TOUTES
Rome, le Pape jugea nécessaire d'intervenir pour rétablir la paix, et c’est à cette occasion que, le 21 mars 1853, il adressa aux évêques de France la célèbre encyclique Znter multiplices,
Or, dans cette pièce que tout catholique est obligé de recevoir comme émanant de l'autorité pontificale, voici comment est dirimée la longue et orageuse discussion sur l'emploi des classiques dans les écoles : «N’épargnez rien, dit Pie IX aux « évêques de France, pour que les jeunes séininaristes puissent «apprendre, sans être exposés à aucun péril d'erreur, l'art de à parler avec élégance et d'écrire élégamment, tant dans les ou- « vrages si sages des saints Pères que dans les écrits des païens x les plus célèbres, purifiés de toute souillure.»
Le latin porte: TUM ex sapientissimis Suanctorum Patrum operibus TUM ex clurissime ethnicis seriptoribus. Les défenseurs de la méthode païenne se cramponnèrent à ce tm répété, qu'ils traduisirent par la particule disjonctive soit. De cette façon, ils purent prétendre et soutenir que l'étude exclusive des auteurs païens n'était pas improuvée par le Saint-Siège, puisque, d’après eux, les paroles de l’encyclique devaient se traduire ainsi: « N’épargnez rien pour que les jeunes séminaristes ap. prennent..…....l’art de parler avec éloquence et d'écrire élégamment SOIT dans les ouvrages si sages des Saints-Pères, SOIT dans les écrits des païens les plus célèbres.........n On était donc libre, selon cette manière de traduire, d'étudier exclusivement soit les Saints Pères, soit les auteurs païens.
Ils poussèrent un long cri de joie et regardèrent leur interprétation comme seul véritable, lorsque le cardinal Patrizzi, rappélant à Mgr. Baillargeon, dans sa lettre du 15 février 1867, ce que le Souverain Pontife avait décrété dans l’encyclique Znter multiplices, relativement aux classiques, remplagçait le éum répété par sive aussi répété. Le cardinal s’exprimait ainsi: Ææxplorata enim res est.…....adolescentes etiam clericos germanam dicendi scribendique elegantiam et eloquentiam SIVE ex supientissimis Sanctorum Patrum operibus, SIVE ex clarissimis ethnicis scriptoribus ab omni labe purgatis absque ullo periculo ad-
caf
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discere optimo jure posse. Bien sûr alors qu'il fallait traduire par soi! répété.
Les partisans de la méthode chrétienne prétendirent. AU contraire. que le tum, aussi bien que le sive répété, devait se traduire, non par soit répété, mais par él répété, ou bien par tant... que. Ms alléguèrent que c'était une des significations propres du tum et de sive, puis ils ajoutèrent que dans le cas particulier, dont il s'agissait, ai la phrase était disjonctive, comme on le prétendait, le absque periculo tomberait aussi bien sur les œuvres des Saints Pères que qur leslivres païens. Or, on ne peut pas supposer qu'il en soit ainsi, parcequ'il serait plus que païf de dire que l'étude des œuvres des saints Pères n'offre pas de dangers, et à Rome on ne commet pas de ces naivetés.
Tout doute à ce sujet à été dernièrement levé par Pie IX Jui-même, dans SON dernier bref à Mgr Gaume du 22 avril 1874, bref dont je m'occuperai d'une manière spéciale au chapitre suiyant, le Saint-Père interprète jui-même le tùm et Je sive répétés. fl ne saurait y avoir d'interprète plus autorisé, et SON interprétation elot tout débat. Hoc unum in scriptis tuis propositum habuisti, ut eus normas in ratione studiorum defenderes, quais à Nobis probatas novisti ; nempe ut ita CUM classicis veterum ethnicorum exemplaribus, quavis labe purgatis, auctorum etiam christianorum operd elegantiora studiosis juvenibus legenda proponantur. \ Comme vous l'affirmez, dit Pie IX, le but unique « de vos écrits à été de défendre, à propos de Ja méthode d’étu « des à suivre, les règles que VOUS saviez être approuvées par « Nous, savoir : faire étudier à la jeunesse, Avec les ouvrages « classiques des anciens paiens, purgés de toute souillure, Les plus «beaux écrits des auteurs chrétiens. »
Ainsi donc, d’après l'interprétation du Pape lui-même, ce sont les partisans de la méthode chrétienne qui ont raison : l'étude des auteurs chrétiens et des auteurs paiens doit se faire simultanément ; ilnest Pas permis de faire étudier les auteurs paiens seuls.
