‹ La Réforme Dans Le Comté De MantesChapitre 10 sur 30 · BEC · texte numérisé non relu

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entonnait le psaume des batailles : Que Dieu se montre seulement ! L'héroïque aumônier termina sa psalmodie de guerre à lvry et sa prédication de cour à Mantes. Ayant appris que son maitre devait prochainement abjurer il monta en chaire devant lui et non moins ferme qu'aux combats d’Arques et d’Ivry, avec une grande hardiesse et véhémence, il menaça le roi du jugement de Dieu, le cardinal de Bourbon et d'O vinrent trouver Henri IV pour le prier de châtier l’insolence de Damours. Mais Sa Majesté baïissant la tête sans leur répondre autre chose leur dit à tous deux ? Que voulez-vous ? Il m'a dit mes vérités ! Puis les larmes aux yeux, il congédia Damours, et, la moquerie sur les lèvres il suivit le cardinal Duperron, son compèêre à Saint-Denis, sépulcre de son âme avant de l'être de sa cendre {.

Pendant ce temps les royalistes s’efforçaient de porter le roi à se convertir. Les évêques et les docteurs des deux partis s'étaient réunis définitivement le 5 mai à Suresne. Schomberg et Révol partirent pour Mantes où était Henri IV. Le roi avait pris son parti, le 15 mai il annonça à son conseil qu'il était résolu à mander auprès de lui un certain nombre d’évêques et de théologiens, afin d’aviser au bien de la religion et de l'Etat, et qu'il allait réunir à Mantes une assemblée des grands du royaume. En même temps il autorisa les Réformés à tenir une assemblée générale. Il voulait se séparer le plus doucement possible de ses anciens coréligionnaires « desquels il avoit tiré le sang et la substance et qui l’avoient apporté sur leurs épaules du decça de la rivière de Loire » comme ils le lui rappelaient avec tristesse et amer-

l Bulletin Historique 1866 p. 446, d'après Lestoile et Grave, ouv. cité p. 370.

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tume. De plus il avait un immense intérêt à les calmer afin de faire tomber les projets de république protestante !.

Le 18 mai les lettres de convocation furent expédiées à divers prélats et docteurs, pour le 15 juillet. Henri IV ne manda aucun ministre protestant pour discuter contre les catholiques. Duplessis-Mornay, avait rêvé un débat sérieux, lorsqu'il avait la main dans les négociations, mais maintenant que les chefs réformés voyaient bien que «l'instruction » serait de pure forme, ils souhaitaient eux-mêmes qu'on évitât une controverse où la défaite de la vérité était résolue d'avance ?.

À la fin de mai, les ministres protestants revinrent à la charge. Henri les rassura et leur dit que quand

- même il dût se convertir, ils n’avaient rien à craindre

pour la liberté de leur conscience. «J’entre dans la maison non pour y demeurer, mais pour la nettoyer ; jene vous ferai pire traitement que j'ai toujours fait jusques à aujourd’hui. Priez Dieu pour moi et je vous aimerai *.»

Au mois de juillet le roi transféra de Mantes à Saint-Denis, où il arriva le 12, l'assemblée convoquée pour son « instruction ». De là il fit une excursion à Mantes le 18 juillet. C'était un dimanche Je roy alla publiquement au prêche pour la dernière fois {ainsi qu'il le dit lui-même) et là « M. de La Faye prescha et parla bien à luy, ayant pris thème exprès propre à ce sujet.» Ce fut un sermon dans le désert. Le 23, Henri IV écrivit à sa maitresse la marquise de Mon-

H. Martin, Histoire de France, X, p. 313.

H. Martin, Hisioire de France, X, p. 314.

Grave, ouv. cité p. 370.

Bulletin historique, 1856, p. 263.

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= 00 lo ceaux. « Ce sera dimanche que je fairay le sault périlleux: » Deux jours après, le 25 juillet 1593, il abjurait dans la cathédrale de Saint-Denis. Comme le lui avait dit Damcours, il n'avait pas faute de science, mais faute de conscience".

Les Huguenots s’attendaient à voir le roi acheter son pardon du pape et de l’Espagne en tournant ses armes contre ses anciens amis. Duplessis-Mornay lui-même manifestait dans sa correspondance les plus sinistres prévisions. Henri IV lui écrivit pour le rappeler auprès de lui. Les Huguenois n'ayant pas envoyé de représentants à Mantes et à Saint-Denis, il les autorisa à tenir une assemblée générale à Mantes et à nommer des députés chargés de débattre auprès de lui les sûretés de leur religion. La plupart des Réformés auxquels le passé avait appris à ne point se fier entièrement à la parole du roi adoptèrent toutes les mesures nécessaires pour. parer aux éventualités d’une aouvelle lutte. Ils profitèrent de l’Assemblée générale que le roi avait convoquée lui-même et à laquelle ils tenaient d'autant plus que Henri voulut la contremander. Duplessis- Mornay insista tellement cependant qu'elle finit par avoir lieu?. Elle s’ouvrit le 8 novembre 1593 et se termina le 9 décembre suivant. La formation des cahiers des demandes, l'un pour les faits généraux et l’autre pour les faits particuliers, exigea ainsi un travail d’un mois. Les procès-verbaux des délibérations de l’Assemblée se trouvent à la Bibliothèque Mazarine, manuscrit 2604. IIS seraient trop longs à transcrire ici, nous nous bornons à en donner quelques extraits dans l'Appendice.

1H. Martin, ouv. cilé, p. 326, 327.

2 Anquez, Histoire des Assemblées politiques, passim.

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