetée dans un moule chrétien, en reçoive profondément - -mpreinte à l’âge où elle offre le moins de résistance à la forme

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qu on doit lui imprimer. Nous sommes persuadés que cette manière d'enseigner peut être adoptée comme salutairé, sans qu'on fasse injure par là aux usages reçus pendant une longue Série d’ années dans les colléges catholiques, : Les annales de’ Y'Eglise uous font voir en effet que bien des choses qui, à’ éertainés pi ques, ne présagent rien de funeste, deviennent ensuite, “quand les choses sont changées, dangereuses c ou même nuisibles. 11 y a bien des choses, non mauvaisés par elles-mêmes, qui 'il'est bon de tolérer et même de régler, de peur qu’elles ne viehnent à étre corrompues par les plus graves abus. Il y en a beaucoup qui, confirmées par l'usage, ne doivent pas être réformées prématurément jusqu'à ce qu’on ait suffisamment préparé les voies à un ordre de choses plus salutaire. Après avoir posé ces principes, qui tiennent à l'essence de la méthode à suivre dans l’enseignement des lettres, nous laissons de côté les questions littéraires, dont nous n'avons pas à nous occuper. Nous voulons seulement repousser des assertions injurieuses à l’Eviise que nous avons vues se produire à l’occasion des controverses qui ont eu lieu. Il n’est pas possible de passer ici sous silence l'opinion de quelques écrivains ennemis de la religion catholique, qui, pour recommander l’emploi à peu près exclusif de la littérature païenne dans les colléges, affectent de mépriser comme barbare la langue qu'on retrouve dans les meilleurs écrits des Pères, et qui a été consacrée par la liturgie même de l'Eglise. Ils ne comprennent pas qu’en conser vant les éléments et les locutions de l’idiome antique, l'Eglise a formé avec eux une langue élaborée de telle sorte qu’elle s'adapte d'une manière intime aux s "timents chrétiens et aux objets qui les inspirent. Ces écrivaint: devraient rougir d'outrager cette sainte Mère qui, héritière et gardienne de la parole divine, s’est toujours montrée la nourrice soigneuse et la sage protectrice de toutes les sciences humaines qui servent à disiper la barbarie. Eloignons donc de nos écoles une assertion également fausse et

indécente ;.elle offenserait les oreilles des élèves et scandaliserait leurs âmes. »

Ainsi donc, expurgation parfaite des auteurs païens à mettre

M en

entre les mains des jeunes élèves, enseignement chrétien de ces

| __ auteurs, large place accordée aux auteurs chrétiens, enseignement { profondément catholique dans toutes ses parties, voilà ce que prescrivent les Pères du concile d'Amiens.” Bien téméraires ceux

qui font la sourde oreille à tant de voix autorisées, prétendant

u’il faut continuer d'enseigner comme ont enseigné nos devan-

li ciers ! On sait pourtant s'affranchir de leur joug et s'écarter de la voie qu'ils ont tracée quand leurs traditions viennent contre-

‘4 carrer la liberté de nos allures !

LA

PIE 1X ET LA QUESTION DES CLASSIQUES.—PROJET DE BULLE \ PAROLES REMARQUABLES.

Il ne reste plus qu’une voix à entendre sur la question des classiques : la voix de Pie IX. S'il est vrai, ce qui est incontestable, que ce grand Pape a témoigné un très.vif intérêt à cette question ; qu’il s'en est constamment occupé ; qu'il a même cru nécessaire d'en parler dans une encyelique et d'en faire l’objet de quelques brefs, c'est, à n’en point douter, que la question des classiques est une question importante et des plusimportantes. S'il est encore vrai, comme plus d’un document l’atteste, que Pie IX s’est toujours beaucoup intéressé à la question des classiques dans le but de christianiser davantage l'éducation, en faisant adopter la méthode chrétienne, telle que la propose Mor. Gaume, il faut de toute nécessité admettre qu'il n'y a pas, à l’heure qu'il est, de devoir plus impérieux que de réformer l’enseignement d’après les règles que nous trace cette méthode. Voilà ce qu'on ne saurait nier sans faire gravement injure au Pape et sans pécher contre la stricte obéissance qui lui est due.

Les Etudes religieuses auront beau s'évertuer à dire que la réforme chrétienne de l’enseiynement n’est que d’un intérêt socondaire ; quelques irréfléchis auront beau copier et répéter cette incroyable légèreté, tous les hommes sérieux et instruits seront d’un avis contraire, Lorsqu'une question préoccupe assez sérieusement le Pape pour qu'il en parle comme docteur universel, cette

question assurément ne saurait être traitée de bagatelle, encore moins méprisée et écartée comme une niaiserie indigne de captiver un peu de cette attention, qu'on prête volontiers à mille choses qui n’ont pas le sens commun.