Une chose reste à déterminer : puisque les écrits des auteurs
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1874, e suipétés.
erpré- >situm quais à m ethetiam da prounique e d’'étu ées par puvrages les plus
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chrétiens et les livres des anciens païens doivent être l’objet des
‘udes, quelle est la place respective qu'il faut leur assigner ? De prine abord, il semble que rien ne le dit. Quelques instants de réflexion suffisent pour nous détromper, L'ordre, dans lequel l'encyclique mentionne les auteurs à étudier, indique la place
qu'ils doivent occuper dans les études. Les écrits si sages des
saints Pères sont mentionnés les premiers ; cela signifie évidemment, comme on l’a compris à peu près partout, qu'il faut leur donner la première place dans les études, la place d'honneur, la plus large place, en un mot.
Si les adversaires soulèvent de nouvelles objections à cet égard, qu’ils veuillent bien se rappeler un mot de Pie IX. Quelques jours après la publication de l'encyclique Znter multiplices, le Saint-Père disait à Mgr de Salinis : « J'ai placé en première li- « gne les auteurs chrétiens, afin qu'ils soient les premiers entre «les mains de la jeunesse. »
Nous savons done maintenant de manière à n’en pouvoir douter, comment le Saint-Père veut que les études soient organisées. Il veut que les auteurs chrétiens y figurent et qu’ils y occupent la plus large place ; il veut que les auteurs païens y figurent aussi mais à la condition fort expresse qu'ils soient purgés de toute souillurc, ab omni labe purgati.
Faisons à présent notre examen de conscience, et demandonsnous si nous sommes en règle avec les prescriptions pontificales. Les auteurs chrétiens figurent-ils dans le programme d’études de la plupart de nos colléges et séminaires ?—Ils y paraissent en nombre si restreint qu’il est facile de voir qu'ils sont là plutôt par forme que pour répondre à un besoin réel. Je l’affirme sans crainte aucune d’être démenti. Cette première prescription n'étant pas observée, il est évident que la seconde ne peut pas l'être, car à où les auteurs chrétiens ne se font guère remarquer que par leur absence, il est impossible qu’ils tieunent la première et la plus large place, la place d'honneur.
Si nous ne suivons pas les injonctions de Pie IX en ce qui con. cerne les auteurs chrétiens, respectons-nous au moins celles qui
regardent les classiques païens ? Ces classiques sont-ils purifiés de toute souillure, condition strictement requise pour qu’on puisse les mettre aux mains des élèves ?—Non ; ces classiques ne sont pas expurgés. On a bien fait disparaître de quelques-uns certaines obscénités très-révoltantes ; mais, pour les autres, qui forment encore une masse, elles s’y retrouvent dans toute leur crudité native. Quant aux souillures d’un autre genre qui sont fort nombreuses et fort dangereuses, on ne parait pas même soupçonner qu'il y ait obligation de les soumettre à l’action de l'éponge.
Mais alors, les prescriptions du Pape, relatives à l’organisation des études, demeurent donc lettre morte, absolument sans effet ? On ne s’en occupe pas plus, encore moins que d’un ordre émané du Céleste-Empire ?—Rien de plus vrai.
Pourquoi cela ?—C'est un mystère que je ne saurais expliquer.
Pie IX n'a-t-il pas parlé comme Pape dans l’encyclique Znter multiplices ?--Très-certainement oui.
Connaît-on cette encyclique ?—Depuis vingt-deux ans qu’elle a été publiée et que l’on n’a cessé d’en parler, il serait très-surprenant qu’on ne la connut pas. On devrait même la savoir par cœur.
Pour s’excuser d’obéir, peut-on alléguer, ici, au Canada, comme dans certains pays de l'Europe, que le gouvernement met des entraves à la liberté d'enseignement ?—Pas le moins du monde. C’est le contraire qu’il faut dire, puisque les colléges et les séminaires ne sont que sous le seul contrôle de l'autorité ecclésiastique
On s’imagine peut-être qu'il n’y a pas de classiques chrétiens, pas d'auteurs païens parfaitement expurgés ?—Si c’est là la raison qui empêche les maisons d'éducation d'adopter la réforme voulue par le Pape, elle ne vaut rien du tout, puisque Mgr. Gaume et d’autres ont depuis longtemps édité tout un cours de classiques chrétiens et d'auteurs païens très-soigneusement expurgés. Il y a même, comme je lai déjà dit, des dictionnaires et des gradus en rapport avec ce cours.
Les choses étant ainsi, il n’y a plus qu’une seule supposition à
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faire : il faut donc que l'on soit convaincu qu'il ne s'agit pas d’une matière grave, ct que le cas n'est pas si pressant qu'il faille obéir de suite.
A cela, je répondrai d’abord que quand le Pape juge à propos de donner des prescriptions, c’est qu’il est À propos de s’y conformer au moment où il les donne. Je répondrai en second lieu que ce qni constitue l'éducation ne saurait jamais être matière légère ; c'est toujours, au contraire, une matière extrêmement grave. A l’époque actuelle surtout, la matière ne saurait être plus grave. C’est encore Pie TX qui nous le dit. En 1871, Mgr. Gaume a écrit un opuseule intitulé : Où en sommes-nous ? Après avoir fait, dans cet opuscule, l’effrayant tableau du mal actuel, il en recherche la principale cause, et il démontre encore une fois qu’elle n’est autre que l'éducation toute païenne donnée à la jeunesse depuis la Renaissance. 11 termine en indiquant le remède au mal : la réforme chrétienne de l'enseignement. Voici quelle est sa conclusion :
« Les générations formées étant ce qu'elles sont, que reste-t-il à faire? Sauver les générations naissantes ….... Comment sauver les générations naïssantes? Par la réforme radicalement chrétienne de l'éducation, et, avant tout, de l'éducation des classes élevées, qui font les autres à leur image. Radicalement chrétienne, c’est-à-dire chrétienne dans les livres et dar: les hommes, dans les maîtres morts et dans les maîtres vivants, et cela dès le début jusqu’au terme final
© Or, l'éducation actuelle, surtout des classes élevées, n’a pas été radicalement chrétienne, puisqu'elle a conduit la société aux antipodes du christianisme. Continuez d'enseigner comme ont enseigné nos pères, et si demain nous sortons de l’abîme, où l’éducation nous a précipités, après demain il faudra y retomber.
« Done, sans la réforme dont il s’agit, il ne faut rien attendre de sérieux et de durable ni des lois, ni des constitutions, ni de la république, ni de la monarchie, ni d'aucune forme gouveri-mentale,
« Le mal est dans les âmes; c'est dans les âmes qu’il faut por-
ter le remède, Vous ne l'y porterez qu'en chassant l'esprit du mal qui domine le monde ; vous ne chasserez l'esprit au mal que par l'esprit du bien, et c’est par l'éducation seule, entendez-le bien, que vous obtiendrez cette victoire décisive. Aujourd’hui plus que jamais, telle est la question de vie ou de mort. »
Or, à l’occasion de cet opuscule, Mgr. Gaume a reçu un bref,
portant la date du 15 janvier 1872, c* dans lequel le Pape lui dit : 1 Dans cet ouvrage intitulé : Où en sommes-nous ? vous vous
« êtes, proposé de rechercher les causes et les remèdes des maux « présents, et d'indiquer aux fidèles une règle sûre et en rapport « avec les dangers actuel pour orienter leur vie tout entière, et de « les exciter à combattre vaillamment pour la religion et la jnstice.