Je connais des écrivains qui enregistrent avec une rivoureuse exactitude toutes les polissonneries des voyous qui courent les rues; qui n’omettent jamais de rendre compte d'un grand dîner ; qui en énumèrent scrupuleusement tous les mets, toutes les sauces et mentionnent jusqu'à la dernière salade ; qui consacrenc une et même deux pages d'écriture à relater toutes les ridieules exagérations de luxe déployées à à l’occasion de la célébration d'un imariage; qui tiennent leurs lecteurs au courant de toutes les cabrioles d’un cheval effaré qui a pris le mors aux dents ; qui narrent fidèlement tout ce qui se passe à la cour du Recorder ; je connais de tels écrivains! Consacrant une partie notable de chacune de leurs journées à cette sotte et parfois malsaine besogne, ils croiraient n'être plus à la hauteur de leur position, s'ils daignaïient un seul moment mettre leur'plume et leur encre au service de la question des classiques qui intéresse si fortement Pie IX! Pauvres ‘gens! Mais laïssons-les là barboter comme ils l’entendent, et revenons à notre sujet.

Si quelques-uns sont tentés de dire ici que j’exagère ou que je

‘me troni e en affirmant que le Pape actuel s'occupe beaucoup de P

Ja question des classiques, et qu’il travaille à faire introduire par- ‘tout dans les écoles catholiques la réforme chrétienne de l’ensei- ‘ÿnement, je leur répondrai qu'avant de me chicaner sur ce’point, ils doivent d'abord détruire, s’il est possible, certains faits très- ‘authentiques et plus que significatifs.

C'était avant la révolution de 1848. Pie IX, qui venait de “monter sur le trône’ pontifical, avait résolu d'opérer ' plusieurs réformes, et entr'autres une réforme dans l’enseignement. Comme le R. P. Ventura, théatin, avait déjà émis des idées sur ce grave

‘sujet, le Pape le fit venir au Quirinal, puis lui demanda un ex-

CT complet de son système, Le sayant théatin développa alors ‘et lotiguëement toute sa thèse, qui n'est autre que celle de

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Mgr. Gaume. Pie IX l'écouta avec un très-vif intérêt et une satisfaction des plus marquées. « C’est très-bien, lui dit-il ; j'adhère parfaitement à toutes les idées que vous venez d'émettre. Allez donc ; retournez à votre couvent, puis rédigez-moi un projét de bulle qui renferme toute la substance de la thèse qui concorde si bien avec ma manière de voir. Quand vetre travail sera términé, vous me l’apporterez et je l’examinerai. »

A ces dernières paroies de Pie IX, le R. P. Ventnra,surpris, s’excusa ; il voulut décliner l'honneur que lui faisait Sa Sainteté ; il allégua que d’autres plus habiles pourraient bien mieux que lui exécuter un pareil travail. Mais Pie IX insista ; il lui enjoignit même de rédiger de suite ce projet de bulle, Le R,. P. Ventura se mit donc à l’œuvre, et, au bout de quinze jours, il avait tout terminé et remis entre les mains du Pape qui, après l'avoir remercié avec affection, lui dit : « Je vais maintenant examiner la chose avec attention, puis dans quelque temps d'ici je vous manderai de nouveau. »

Plusieurs semaines se passèrent et le R, P. Ventura n’entendit parler de rien. Enfin, trois mois s'étant écoulés sans plus de nouvelles de son projet de bulle, il prit la résolution de se rendre au Quirinal et de savoir, s’il était possible, la cause de ce silence prolongé. ‘Pie IX ne lui en fit pas mystère ; il lui dit que ses idées étaient bien encore les mêmes, mais qu’il avait jugé qu’il fallait attendre des circonstances plus favorables pour la publication de cett: bulle. « Les esprits, ajouta Pie IX, ne sont pas as « sez préparés, à Rome surtout où la méthode, suivie par les « Jésuites, et à laquelle ils tiennent beaucoup, est toute païenne. « Il faut attendre et déblayer le terrain. Je conserve votre pro- « jet de bulle et j'en ferai usage quand les circonstances le per-

‘« mettront. »

Ce fait est très-certain ; il a, entr'autres garants, le témoignage ‘de l’illnstre et savant M. Bonetty, rédacteur des Annales de Philosophie chrétienne, qui affirme, dans ses Annales mêmes, avoir vu üne copie de cet important projet de bulle. La question de la réforme chrétienne de l'enseignement est

donc d’un intérêt majeur, puisque Pie IX a voulu et veut encore en fuire la matière d'une bulle pontificale. Il attend, pour la lancer dans le monde catholique, que le terrain soit suffisamment préparé, c'est-à-dire que les idées aient été travaillées dans le sense de la réforme qu'il veut imposer. Donc, ceux qui traitent de la méthode chrétienne de l’enseignement, qui la développent, en démontrent les avantages et l’absolue nécessité, font une œuvre ex cellente et concourent pleinement dans les vues du Pape. Un autre fait nous en fournit une autre preuve.

Plus tard, en septembre 1864, Mer. Filippi, le saint et savant évêque d’Aquila, devait prononcer à l’Académie catholique de Rome un discours sur la réforme chrétienne de l’enseignement, telle que proposée par Mor. Gaume. Ce discours a eu beaucoup de retentissement en Ttalie, et a même été reproduit dans le temps par quelques-uns de nos journaux canadiens-français. Bon nombre de Jésuites du Collége romain, très-attachés à la méthode païenne, remuaient ciel et terre pour paralyser l'effet que devaient produire les paroles de l’éloquent prélat Ce voyant, le cardinal Altieri alla trouver le Pape, lui fit connaître le sujet du discours et lui demanda s'il jugeait opportun que Mer. Filippi le prononçât. Le Pape répoudit : « QU'IL FASSE, QU’'IL FASSE CE

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