«Nous vous félicitons d’avoir, par ce travail, on ne peut plus « opportun, atteint savammeut et solidement le but que vous vous « étiez proposé …..et d'avoir démontré LA SUPRÊME NÉCESSITÉ x d'élever la jeunesse dans l'intégrité de la foi et des mœurs, et « dans une sincère piété. »
Pie IX affirme donc ici très-nettement que Mgr. Gaume a indiqué les vraies causes du mal actuel et aussi le vrai remède à ce mal ; il affirme, de plus, que ce remède, la réforme chrétienne de l'enseignement, est d'une suprême nécessité. Or, ce qui est d’une suprême nécessité ne saurait être négligé sans crime. Après cela, répudions tout bon sens ou concluons que le devoir le plus ixspérieux que nous ayons à remplir à l'heure présente, sous peine d'attirer sur nos têtes tout le poids de la colère divine, c'est de réformer chrétiennement l'éducation de la jeunesse.
On m'objectera peut ètre qu’un bref ne fait pas loi ; que c'est une lettre privée dont il ne faut pas exagérer la portée.
Je sais fort bien que certains brefs du Pape ne sont que des lettres de remerciements, d'encouragement, de politesse et de civilité. Il y a tout autre chose ici. Quand le Pape parle d’une question importante en termes aussi nets, aussi vigoureux, aussi tranchés, il parle évidemment avec l'intention d'indiquer ce qu'il y à à faire et avec la volonté d’être obéi. Un reste de gallicanisme peut seul trouver à chicaner là-dessus.
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Lorsqu'on est animé d'un véritable esprit de foi; lorsqu'on est humble comme il convient à un chrétien de l’être,on ne marchande pas son obéissance au Pape sous de misérables prétextes ; on met de côté ses petites idées et ses petites manières de voir pour agir comformément au vœu du Père commun des fidèles. Quand Pie IX, donnant audience, en 1872, à un très-grand nombre de-français, a ,blâmé chez eux, mais sans désigner personne, les écrivains qui manquaient à la charité, M. Louis Veuillot a fait publiquement son met culpa. On ne l'a pas vu s’abriter derrière une excuse gallicane, ni donner à entendre que le Pape n'était pas infaillible en cette tirconstance ; il a pris le reproche comme s'adressant à lui ; il a déclaré qu’il prendrait l'avertissement donné comme règle de conduite. Voilà comment on agit lorsqu'on aime la vérité et le bieu plus que sa chétive personnalité. Il ne suffit point d'admirer un si bel exemple, il faut le
On a jamais eu à regretter d'avoir obéi au Pape; on finit toujours par se repentir amèrement de n'avoir pas suivi ses simples conseils. Il ne peut en être autrement, car là où est Pierre, là est l'Eglise, et là où est l'Eglise, là resplendit la vérité tout entière d'où découlent la force et la vie.
LE BREF DU 22 AVRIL 1874.—LES ÉTUDES RELIGIEUSES. « LE DOCETE OMNES GENTES. »
Il n’y a pas encore un an, le même Pie IX, qui, dès avant 1848, s'occupait fortement de la réforme chrétienne des études, a daigné adresser à Mgr Gaume un dernier bref sur cette question vitale. Ce bref est tout un événement, car il vient consacrer, une quatrième fois, et de la manière la plus authentique et la plus explicite, la thèse telle que Mgr. Gaume l’a invariablement posée et soutenue.
Elle l'avait été une première fois, comme on vient de le voir, par l’encyclique du 21 mars 1853 ; une seconde, par la lettre que le cardinal Patrizi adressa au nom du Saint-Office, le 15 février 1867, à Mgr. Baillargeon, évêque de Tloa et administrateur du diocèse de Québec ; puis une troisième, par le bref du 15 janvier 1872. Le bref du 22 avril 1874, qui nous reste à examiner, fait disparaître toute fin de non-recevoir. Seuls parmi nous comme l'écrit dans l'Univers du 28 mai 1874 UN ANCIEN ENNE- MI du ver rongeur, les catholiques libéraux pourraient se permet. tre de tenir la parole du Pontife romain pour non avenue et continuer d'enseigner comme ont enseigné nos pères.
Voici ce bref :